L’une de nos originalités est la continuité. Il y en a une autre, majeure, c’est celle qui est contenue dans notre exergue: on ne peut comprendre ce qui se passe que si on le considère comme un tout.
Nous avons un fil conducteur pour décoder les situations et ce fil conducteur prend naissance dans l’histoire. Ainsi , pour nous , ce qui se passe présentement à son origine dans le passé. Pour comprendre il faut donc à la fois faire ressortir la continuité, mais aussi montrer en quoi les choses changent. La crise de 2008 n’est pas tombée du ciel , elle est la conséquence logique mais accidentelle,dans son timing, du surendettement généralisé. Les remèdes appliqués eux non plus ne sont pas le fruit du hasard, ils sont les remèdes obligés d’une situation marquée par la financiarisation.
La spoliation de l’épargne est, elle également, surdéterminée à la fois par le faible pouvoir politique des épargnants et par la concurrence que le crédit et la création monétaire font à l’épargne: on se passe de l’épargne que l’on remplace par le crédit. Tout se déroule selon une logique interne qui est celle du Système, il y a continuité, mais dialectique simplement. Ce que l’on voit change sans cesse. Les Pouvoirs ont une technique de contrôle très adaptée à la situation, ils coupent les liens qui rendent le passé compréhensible, intelligible; ils saucissonnent afin que ce qui se présente soit à chaque fois considéré comme nouveau, comme exogène, donc pas de leur faute! Ainsi on vous présente la hausse du dollar qui découle logiquement de la fin du Taper comme la faute à pas de chance, la faute à la spéculation des marchés. Ainsi on vous présente les taux négatifs qui se généralisent, comme une conséquence logique, mathématique de la soi-disant déflation alors que ces taux découlent des risques qui pèsent sur l’argent en dépôt dans les banques. Ainsi on fera passer la volatilité sur le marché des changes et l’instabilité à venir comme découlant de l’activité des vilains spéculateurs. Nous nous disons, c’est le nouveau visage que prend la crise, c’est le nouveau visage qu’elle va prendre: la volatilité des changes et l’érosion, puis l’avilissement intérieurs. La crise mute.

Les points sur les « i » concernant la mutation que nous évoquons.
Notre analyse théorique est que le système capitaliste, lorsqu’il a refusé la destruction de ce qui était dépassé, périmé et inefficace s’est réfugié dans la dette. Elle a constitué le moyen par lequel le système a tenté d’échapper à sa contradiction majeure de l’insuffisance des revenus salariaux. Ceci est maintenant admis. Que voudrait dire sinon le diagnostic d’insuffisance de la demande globale et son palliatif, la dette?
C’est le début de la mutation que nous évoquons, elle consiste à repousser les limites par la dette et le crédit.
Cette mutation nous a fait entrer dans le capitalisme financier; celui du recyclage et de l’arbitrage et de la création monétaire sans contrepartie.
Le capitalisme financier est le triomphe abstrait du capitalisme productif, au prix de sa destruction.
il sape les fondements du système, détruit les classes moyennes et en particulier le petit capitalisme entrepreneurial. Il accroit les inégalités, détruit les valeurs et l’éthique, il mine la légitimité ancienne par la montée du chômage et la mise en panne de l’ascenseur social;
Dans ce mouvement de financiarisation, l’épargne devient inutile, concurrencée qu’elle est par le crédit et la création monétaire. C’est pour cela qu’elle n’est plus rémunérée, elle n’est plus indispensable. Elle peu être taxée, rognée, amputée.
Ci dessous 20 ans de financiarisation : le S&P 500.

Dans ce mouvement, les marchés qui sont le lieu de la mobilisation et de la transformation de durée et de risque du crédit jouent le rôle essentiel ce sont eux qui permettent à la machine de tourner.
Les limites sont ainsi repoussées, pas supprimées, on le voit par les discussions sur l’existence de bulles obligataire, de bonds et de fonds d’état. La question n’a pas disparue, elle est reportée. D’où les interrogations sur les taux, sur la liquidité et son articulation avec la croissance ou son absence.
Nous franchissons un pas, en disant que déjà, les limites à l’accroissement du crédit et de la dette sont en train de se manifester au niveau du change. Pour créer plus de crédit par les QE Américains, il a fallu baisser le change. pour faire la même chose avec l’Europe, il a fallu baisser le change de l’euro. Idem avec l’expérience de Abe au Japon.
La Chine est à la veille d’expériences monétaires du même type. Pour repousser les limites de sa bulle du crédit et éviter l’atterrissage en douleur , nous en concluons qu’elle aussi, doit faire sauter le verrou du change du Yuan et abandonner son Peg contre dollar