Toujours à propos de la disparition des espèces, la route de la servitude

Je pense que l’on ne peut que lire et relire « La route de la servitude » de Hayek, tout y est dit. La route de la servitude est jalonnée d’étapes. Chaque étape paraît insignifiante, bénigne, elle se franchit sans levée de boucliers. Les ballons d’essai lancés de divers horizons, afin d’habituer les citoyens à l’idée de la disparition du cash, font partie de ces étapes.

Notre thèse est que notre système marche vers un avenir concentrationnaire, totalitaire, et que la monnaie, le contrôle des patrimoines, les impôts, la sécurité sont les moyens utilisés par l’élite pour nous y conduire.

Ici, nous nous intéressons plus particulièrement à la monnaie et quasi monnaie. Elles ont cessé d’être « en elle même », « en soi » pour devenir des « artifacts » soumis aux pouvoirs dominants. Leurs valeurs se situent en dehors d’elles mêmes et étant extérieures, elles sont soumises aux pouvoirs et aux contrôles d’autres.

Il y a plus de 30 ans que le système évolue, pas à pas, toujours dans la même direction, celle de la socialisation. Une socialisation qu’il convient tout de suite de délimiter, car ce n’est pas le socialisme. Cette socialisation est un étatisme, un dirigisme non pas au profit de tous, mais au profit d’une minorité. La socialisation s’applique à la masse; la liberté, l’individualisme et le libre-choix étant réservé à une élite composite de plus en plus restreinte; ceux que les bons auteurs appellent les 0,01%.

La monnaie est au centre de cette évolution. La monnaie perd peu à peu ses caractéristiques essentielles; être un instrument de réserve de valeur, être un instrument de liberté individuelle, protéger la sphère privée, être une mesure fiable, objective des valeurs. Tout ceci converge vers une monnaie serve, au service d’abord de la politique économique des Gouvernements, puis au service d’une minorité qui a capté, capturé les Etats et les Démocraties.

Pas à pas, la monnaie a changé de nature, au lieu de venir du bas, « bottom up », de la pratique des sujets économiques qui a consisté produire un équivalent général des marchandises, la monnaie est devenue « top down », un instrument des pouvoir. Pour comprendre la genèse de la monnaie, nous vous recommandons de lire le livre III du Capital de Marx.

Le « chartalism » est l’aboutissement théorique de cette extorsion. C’est un renversement. Ce fut d’abord une mutation subreptice, les petits pas, et nous en sommes à la ratification de la mutation, on va oser pouvoir proclamer l’inversion.

En fait quand on y réfléchit; c’est un coup fatal à cet auxiliaire de la liberté individuelle, le droit de propriété. Les auteurs les plus perspicaces comme Michel Clouscard démontrent que le capitalisme ne survit, au profit d’une minorité de plus en plus restreinte, que par une marche discrète, cachée au socialisme, au socialisme monopolistique d’Etat.

Cette évolution tire sa racine, son origine du refus des ultra-riches, d’accepter la loi du Capital qui est la destruction de ce qui est dépassé, inefficace socialement. Les ultra-riches refusent que leur Capital ancien soit soumis à la destruction et à la baisse tendancielle du taux de profit. Ils refusent l’action /décapante/corrosive/régénératrice des marchés. Le marché, sa loi, c’est bon pour les autres, les petits qui doivent se battre dans l’arène des Jeux du Cirque. Les ultra-riches aiment non pas la concurrence, mais … les monopoles.

En refusant la destruction de l’ancien et de l’inefficace, les ploutocrates favorisent la marche lente au socialisme, d’abord Fabien puis socialisme tout court qui va les détruire en tant que classe sociale. Le moyen de s’opposer aux lois du Capitalisme, c’est la manipulation de la monnaie et de la quasi- monnaie. Ils doivent créer de plus en plus de monnaie, « inflater » de plus en plus les quasi-monnaies pour éviter l’effondrement. Lénine avait raison! Ils fournissent la corde pour les pendre. La monnaie est l’instrument de leur survie et de leur perte, dialectique! Les grands bourgeois perdent peu à peu leurs alliés, ils s’isolent et ne sont plus protégés par les classes moyennes. C’est ce qu’exprime la montée des populismes, la fin des bipartismes.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous sommes dans un processus de confiscation des uns et d’appropriation par les autres; c’est un putsch. Un putsch qui vise non pas la monnaie en tant qu’argent et valeur, mais en tant que conférant Pouvoir pour celui qui en a la maîtrise. Avoir la maîtrise de la monnaie, c’est avoir le Pouvoir de la créer, de la diriger, de l’ affecter. Nous sommes dans une violence « soft »; mais qui va laisser les ploutocrates, un jour, sans défense, sans rempart.

