When the music stops

Article Bruno Bertez du 27 Mars

En 2007 Chuck Prince de Citigroup a énoncé une vérité qui a fait sourire. Une vérité bien vite oubliée, dans les flons-flons de la fête et les cuivres de l’orchestre. Quand la musique qui fait danser les financiers s’arrête, alors ce n’est seulement une chaise qui manque, mais plusieurs, des rangées entières. Il n’y en a pas assez pour tout le monde. Et l’ambiance se gâte, très vite.

Chuck Prince disait des choses plus profondes qu’il n’y paraît :

-la musique qui fait danser la finance, c’est la musique de l’aisance monétaire.

-Et l’aisance monétaire, ce n’est pas une donnée objective, c’est une ambiance, dominée par l’appétit ou la peur du risque.

-elle produit du plaisir, de l’insouciance, de l’euphorie

-elle décide les plus timides et les plus réservés, elle les rend audacieux

-elle rend léger, elle fait planer, on défie la pesanteur, la lourdeur

-elle met en compétition, on veut rester sur la piste le plus longtemps possible

-elle stoppe d’un seul coup, en tout ou rien, pas de progressivité annonciatrice

Ce que Prince avait particulièrement bien compris, c’est que la musique vous oblige à aller jusqu’au bout, comme dans la course de voitures de James Dean : c’est une compétition et malheur à celui qui saute le premier ! Ce qui oblige à tenter de lâcher en dernier, au bord du précipice.

Les marchés de ces derniers jours donnent une petite idée de ce que cela donne quand la musique s’arrête. Plus de « buy the dip », les acheteurs disparaissent à la baisse. Au lieu de remonter en fin de séance, les cours s’enfoncent. Les médias retournent leurs vestes et enfilent les titres alarmistes du genre, nous vous l’avions bien dit que tout cela …

Briser la hausse du dollar était stupide, il fallait laisser faire. La hausse du dollar était une bonne chose, elle montrait que les gens avaient confiance dans la pérennité de la reprise américaine et elle constituait une prophétie « auto-réalisante ». Le sentiment était positif et le dollar en était un signe.

La baisse du dollar a douché, le sentiment. Et il ne fallait pas y toucher. On était sur un scénario , peu importe sa validité, il était porteur et permettait de maintenir les illusions. Les illusions que tout allait bien se passer, conformément aux attentes.

Nous sommes dans des marchés fragiles. Tout le monde sait que tout est surévalué, que le monde tient sur une tête d’épingle. Que le risque est colossal et que l’on fait l’autruche. Que les comptabilités sont bidons et que tout est transitif, rétro-actif, reversible. On croit … parce que les autres croient, c’est le règne du momentum, de l’inertie. Et il ne faut pas les briser.

Quand le momentum se brise, alors on risque d’ouvrir les yeux et de voir que la croissance s’épuise et doit à nouveau être revue en baisse, que les profits ne sont pas au rendez -vous et s’effritent malgré les subterfuges, que les marges bénéficiaires et la productivité se détériorent etc etc.

A notre avis, Yellen a tenté un réglage de trop près, elle a trop cherché à épouser les contours de la route, elle n’aurait pas du modifier sa trajectoire. Elle va certainement chercher à finasser à ajuster au cours de ces prochains jours. Hélas, on ne peut tout optimiser. Espérons que l’attelage n’ira pas dans le fossé.

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