Un coup d’arrêt opportun sur les Bourses, on prépare l’atterrissage. Avec ajout.

Notre conviction est que l’on prépare l’atterrissage. Notez que nous n’abordons pas la question du calendrier .
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La chute des marchés semble interrompue. Le marché global tente une stabilisation qui touche même la Chine et les secteurs les plus fragiles comme les obligations des souverains. Hier jeudi 7 Mai, le S&P s’est redressé après un plus bas de 1 mois, le dollar a rebondi et les Treasuries se sont orientés à la hausse.
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Le test, car s’en était un et s’en est un, aura coûté plus de 400 milliards de dollars en moins de deux semaines. C’est en effet le montant de la perte estimée sur le marché mondial des bonds depuis le début de l’expérience. Au niveau d’ensemble, tous marchés confondus, le test aura coûté 2 trillions !
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La stabilisation, puis un léger rebond paraissent dans l’ordre des choses, car il ne faut surtout pas que le mouvement échappe au contrôle, il faut que derrière le « mystère » de la correction, les choses reprennent un cours plus « normal » afin de redevenir gérables. Car le grand mot , le concept clef est là : il faut que ce soit gérable. Il faut réintroduire un semblant de rationalité, une apparence de détermination afin de pouvoir jouer au jeu des corrélations. C’est pour cela qu’il était opportun que les marchés se stabilisent juste avant la publication des chiffres de l’emploi américain de vendredi 8 Mai. Il faut que les commentateurs et les journaux puissent dire : maintenant tout dépend de l’emploi US, c’est lui qui va fixer les orientations de la politique de la Fed et donc la tendance sur les marchés de taux d’abord et d’actions ensuite. On crée des attente d’anticipations, on travaille les dérivées d’anticipations. L’opération consiste maintenant à raccrocher, après cette bouffée d’irrationalité, les wagons de la rationalité tirés par cette locomotive qu’est la Banque Centrale Américaine.
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D’une certaine façon , et c’est à vos dépens si vous ne croyez pas, on prépare ce que nous appelons l’atterrissage ; on est en approche comme on dit en langage de navigation aérienne.
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Nous avons entendu deux messages très forts ces derniers temps.
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Le premier est celui de Yellen qui est venu nous dire : les évaluations boursières sont trop élévées. Elles l’avait déjà dit s’agissant du secteur des biotechs, elle le redit sans restriction. C’est un signal, un langage qu’il faut toujours prendre au sérieux. Non comme une prévision boursière, mais comme une indication sur ce que souhaiteraient les autorités. Et là, le message est clair, elles souhaitent un peu de modération pour conserver le déroulement des opérations bien en mains.A noter qu’à 21 fois les earnings forward, les actions ne sont guère plus chères qu’il y a quelques semaines quand Yellen pensait qu’elles étaient à leur prix ; mais hier c’était hier et aujourd’hui c’est aujourd’hui.
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Le second c’est celui de l’auxiliaire de gestion du Gouvernement et du Trésor, Warren Buffett, il est venu dire que les actions étaient à leur prix sur la base des taux actuels, mais qu’elles seraient surévaluées lorsque les taux commenceraient à monter ! Si ce n’est pas du pilotage avec des étages, cela y ressemble . D’abord cela veut dire que les taux vont finir par monter, ensuite cela signifie qu’il faudra avoir attaché sa ceinture au moment du décollage.
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Tout ceci suit la campagne intéressée lancée par les grandes banques qui inquiètes, ne cessent de répéter : attention il y a des risques, avant de déclencher le processus de normalisation, faites attention, les marchés sont non-liquides et on peut avoir des accidents et dérapages.
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Le rally de plus de 50% sur le pétrole Brent depuis la mi-Janvier nous semble avoir été le facteur déclenchant ; l’autre facteur peut bien être la perspective du lancement d’un train de mesures très fortes et massives de la part de la Chine afin de contrer la glissade en cours.
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Dans les deux cas, la perspective d’une modification importante sur le front de l’inflation incite à la prudence aussi bien des régulateurs comme la Fed que de la part de ses filiales, les TBTF. Aux USA, le chômage est revenu à un niveau que Fisher considère comme naturel, les demandes d’indemnisation sont au plus bas de 15 ans, la productivité est déplorablement faible, les couts par unités produites sont à la hausse.
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Bien sur on dira que les statistiques économiques sont erratiques, que l’activité est décevante, mais ce n’est pas ce qui compte, les autorités sont ralliées à l’idée d’une croissance séculaire faible et elles ont préparé le terrain dans ce sens : le potentiel de croissance sans inflation est plus faible qu’avant ! Ben voyons !
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Le vrai risque c’est l’inflation et le contrôle des taux. Un signal très avancé , trois mois environ, des difficultés à venir est fourni en général par le marché des Junks Bonds, quand il cale, c’est mauvais signe ; et sur ce marché, les signaux commencent à flasher sérieusement. Il est temps de revoir les instruments, de réviser les équipements et de tester les manœuvres d’approche et les comportements des passagers.

Ajout numéro 1

Dans une note intitulée « Faut-il vendre le Bund ? » – l’obligation souveraine allemande – les co-présidents d’Oddo Asset Management estiment que « même si les taux peuvent rester bas encore quelques mois, l’orientation future est à la hausse. » Ces dernières semaines, l’action de la Banque centrale européenne a poussé vers le bas les taux sur le marché obligataire « sur des niveaux d’autant plus insoutenables qu’ils étaient inferieurs au taux de dépôt », notent Nicolas Chaput et Laurent Denize.

Pour étayer leur intuition que le marché obligataire est en phase de retournement, les deux gestionnaires d’actifs prennent l’exemple du Bund allemand.

« Les taux souverains allemands ont été presque multipliés par 10 sur le 10 ans en quelques jours. En d’autres temps, un mouvement de cette ampleur aurait provoqué un krach obligataire. Les politiques de taux zéro menées par les banques centrales ont permis de « limiter la casse » à quelques 50bp, soit malgré tout près de 4% de pertes par rapport aux plus hauts sur les obligations à 10 ans et à 14% de sur les obligations à 30 ans », racontent les auteurs.

Ces derniers pointent néanmoins des « forces de rappel techniques fortes », liées à l’assouplissement monétaire de la BCE, qui devraient contenir la remontée des taux. « Rappelons que les excédents de liquidité vont continuer à augmenter – ils sont aujourd’hui à 297 milliards: les maturités courtes ne peuvent donc s’écarter fortement », précisent Nicolas Chaput et Laurent Denize.

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