Il y a très longtemps, nous avons diagnostiqué une évolution similaire à celle de la monnaie, pour les autres « assets » financiers. Nous avons écrit un texte qui expliquait que les actions et les obligations changeaient de nature et que leur cours cessait de refléter les choix et préférences des marchés, mais qu’elles exprimaient les politiques volontaristes de la classe kleptocratique… Le fameux « don’t fight the Fed », dieu, que cette expression a été bien choisie.

Nous avons écrit que les actions cessaient d’avoir rapport avec l’action et le pouvoir des individus, mais qu’elles avaient rapport avec le pouvoir de quelques uns et qu’elles devenaient, aliénation suprême, des passions, des instruments de la servitude par l’addiction à la passion du jeu. Spéculer, c’est perdre le pouvoir attaché à la détention du capital; c’est l’abandonner à d’autres. C’est se contenter d’un écart, d’une plus-value. Nous avons écrit, et intitulé ce texte : « Des Actions aux Passions. Actions comme actif, Passions comme passif…

Voici un excellent texte d’Andreas Hofert, Chef Economiste de l’UBS, que nos lecteurs connaissent bien ; il est paru dans le journal suisse 24 HEURES.

« Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a rarement la langue dans sa poche. Dernier exemple: le goguenard «Salut, dictateur!» lancé au premier ministre hongrois, Viktor Orban, il y a deux semaines à Riga.
On doit aussi à Juncker le politiquement cynique: «Quand ça devient sérieux, il faut savoir mentir», et le révélateur: «Nous ne décidons rien. Nous avançons quelque chose et nous attendons ce qui arrive. Si personne ne proteste ou qu’il n’y a pas une insurrection – parce que la plupart des gens ne comprennent quand même pas ce qui a été décidé – nous progressons alors pas à pas jusqu’au point de non-retour.»
Cette inquiétante description du processus de décision au sein de l’Union européenne s’applique parfaitement à une idée, pour l’instant seulement exprimée par quelques économistes — forcément brillants — dans de nombreux éditoriaux: l’abolition pure et simple de l’argent liquide.

Une idée qui séduit de plus en plus et les gouvernements en mal de revenus et les Banques centrales qui ne peuvent pas vraiment baisser les taux d’intérêt en dessous de zéro.

Les arguments en faveur de cette idée partent toujours de bons sentiments. Quoi de plus anachronique, voire de plus ridicule, dans notre monde digital et hyperconnecté, que ces billets de banque et pièces de monnaie qui servent bien évidemment en premier lieu «à financer l’économie souterraine, le trafic de drogues et le terrorisme»?
On nous ressert donc le vieux débat sur la transparence. Ceux qui n’ont rien à se reprocher n’ont pas vraiment besoin d’argent liquide et ne devraient donc pas s’inquiéter que l’Etat puisse suivre, à tout instant, leurs transactions financières et leurs achats. Certes, certes, mais l’Etat sera-t-il bien le seul à pouvoir le faire?
Pourquoi les entreprises de distribution sont-elles également friandes de connaître vos habitudes de consommation et accumulent de multiples données par le biais de cartes de fidélisation? Parce que cela leur offre la possibilité, théorique pour l’instant, de différencier les prix en fonction des goûts individuels. Vous préférez telle marque de dentifrice, de céréales, de bière? Eh bien si le vendeur le sait, ces marques pourraient vous coûter plus cher qu’à l’acheteur qui y est indifférent.
Exploiter la «rente du consommateur», c’est-à-dire la différence entre le prix que vous seriez prêt à payer pour un bien ou un service et celui que vous payez effectivement, a de tout temps été un des objectifs utopiques des producteurs par rapport aux consommateurs. L’idée de plus en plus discutée d’abolir l’argent liquide rapprochera un peu plus cette utopie du réel. ».

