Tsipras capitule , brave petit!

Sur la photo, on voit Juncker qui accueille Tsipras en lui tapotant paternellement la joue gauche,, Tsipras, sourit comme un benêt dans son costume de premier communiant.

Tout est là. Tout est dit. Du moins pour Tsipras, il a capitulé effrayé par le poids que l’histoire lui aurait fait supporter s’il avait tenu bon et sorti la Grèce de l ‘Eurozone.

La troika et surtout Draghi ont gagné, ils ont forcé Tsipras à concéder les coupes sur les pensions, la hausse de la TVA et il n’a rien obtenu au titre de l’allègement de la dette ou de la relance de l’économie. Les premiers calculs indiquent que les nouvelles ponctions fiscales qui ont été concédées vont amputer le GDP de l’équivalent d’un nouveau point.

C’est Draghi qui a porté le coup décisif, il a averti Tsipras que sans concessions de sa part-entendez reddition- l’aide aux banques grecques sous la forme de l’ELA serait coupée. Du coup la Grèce a acceptée dans un communiqué officiel l’extension de l’actuel bail-out. Merkel s’est empressée de préciser qu’il n’était pas question d’un nouveau bail-out, un troisième, non il s’agit bien de celui qui est en cours, le second.

Si l’on en croit les tweets des spécialistes, personne ne croit que la Grèce va à partir de là s’engager sur une voie fiscale soutenable, mais peu importe , ce qu’il fallait, c’est démontrer que l’on ne peut échapper à l’austérité exigée par Bruxelles et essayer de mener un chantage à la sortie de l’euro. Surtout quand le peuple, dans sa grande majorité n’en veut pas. A partir du moment ou les leaders européens ont réussi à terroriser les peuples avec la bombe atomique de la sortie de l’euro, il n’ y a plus de rebellion réelle possible. Il n’y a plus que des simulacres de rebellion. Même si les citoyens refusent les mesures dictées par Bruxelles, en même temps! Ils disent dans les sondages qu’ils veulent rester dans l’Euro. C’est la contradiction majeure qui empêche toute opposition sérieuse. Ce soir en Grèce, comme par hasard il y avait des manifestations organisées pour marquer la volonté de conserver l’euro et d’appartenir à l’Eurozone. Les peuples veulent comme le dit un leader cynique d’un pays du Nord, faire la fête mais que ce soient d’autres qui payent l’addition.

Dans ces conditions les leaders politiques des pays qui sont en difficulté s’avancent, partent en guerre , mais ils sont lâchés dès les premières escarmouches sur le front de l’euro. Tout se passe comme si les pouvoirs politiques n’étaient pas vraiment mandatés pour aller jusqu’au bout et dans ces conditions leur rôle n’est que cosmétique, on joue la comédie de la révolte , on fait trois petits tours, puis on s’en va, on saute. Comme un vulgaire Papandréou ou un Samaras.

Les jours de Tsipras sont comptés, il va devoir persuader son aile gauche que les concessions sont préférables à la sortie et aux souffrances de la redénomination. De toutes façons nous l’avions dit dès la première semaine, en n’instaurant pas un contrôle des mouvements de capitaux, en ne bloquant pas les ruées sur les banques, le sort était jeté, il allait, avons dit, se faire saigner à blanc. Ce qui est arrivé. L’erreur a été initiale.

Au stade ou nous en sommes dans nos sociétés, l’exemple Grec montre bien que l’on ne peut plus se révolter tant que l’on n’en accepte pas les conséquences et les risques, et les risques sont de tout perdre. Avis aux Italiens et Espagnols. Quant aux Français, la question ne se pose pas, il ne leur viendrait pas à l’idée de faire autre chose que protester. Maugréer, suffit à leur bonheur.

L’euro est une machine diabolique, on en a encore plus la preuve ce jour, l’intégration monétaire est une machine à tuer les démocraties. La dislocation de Syriza qui est déjà une coalition de bric et de broc, va créer une situation de confusion, voire de chaos. Notre conviction est que la Grèce n’est plus un pays gérable. La victoire de pays du Nord est une victoire à la Pyrrhus, ils vont régner sur un champ de ruines.

