De l’importance des taux négatifs : elle est essentielle
Il y a 76 trillions d’emprunts souverains cotés sur les marchés. Entre 25 et 30% d’entre eux n’offrent que des rendements négatifs. Cela veut dire qu’au moment du remboursement, les créanciers recevront moins qu’ils n’ont prêté.
Ainsi, on aura rendu ce qui est fixe, le contrat qui détermine les conditions du prêt, en variable, puisque l’on rembourse moins. On rend ce que nous appelons bio-dégradable.Cela n’est pas très différent de ce qui se passe sur les marchés d’actions ou vous pouvez acheter un titre coté au prix de 100 et voir son cours chuter jusque 90, si vous vendez alors vous ne récupérez que 90. C’est cette comparaison qui rend assimilable la notion de taux négatif. Pour admettre la notion de taux négatif, il faut introduire cette idée que l’on peut perdre sur son capital.
Ce qu’il faut comprendre c’est la base de la crise: elle vient du fait que l’on a mis du fixe sur du variable et toutes les pseudos solutions consistent à rendre le fixe variable pour pouvoir le déprécier. Si vous avez compris cela vous avez tout compris, le passé, le présent et le futur.
La crise est « un besoin de destruction des promesses que l’on ne peut tenir ». On ne peut échapper à la logique de la crise : la destruction. Mais on peut la retarder, la piloter, la diriger et surtout, entre-temps renforcer les structures de l’ordre social afin qu’il n’éclate pas. C’est ce que l’on fait.
Nous sommes dans la phase ou on inflate les promesses, c’est une phase transitoire qui ne résout rien, mais elle permet de gagner du temps.La baisse des taux et des taux négatifs, permettent de prolonger le crédit quand il menace de s’épuiser. Mais quand les taux baissent la valeur des titres anciens augmente, car le prix d’une créance varie en proportion inverse de rendement, à forec de baisser les taux, les prix des créances ils finissent par faire « bulle « . La baisse des taux et les taux négatifs présentent l’avantage de faire tenir le système pendant quelque temps, cela allège le coût du stock de dettes.L’autre effet est l’inflation du prix des créances, elles valent plus cher, donc elles permettent de rendre apparemment prospères les banques qui les détiennent. Elles stabilisent les portefeuilles des banques, les rend en apparence plus solvables. Maintenant, elles rendent solvables les Banques Centrales lesquelles sont devenues les plus détenteurs de portefeuilles obligataires. Grace à ce maintien du crédit, les banques et les grandes fortune peuvent acquérir, rafler tous les assets de qualité disponibles, ce qu’elles font bien entendu et c’est ce qui explique la concentration du capital et l’accroissement des inégalités.
Mais ceci ne peut durer, il doit y avoir une seconde phase, la phase curative, on ne peut repousser le stock de dettes à l’infini, la disproportion avec les richesses disponibles et prévisibles finit par devenir trop grande. Les dettes deviennent trop énormes par rapport aux GDP ou aux chiffres d’affaires, ce ratio est le fameux critère de Warren Buffett. Cette phase curative consiste une fois que l’on a gonflé fictivement la valeur des dettes par les taux, une fois que l’on raflé les richesses à crédit, à monter les taux pour crever la bulle et faire le mouvement en sens inverse, c’est à dire dévaloriser la valeur du stock de dettes accumulées. La dévalorisation du prix des dettes par la hausse des taux est mécanique . Elle équivaut à un Jubilee, les Jubilees d’antan.
On ne peut avoir de phase I sans avoir de phase II . Le « reset » n’est qu’une question de technique financière, à la faveur de la chute du prix de dettes obtenue par la hausse des taux, on monte des opérations de conversion de dettes, de rachat obligatoires , l’imagination ne manque pas puisque détenant la planche à billets, « ILS » peuvent créer le pouvoir d’achat illimité qui permet de ramasser pour presque rien le stock ainsi déprécié. L’avantage c’est que grâce à la contagion toutes les dettes sont dépréciées, c’est une sorte de grand « Reset ». Les Banques Centrales, vos Banques Centrales sont ruinées, mais cela n’a aucune importance, car ce qui vaut dans une Banque Centrale, ce n’est pas le bilan, mais la Charte, c’est à dire le fonds de commerce. Il permet d’avoir le monopôle de la création de monnaie et de l’imposer.
