L’échec de Draghi coûte cher aux investisseurs européens
Depuis la mi avril 2015, les cours des actions européennes sont en recul sévère et il en est de même pour les obligations et fonds d’état.
L’Eurostoxx 50 qui avait approché les 3830 au plus haut est maintenant revenu un peu au dessus des 3420, dans la zone des 3400. C’est une zone majeure de soutien qui, si elle était pénétrée , pourrait déclencher des liquidations. L’objectif serait alors les 3050. Le portefeuille européen est lourdement perdant, aussi bien sur le « risque », les actions, le crédit que sur le « sans risque », les fonds d’état.
Pour couronner le tout, sur les changes, les investisseurs ont été pris à contre pied : les soit-disant spécialistes auto proclamés donnaient une parité de 1 dollar pour un euro en quelques mois, et même pour certains, 0,85 ! Voilà qu’après un plus bas de l’euro dans la zone des 1 ,05-1,06, on est remonté à 1,13 et que l’on flirte avec les 1,14.
Merci monsieur Draghi , vous nous avez gratifié d’une belle escarpolette.
Nous l’avons déjà écrit, nous le répétons : aux USA pour redresser la conjoncture, la Fed et Bernanke ont cherché un effet de richesse pour leurs citoyens, les leurs, en Europe, Draghi réalise un effet de pauvreté, un appauvrissement de ses citoyens à lui, qui est considérable. Les opérateurs de la communauté spéculative internationale ont anticipé le QE de Draghi dès le mois d’aout 2014, les chiffres en font preuve. Ils ont ramassé car ils ont été averti en langage codé de la préparation du QE de la BCE. Les Européens n’y ont pas cru, ils ont cru aux cris d’orfraie, aux protestations des Merkel et Weidmann réunis : « nous jamais, monsieur, un QE , jamais ; nous ne mangeons de ce pain là ! Nous, quasi seuls avons fait l’hypothèse de négociations secrètes en cours avec les Allemands pour faire passer le QE. Les européens ont laissé le papier aux étrangers, aux anglo-saxons dans les bas cours. Les Européens ont commencé à y croire en Novembre et ils sont venus se faire « tarter » très gros à partir de janvier. Ils ont ont fait le plus haut, pour eux et leurs malheureux clients vers le 15 Avril en même temps que le plus bas sur l’euro face au dollar et depuis, ils n’ont que leurs yeux pour pleurer.
La coincidence entre le plus haut des marchés financiers de l’Eurozone et le plus bas de l’euro face au dollar n’est pas coincidence, elle est relation de cause à effet. Les actifs financiers euro sont en corrélation inverse avec le change. C’est à ce moment que Yellen , après le Secrétaire d’Etat au Commerce, Jack Lew, a sifflé la fin de la partie des enfants européens, elle a dit en langage toujours codé que l’appréciation du dollar était excessive, « l’économie américaine rencontre un nouveau vent contraire avec la hausse du dollar » . Nous avons compris immédiatement, mais pas les gestionnaires européens, ils ont continué à bourrer leurs clients, faisant ainsi la contre-partie des ventes bénéficiaires des anglo-saxons. Depuis, le dollar a rétrogradé, il est revenu de la zone maximum des 100 au Dollar Index à 95 et , il cherche un équilibre provisoire entre les deux.
La campagne des anglo-saxons pour stopper la hausse du dollar, pour arrêter la dépréciation compétitive de l’euro n’a pas cessé depuis ; aussi bien le FMI que les services d’études aux ordres ou que les Think Tanks comme le PIIE multiplient les papiers, tous plus documentés et scientifiques les uns que les autres pour nous dire que les changes internationaux ne sont plus alignés, que le dollar est surévalué de 7%, que l’euro est sous évalué de 3 à 8% , etc. On fait tourner les modèles FEER ( modèles des parités théoriques) pour dire que le minimum acceptable pour l’euro c’est 1, 20 et que chaque point de surévalutation du dollar coûte 0,128 point de GDP ; or comme les USA sont censés être la locomotive mondiale, ce n’est pas bien, ce n’est pas l’intérêt général… Ben voyons ! Traduisez : votre tentative d ‘élargir votre part du marché mondial , pénalise la croissance américaine et par contrecoup … vous pénalise.
Nous pensons que Draghi et les Européens se sont fait avoir, comme des débutants qu’ils sont, ils espéraient pouvoir faire comme les grands, les USA , faire baisser le change et piller la demande des autres ; les USA ont mis le hola. Ils ont froncé les sourcils. Résultat, l’euro repasse 1,05 à 1,14 en attendant la catastrophe qui serait le retour à 1,20.
Nous le répétons, imiter les USA quand on n’est pas les USA et le faire après eux est une colossale erreur, une indigence de l’intelligence. Ce qui est bon pour les USA n’est bon que pour eux et ceux qui, vassaux, imitent les suzerains sont des idiots. La campagne des élites américaines bat son plein et forcément ils influencent le marché des changes. Ce que les européens n’ont pas la possibilité de faire, faute de crédibilité et de relais. Il est évident que Draghi et Noyer et Mersch auraient du suggérer que si les mesures en cours n’étaient pas suffisantes, alors, on irait plus loin et plus longtemps. Au lieu de cela ils se sont « gargarisés » de quelques indicateurs « positifs » fragiles pour faire croire que leur action était une réussite ; ce faisant leur auto satisfaction a accentué la reprise de l’euro, ce qui va à l’encontre contre les objectifs de la BCE et est contre les intérêts de l’Europe.
A nos malheureux mauvais pilotes, il ne reste qu’à croiser les doigts et à espérer que la hausse effective des taux de la Fed à la rentée va changer les choses, qu’elle va raffermir le dollar et stopper la remonté de la devise européenne.
Pour peu que les indicateurs économiques US restent erratiques, peu lisibles, et hésitants, les marchés vont anticiper une stabilisation rapide des taux et ne pas embrayer sur une ré-appréciation du dollar, ce qui laissera nos malheureux européens entre deux chaises, avec leur pétard monétaire mouillé.