Article Bruno Bertez du 16 juin 2015
Personne, absolument personne ne peut prédire l’avenir. Même pas la Fed qui ne cesse de dire que sa politique dépendra des indications économiques à venir. Et il faut savoir que, depuis le début de la crise, les économistes de la Réserve Fédérale se sont systématiquement trompés sur toutes leurs prévisions. Il n’y a pas eu une seule fois où leurs chiffres n’ont dû être révisés sévèrement à la baisse. Juste avant l’éclosion de la crise, les spécialistes du FMI, le sinistre Blanchard, disaient que jamais l’économie mondiale ne leur avait semblé aussi solide. Le patron de la Réserve Fédérale lui-même s’est ridiculisé en affirmant que la crise des subprimes du logement était contenue.
Ce n’est pas parce que l’avenir est incertain que rien n’est prévisible. On confond souvent la difficulté qu’il y a à prévoir un calendrier, avec la prévision logique, l’enchaînement des causes et des effets. Si les gourous se trompent, c’est parce qu’ils cherchent à maîtriser ce qui n’est pas maitrisable : l’épaisseur du temps. Les gourous véhiculent les intérêts dominants, les consensus, les scénarios qui conviennent aux puissants.
Le consensus dominant dit que le 17 Septembre prochain, la Fed va monter les taux de 25 pbs: ce sera la première hausse depuis le mois de Juin 2006. A fin 2015, les taux devraient être de 50 pbs et de 1,50% à fin 2016. Les marchés de futurs ratifient ces prévisions puisque les hausses de taux qui sont incluses dans ces marchés sont à peu près les mêmes, à peu de choses près.
Le but de cet article n’est pas de tenter de prévoir ce qui va se passer. Notre hypothèse de travail consiste au contraire à affirmer que rien ne se passera comme prévu. Le passé n’est pas une indication pour l’avenir car la situation est unique. On a créé un monde à part, hors normes, qui se caractérise par quelques chiffres:
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la hausse des prix des assets financiers a été continue et quasi sans correction depuis 2009
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les Banques Centrales détiennent 22 trillions d’actifs financiers monétisés,
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il y a dans le monde plus de 6 trillions de dettes souveraines dont le rendement est négatif ou quasi nul ; près de la moitié rapportent moins de 1%
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les valorisations des actions sont au double de celles des normes historiques lissées sur longue période.
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les ratios d’endettement globaux et de leverage ont dépassé le niveau qu’ils avaient atteint avant la crise de 2008
Les chiffres n’expriment pas toute la réalité, il y a également la psychologie et les comportements. Ils sont marqués par l’expérience de ce qui s’est passé et qui a été dit ces dernières années. Il y a eu beaucoup de promesses et les illusions sont solidement ancrées. C’est d’ailleurs à peu près la seule chose qui soit encore ancrée dans notre monde, les illusions ! L’autre caractéristique de « l’autre monde » qu’ils ont créé, c’est la disjonction, les mots n’expriment plus les choses. Les mots et les signes sont libérés.
Les choses peuvent se passer de façon ordonnée, linéaire, c’est le vœu des autorités, elles peuvent se passer de façon chaotique, échapper au contrôle, il peut y avoir des ruptures ou des phénomènes de tout ou rien. Cela, cette hypothèse, n’est pas prise en compte car les modèles qui servent de guide sont tous linéaires.
Néanmoins, on ne peut échapper à la pesanteur, c’est à dire à la logique. Même si elle peut prendre plusieurs formes. Hegel disait : « L’histoire, c’est de la logique cristallisée ». Et la logique, c’est:
-les taux à long terme vont monter
-la valeur des obligations et fonds d’Etat va chuter
-les spreads de crédit vont s’élargir
-les primes de risques exigées vont augmenter.
-la liquidité, fille et mère de la spéculation va se contracter.
En clair, l’effet de richesse recherché pendant 6 ans va se transformer en effet d’appauvrissement.