Les taux négatifs ont une fonction d’entonnoir, il s’agit d’attirer ce qui est fixe intangible, non dépréciable facilement, les dépôts bancaires, dans le creuset qui permet de déprécier, c’est à dire de dévaloriser. Si vous avez 100 de dépôts bancaires et que vous êtes soumis à des taux négatifs, si on vous menace en plus de prélèvement sur votre dépôt, alors vous achetez des obligations d’état qui sont sont la seule alternative au cash et vous entrez dans le creuset. Et là on vous pousse, pour avoir un minuscule rendement à « prendre des risques » c’est à dire à acheter des titres qui perdent encore plus, qui sont encore plus dévalorisables . On vous fait monter l’échelle du risque.Quand on vous parle de risque, comprenez : potentiel de dévalorisation encore plus grand ! Vous achetez un fond d’état à 130, au prix de la bulle, vous ne gagnez rien car le taux est nul ou négatif et quand on vous monte les taux, alors votre avoir se dévalorise, il devient 120 , puis 100, puis 60 puis 40 au fur et à mesure que les taux montent. La valeur de marché de la masse de créances sur les souverains se contracte; et il n’ y a plus qu’à faire soit un rachat à bas prix comme on aurait du le faire au moment de la première crise Grecque ou alors une opération de conversion obligatoire. La finance c’est comme la musique, on vous fait danser au son de la flûte enchantée comme dit le bon Chuck Prince, puis on change d’instrument et on vous fait le coup de l’accordéon, vous tentez de fuir la piste, de trouver une chaise, hélas il n’ y en a plus pour vous, les gros, les dominants les ont déjà prises.
Pourquoi acheter quelque chose qui vous spolie, quelque chose qui ne rapporte rien ou même négativement ? Tout simplement parce que ce contre quoi vous l’échangez, votre dépôt bancaire, est menacé . Menacé soit de prélèvement fiscal, soit d’un intérêt négatif. Ou même d’une conversion obligatoire en actions de votre banques ou conversion en obligation à long terme qui ne vaut rien.
La menace sur les dépôts est le corollaire de l’évolution vers les taux négatifs, et il faut en plus que vous n’ayez pas d’alternative, il faut que l’on vous empêche de convertir vos dépôts en argent liquide pour le mettre dans un coffre ou sous votre matelas. C’est un tout. D’ou la campagne pour dissuader les gens de retirer leur cash de la banque, campagne qui essaie de vous faire croire que vous êtes coupable, que vous manquez de civisme.
Pour gonfler, pour pomper la bulle jusqu’au point ou on achète des bonds qui ne rapportent rien ou qui coûtent, il faut faire peur. Ce qui est non dévalorisable, les dépôts bancaires doivent être menacés. La bulle ne peut tenir que si, et seulement si, les taux négatifs et les menaces sur le cash se généralisent. Nous venons d’assister à une alerte sur les marchés obligataires mondiaux. On vous fait passer cette alerte pour ce qu’elle n’est pas, une bouffée d’animal spirits ou une bouffée de bon sens, peu importe l’essentiel est que cette alerte ne se donne pas pour ce qu’elle est : un test, une répétition. Faute d’expérience historique, on fait des expériences, on modélise.
Merci pour votre article. Il me semble qu’une bonne part du problème vient du lien entre monnaie et crédit. En période de désendettement, le remboursement des dettes conduit à une contraction de la masse monétaire et à une menace de déflation. Il convient donc de relancer le crédit pour maintenir le volume des moyens de paiements dans l’économie. Si les entreprises et les ménages ne sont plus disposés à emprunter (car surendettés), il faut que l’État intervienne en creusant son déficit. Si on l’en empêche (mesures d’austérité), la dernière solution est de baisser les taux au-delà de zéro (taux négatifs) pour inciter les agents à emprunter. Sans cela, l’économie connaîtrait une contraction monétaire synonyme de déflation. Ce type de problème se posera tant que la création de monnaie sera dépendante du crédit.
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