3 réflexions sur “Toujours à propos de la disparition des espèces, la route de la servitude

  1. Cet article est important dans la mesure où il décrit un projet, celui de l’oligarchie, des 0,01%, ceux qui contrôle le système politique et économique.

    Ce projet est logique et terrifiant. Il vise à résoudre, en faveur de l’oligarchie, les contradictions entre la limitation des ressources, l’augmentation exponentielle de la population et la pollution proportionnelle que cette dernière génère.

    Le mot « socialisme » prête à confusion et donc à ambigüité. Il ne décrit pas réellement la brutalité des actes et du projet.

    Je préfère le mot « féodalité ». Le système féodal est un système stable basé sur la hiérarchie stricte, la généalogie, les rapports de force et la terreur. C’est bien à cela que nous assistons.

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    1. Le mot « socialisme » n’est pas pris au sens politique, je l’utilise au sens de processus de socialisation, ce qui recouvre le processus par lequel, peu à peu le « collectif », le « tout », domine et supplante l’individuel.

      L’homme est un être à la fois social, il est pris dans une collectivité, le social et une être individuel, il est une unité, un atome de cette société.

      Le socialisme selon ce concept est la doctrine qui prétend que ce qui est premier -et donc prioritaire- c’est la société. Il prétend que le collectif doit primer. Le nationalisme est une forme socialisme par exemple sous cette acception.

      je soutiens que la société est une abstraction, une création conceptuelle , une réification , et que ce qui seul existe, ce sont les individus. Je touche, je vois, les individus, j’ai du mal à toucher « la société »! La priorité au « social » , au collectif, c’est le discours que tiennent les Maîtres, les Dominants, pour dominer.

      Le projet d’une vie est d’advenir. Ce qui veut dire que , que naissant , prisonnier d’une société, l’objectif ultime est de s’en libérer, de devenir un individu. Sortir du troupeau dirait Nietzsche.

      Hollande satisfait son désir aliéné dêtre un individu, sa volonté de puissance en utilisant l’idéologie …socialiste; il réussit le rêve de sa maman. Pour lui, c’est cela réussir sa vie.

      L’aboutissement de l’individualité étant la mort qui, elle est toujours individuelle, c’est l’individuation suprême.

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      1. Si je vous interpelle sur le mot « socialisme » ce n’est évidemment pas pour vous contrarier ou pour le plaisir de polémiquer mais parce qu’il est important que votre pensée soit bien comprise par ceux qui vous lisent.

        N’est ce pas vous qui avez écrit ailleurs que le diable est dans la nuance et que la nuance, c’est de l’enfumage?

        Nous savons que l’on ne naît pas « homme », on le devient en intégrant consciemment et inconsciemment, ce qui constitue la Société humaine formée par des milliers de générations, dont nous avons hérité et que nous transmettons à nos enfants.

        Je ne connais pas votre degré d’humour mais je soupçonne que votre limite de patience vis à vis d’un béotien soit assez basse. Je me risque tout de même à une boutade : La liberté, hors toutes contraintes sociales, est un fantasme de jeune homme habitant encore chez ses parents.

        Il n’y a rien d’humain chez un être exclu du processus de socialisation, si bien que si l’on vous suit, tous les humains sont socialistes y compris les capitalistes purs et durs.

        L’individu est constitutif de la société comme les électrons le sont de l’atome. Nietzsche n’était pas plus libre que vous et moi, il dépendait tout entier de la société et financièrement de son bienfaiteur qui lui-même dépendait de ses rentes.

        Advenir n’est ce pas simplement se libérer des faux semblants, des faux dieux, des faux prophètes, des fausses vérités ? N’est ce pas voir au-delà des apparences et des trucages ? Bouddha et le Christ, d’autres aussi sans doute, semblent en avoir fait l’expérience. Eux, étaient tout amour pour les humains.

        Cordialement.

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