Nous arrêtons là notre discours, car nous ne nous sommes pas intéressé ce jour à la question de savoir si le monde va rechuter, si nous sommes dans un remake de 1936/1937 lorsque la Fed a essayé de monter les taux, resserré les réserves et ainsi précipité la rechute, non, nous sommes intéressé à la logique de ce qui va se passer un jour, ou l’autre, et à la manipulation des citoyens par les élites. A la manipulation ici et maintenant par les dominants.
NOTE:
Afin qu’il n’ y ait nulle confusion, nous souhaitons insister sur le sens de notre titre.
ce titre comporte deux parties
-il faudra qu’il y ait la baisse on le sait bien
-un jour ou l’autre
Nous voulons marquer la nécessité logique de la baisse , on ne peut y échapper
Nous voulons marquer l’incertitude sur la datation de cette baisse.
La question du temps est celle que vous ne maitrisez pas.
La question du temps est ce que les Maîtres peuvent maitriser.
Nous disons souvent cette vérité apprise de l’expérience: le seul pouvoir des Maîtres, ce n’est pas celui de résoudre les problèmes, mais celui de retarder l’inéluctable.
Ils vous trompent par le jeu sur le facteur temps. ils résolvent les contradictions, ils dépassent l’impossible par le jeu sur le temps. Votre intelligence vous dit: c’est ceci ou cela. Vous tracez une alternative incontournable donc vous êtes sur d’appréhender tout le champ des possibles. Vous ne vous rendez pas compte que cette alternative , n’en est une qu’à un moment donné. Avant d’arriver à un embranchement binaire, on peut faire des détours.
Prenons l’exemple du marché financier.
Les fondamentalistes disent tout est trop cher, ils en tirent la conclusion que cela va baisser.
De fait tout est trop cher et dans 10 ans , quand on fera les comptes on s’apercevra que l’investissement boursier n’a rien rapporté du tout. L’intelligence des fondamentalistes les place d’emblée dans le futur lointain. En quel que sorte ils rendent « actuelle » une situation future. Et abstraitement, si on fait ainsi abstraction de l’épaisseur du temps, ils ont raison.
En pratique, ils ont tort, car un marché trop cher peut devenir encore plus cher et plus surévalué pendant longtemps si l’esprit de jeu, l’appétit pour le risque subsistent.: Et pour maintenir cette surévaluation il suffit aux maitres d’entretenir habilement l’esprit de jeu, l’appétit pour le risque. Ce qu’ils savent faire admirablement. Ainsi on échappe, croit-on à la logique, à la gravitation. Le fait que l’on se trompe sur le temps et les datations introduit le doute, on finit par perdre confiance en son raisonnement et se demander si finalement, on n’oublie pas quelque chose. Tout se passe comme si la logique, la gravitation pouvaient cesser de jouer.
Ici nous pensons que le travail de préparation de la première hausse de taux est intense, on veut que cela se passe bien. On sait d’ailleurs dans l’histoire , en particulier dans celle des années 36 et 37 que la première hausse des taux est la plus facile. Elle est bien avalée par les marchés: Les Maitres le savent, ils travaillent en conséquence, ils établissent un scénario, un plan de bataille et une stratégie en conséquence. il faut vous prendre à contre-pied, il faut « tarter » ceux qui vont attaquer les marchés. C’est absolument indispensable pour en garder le contrôle. Il faut faire en sorte que l’on soit obligé de subir .
Si nous étions à leur place, la pause actuelle des marchés nous conviendrait. En particulier, nous serions ravi de de l’incertitude Grecque. Elle constitue une bonne occasion de faire dégorger un peu les marchés. On peut même espérer la construction d’une sorte de ressort bandé sous les marchés, ressort constitué par les ventes du découvert qui croit que l’hallali a enfin sonné.
Nous sommes persuadé, mais ceci n’est pas un savoir, c’est un pari, que les autorités veulent créer les conditions techniques et psychologiques pour que la première hausse de taux soit considérée comme un succès et une preuve que tout ce qui a été fait depuis 2009 vient d’aboutir positivement.