Nous laissons le mot de la fin à Stathis Leoutsakos: « leur but était d’humilier le gouvernement grec, ils veulent faire passer le message qu’aucune autre politique n’est possible dans la zone Euro ».

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11 réflexions sur “Tsipras capitule , brave petit!

  1. Et voilà, on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Dès le départ, Tsipras s’est comporté comme un écolier. Je suis tout de même très étonné de Varoufakis qui connait le fonctionnement de l’économie. Il avait parfaitement décrit les anomalies de la zone Euro et les déséquilibres mondiaux dans son dernier livre. Les grecs et leur classe politique n’auront que ce qu’ils méritent car on ne peut tout avoir: et l’euro et leur manière de vivre. Je suis très inquiet, car cela ne mènera qu’au chaos. Le tour des petits copains du Sud, la France incluse est pour bientôt. Rien de bon pour notre avenir. Notre seul espoir, je le crois, viendra de la rebellion des anglais qui ont une sainte horreur du dirigisme dictatorial. Qu’en pensez-vous Monsieur Bertez?

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    1. Je pense que les gens épris de liberté peuvent faire un bout de chemin avec les Britanniques, sachant que la perfide Albion ne veut pas votre bien, mais le sien. Il y a convergence tactique et temporaire si vous préférez!
      Sur le fond les britanniques ne font que défendre leurs intérêts, pas les principes. Ils défendent les intérêts de leur « industrie » comme ils disent, la Finance.

      J’en profite pour rappeler que je n’ai rien contre la finance, je suis moi même un financier, simplement je suis contre la perversion de la finance qui a perdu le lien avec la production de richesses réelles. Le profit doit rester en grande partie une résultante de l’activité productive, il ne doit pas devenir majoritairement une résultante de la manipulation de l’argent. Car alors le système change, il marche sur la tête.
      Est ce que je suis contre l’amour pour le seul plaisir et pour le développement de toutes les perversions sexuelles détachées de l’objet d ‘amour et de la procréation? C’est une question que l’on peut se poser par analogie.

      C’est une question intéressante pour la raison suivante: l’homme vit dans un monde de métonymies et métaphores, c’est en quelque sorte la conséquence de son accès au symbolique, à la parole et au culturel. Mais peu à peu, les glissements entre le réel et ses signes font perdre de vue l’origine des choses, l’origine des actes et des actions. Des fausses relations entre le symbolique et le réel s’établissent, c’est ce que l’on appelle la névrose. Et bien la financiarisation est une sorte de névrose sociale et les Britanniques sont les gardiens du temple de cette névrose.

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      1. Vous avez tout à fait raison. Mon affirmation était trop peu réfléchie. Néanmoins ils laissent plus de libertés à leur population, moyennant quoi la finance peut faire librement son travail de sape souterrain.

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  2. Bonjour Bruno,

    « L’euro est une machine diabolique, on en a encore plus la preuve ce jour, l’intégration monétaire est une machine à tuer les démocraties. » :
    Je ne suis pas sûre de cela (vous le savez). Je n’ai guère de compétences techniques sur la monnaie (et c’est bien possible que ça invalide tout mon commentaire), mais supposons que la Grèce ne soit jamais entrée dans l’UE ni dans l’Eurozone. Est-ce que ça aurait changé quelque chose au comportement des Grecs et de leurs gouvernements successifs ? Est-ce que le FMI n’aurait pas eu à venir à la rescousse comme pour la France (avec son Franc bien à elle) en 1983 ?
    Cordialement, Nathalie MP

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    1. Nathalie, je sais que vous êtes ce que j’appelle une personne de bonne volonté. Mais votre remarque prouve la force de la propagande et surtout l’absence de débat économique qui entoure tout ce qui concerne la monnaie. Une seule remarque qui invalide votre commentaire: la Grèce n’a pu emprunter 400 Milliards pour une population de 11 millions que parce que les banques des pays excédentaires attirés par l’appât du gain , lui ont prêté cet argent.

