Bernanke commence à avoir peur,

Quand les erreurs théoriques conduisent aux catastrophes pratiques.

Le lancement du Blog de Bernanke n’est pas passé inaperçu. Les plus grands l’ont déjà commenté, pour ne pas dire critiqué. Ce blog est un plaidoyer, une auto-justification. Bernanke veut non seulement participer aux débats économiques, mais surtout il veut défendre ses positions, ses choix et préparer sa défense. Il a vu ce qui est arrivé à Greenspan. Le départ de celui que l’on appelait le Maestro, fait Lord par la Reine d’Angleterre, a donné le signal de l’hallali.

Si Bernanke intervient, c’est d’abord parce que rien ne se passe comme prévu en 2009.

Souvenez vous en 2009 circulaient des plans pour le futur « Exit », on pensait que dès 2010, il allait être possible de régulariser la politique monétaire, de vendre une partie du portefeuille de la Fed, etc. On pensait alors que la reprise économique était au coin de la rue avec les fameuses « Green Shoots », les jeunes pousses que Bernanke voyait dans son marc de café. On ne craignait pas la hausse des taux, car comme le disait l’inénarrable Bryan Sack de la New York Fed, la croissance et les bénéfices des sociétés allaient soutenir les valorisations des actions et réduire le facteur « risk » , ce qui allait faire un plancher aux bonds etc . On ne craignait rien sur le dollar comme nous le répétait toujours Bernanke, il allait être dopé par le redressement de la rentabilité du système américain, ce qui allait attirer les capitaux du monde entier. Toute la question était de deviner si la reprise allait être en forme de « V » ou pas!

On a vu la suite. Nous sommes en 2015, rien ne s’est passé comme prévu. Les taux sont toujours à Zéro et on est paralysé, terrorisé à l’idée d’y toucher. La croissance du dernier trimestre connu est quasi nulle; le chômage n’est faible que parce que les gens se sont retirés du marché du travail, résignés. Le système financier est encore plus déséquilibré qu’avant avec des valorisations sur les actions qui donnent le vertige, avec des marchés obligataires en « mismatch », de taux, de durée et de risque, avec un colossal « leverage » dans le système mondial et une montagne de dérivés qui ne demande qu’à imploser. Pire, les émergents ont cessé d’émerger, l’Europe se fissure et tente de colmater ses brèches par les mêmes remèdes que les USA alors que la situation est radicalement différente, signe de l’impuissance et du désespoir.

Bernanke a réussi à endiguer la crise financière, rendons lui cet hommage. Pour le reste il a échoué. Il a échoué parce qu’il n’était pas dans son pouvoir de réussir et il a échoué parce que les théories sous-jacentes à son action étaient et sont fausses.

La relance économique était du ressort des gouvernements et non pas des Banques Centrales, par les actions budgétaires, par les réformes et les restructurations de dettes.

La théorie économique sous-jacente à l’action de Bernanke est fausse. C’est la théorie Néo-classique fondée sur la notion d’équilibre macro-économique.

Cette théorie est à la science économique, ce que la théorie de la terre plate est à l’astronomie.

La théorie des néo-classiques est incapable de saisir la réalité du mouvement économique, incapable de prédire les crises et donc inapte à produire des remèdes. D’une façon simplifiée, c’est une théorie de la pensée positive, immobile, figée, là ou le monde en son mouvement perpétuel, en ses déséquilibres constants demande une théorie dialectique. La théorie néo-classique repose sur le présupposé de la neutralité de la monnaie, du crédit et de l’action des banques alors que tout ceci est central. C’est une théorie qui met entre parenthèses l’essentiel, le crédit et surtout le stock de crédit.

Tout ceci a débouché pour Bernanke sur une thèse centrale qui est la thèse du « Savings Glut », de l’excès d’épargne mondiale qui provoque une insuffisance de la demande globale et contre laquelle il faut lutter par le crédit, la stimulation de la prise de risques et autres balivernes.

Bernanke est passé à coté de Minsky, à coté des découvertes sur les effets de la sur-accumulation de dettes, il est passé à coté de la notion même de « Peak Debt » et de cycle du crédit. bref Bernanke est passé à côté des notions de stock pour ne s’attacher qu’aux flux.

Ce qu’il faut savoir, c’est que tous les Banquiers Centraux sauf les Allemands pensent comme Bernanke. Ils ont tous été formés à la même école, par le même professeur, Stanley Fischer, professeur au MIT. Ce sont des enfants de Stanley Fischer et des petits enfants de Samuelson.

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