      Elles lui ont prêté cet argent car elles ont cru qu’elles feraient le plein sur leurs créances et qu’au passage elles gagneraient beaucoup plus qu’en prêtant par exemple aux Allemands. Donc la Grèce n’a pu s’endetter de 400 milliards que parce que, en face, il y a avait des gens cyniques pour lui prêter. Si il y avait des gens pour lui prêter de façon déraisonnable, c’est parce que, quelque chose, dès le départ ne tournait pas rond.

      On a caché aux citoyens et on le fait encore maintenant, que les avantages de la monnaie commune et unique avaient un coût, une contrepartie. Ce coût c’était l’alignement de toutes les valeurs économiques domestiques sur les valeurs du plus performant et du plus rigoureux, c’est à dire les pays du Nord. Ce cout c’était les abandons culturels, les pertes de spécificité et d ‘identité et au passage, bien sur la montée du chômage par mise au rencart de tout ce qui n’était pas assez productif selon les nouvelles normes.

      Les peuples qui sont toujours enclins à la veulerie et au moindre effort ont cru qu’ils allaient pouvoir faire la fête et que c’étaient les autres qui allaient payer, voila le fond de l’affaire. La démocratie n’est un système raisonnable que si elle est éclairée, ….

      Les Grecs en tant que peuple n’ont jamais été sollicités pour mettre leur signature au bas des contrats de prêts, ils ont été abreuvé de propagande, comme les Espagnols, les Italiens et aussi les Français , propagande qui leur a fait croire que l’Euro était la meilleure des choses et qu’avec lui, on rasait gratis, c’était le « free lunch » quotidien.

      Le consentement des gens à l’union monétaire a été vicié, obtenu de façon dolosive, comme votre commentaire le prouve. C’était volontaire, je le sais car j’étais aux affaires à cette époque et il s’agissait, je peux vous l’assurer, de faire en sorte que la contrainte de la monnaie, le carcan, mette au pas les travailleurs Français encore trop marqués par le communisme et les idées de la lutte des classes.

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      1. A titre d’exemple, cette magnifique bulle immobilière espagnole qui n’est que le résultat des taux bas que l’Espagne n’a jamais connu auparavant, autorisant le mauvais investissement que nous avons vu, et qui semble-t-il va se répéter, car on voit à nouveau de plus en plus de grues réapparaître. Je n’ai vu aucun économiste espagnol expliquer l’origine de cette anomalie économique. On joue avec l’ignorance de la population.

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      2. J’ajoute méchamment que les pays excédentaires ont failli à leur tâche historique. Au lieu de prêter comme des usuriers pour favoriser la montée de la consommation des pays du Sud, ils auraient du faire ce qui était logique, normal quand on veut construire honnêtement un espace économique unifié, ils auraient du investir dans le développement économique des pays du Sud. Mais , ils ont préféré leur prêter de l’argent pour le gaspillage de la construction immobilière stérile, pour l’achat de Mercédès etc.

        Les pays du Nord ont manqué à leur mission qui consistait à porter le développement économique des pays du Sud au niveau de la moyenne européenne.

        Ils ont agi comme des pillards, ils ont pillé la capacité d’endettement des pays du Sud .
        Ils ont agi également comme des « compradors » ce qui explique la solidarité des bourgeoisies « kollaboratrices » des pays du Sud y compris la France avec les bourgeoisies des pays du Nord.

        Les bourgeoises compradors du sud dont le plus bel exemple est le MEDEF n’ont qu’une seule idée : faire suer le burnous à la faveur de la crise de la dette.

        Pour cela elles sont prêtes à abandonner la souveraineté et la médiocre démocratie formelle dont nous jouissons encore. C’est la revanche des années d’après guerre ou il a fallu consentir un surcroit de salaires et d’avantages sociaux en raison du rapport de forces entre le capital et le monde du travail , rapport de forces lié à la puissance des partis communistes et de leurs syndicats. L’euro permet la liquidation , la liquidation générale ….

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