L’accroissement des dettes cause les inégalités et les crises.
La financiarisation, perversion du capitalisme commence à être contestée. Il est grand temps. Cette financiarisation est une conséquence de l’accélération de la production de dettes dans notre système économique.
Nous avons maintes fois expliqué que l’accumulation des déficits par les uns avait pour contrepartie symétrique l’accumulation d’excédents par les autres sous forme de créances. La masse de créances doit être traitée, négociée, appréciée, sécurisée, hedgée etc. Et la fonction financière crée bien entendu sons organe, le Système bancaire et financier. Tout ceci produit le capitalisme financier qui se définit pour nous, comme la fabrication du profit non par la production de richesses, mais par l’arbitrage ou encore le jeu sur l’écart des valeurs. Ce que quelque fois nous désignons sous le nom de capitalisme anglo-saxon. La Création de Valeur dont se targuent les financiers n’a que peu à voir avec la création de richesses réelles et le vrai profit.
Ce qui paraît extraordinaire, à peine croyable, c’est que les théories économiques classiques, dominantes comme celles des gens comme Bernanke ou Krugman postulent que la monnaie, le crédit sont neutres. Ils ignorent la dette. Pour Bernanke, « il y a des gens impatients qui veulent dépenser plus maintenant », pour Krugman « c’est un jeu de redistribution ».
Ces gens qui malheureusement, tiennent le haut du pavé, – car leurs théories sont utiles aux gouvernements n’est ce pas -, pratiquent une économie fondée sur le dogme de l’équilibre. Ils ont réussi à en tirer toute une série d’aberrations intellectuelles comme la théorie du Savings Glut, de l’Insuffisance Globale de la Demande, comme celle de l’Illusoire Grande Modération des deux décennies précédentes. Ce sont eux et leurs idées qui sont à l’oeuvre depuis des décennies au Japon et qui l’ont conduit là ou il en est. Ce sont eux, les mêmes, qui vont nous japoniser.
Ce sont eux qui nous ont fabriqué la crise de 2008 et qui travaillent dur, pour préparer celle des prochaines années. Ils refusent de reconnaître que la hausse des dettes produit « le boom » et également « la crise » qui suit. Ils sont responsables du boom d’abord et de la crise ensuite. Mais dans leurs analyses , ils perdent la mémoire et ne se souviennent que du « boom » qu’on leur doit et surtout pas de « la crise », la crise c’est les autres, les marchés, les animal spirits, les gouvernements, la faute à pas de chance…Ces gens sont des experts, mais des experts en modèles faux.
Le professeur Steve Keen prend le contre-pied de toutes ces théories simplistes fondées sur l’équilibre, la linéarité, sur tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil , tout le monde il est intelligent et rationnel, et réintroduit l’accroissement d es dettes, la complexité, la non-linéarité et par conséquent l’instabilité. On est ainsi déjà dans un univers qui se rapproche un peu plus de la réalité.
Steve Keen a fait une récente présentation à l’ESCP Europe Paris. L’une des démonstrations les plus frappantes du professeur est sa démonstration du lien entre l’accroissement des inégalités et le taux de croissance accéléré des dettes. C’est une thèse que nous défendons nous même très souvent, mais bien sûr sans pouvoir faire état des modélisations qui la justifient. Le professeur Keen soutient que la progression des dettes cause les inégalités et produit la crise lorsque le taux de croissance de la dette est supérieur au taux de déclin de la part des salaires dans le Revenu National. Nous espérons ne pas déformer dans la traduction. Avant la crise, la période est précédée par une phase de tranquillité, qui est précisément ce que l’on croit être une Grande Modération. En réalité, c’est le calme avant la tempête.
Keen soutient que le monde est plongé dans le chaos maintenant parce que les experts utilisent des théories fausses, ce qui nous ravit, nous qui ne cessons de répéter que ces gens sont des incapables et que leurs erreurs théoriques conduisent aux catastrophes pratiques. Les maîtres du monde ignorent la monnaie, assument la thèse de l’équilibre et … ils ignorent l’instabilité. Cette instabilité qui est le monde réel dans lequel nous vivons depuis la dérégulation des années 80, années du règne de sa majesté la dette. Keen ajoute que les Illusionnistes commettent l’erreur dans leurs modèles de traiter les gouvernements comme une gigantesque entreprise, alors qu’en fait au plan théorique il faudrait les traiter comme étant plus proches d’une banque.
Comme nous, Keen a pour référence Hyman Minsky, qui est le seul économiste à avoir, avant la crise, parfaitement identifié et expliqué le fonctionnement du Système et conclu à son instabilité inhérente. La chose est complexe, mais cette instabilité est due aux caractéristiques du Système Financier qu’il faut avoir pour être en cohérence avec le capitalisme pur. Cette thèse explique parfaitement la dérive socialiste, sociale-démocrate, de nos systèmes vers la monnaie dirigée, le « socialisme de Banque Centrale ». Aucune autre thèse n’en rend aussi bien compte.
Keen par ailleurs explicite les relations entre la croissance, la croissance de la population, le chômage, l’accroissement de la productivité , la part des salaires dans le Revenu National. Nous ne sommes pas sûr que Rebsamen ait terminé la lecture des ouvrages de Steve Keen, mais il est temps qu’il s’y mette.
Keen met en évidence la croissance des inégalités en articulant dans un même modèle l’évolution dans le temps de la part des salaires, de la part des vrais capitalistes producteurs et de la parts des revenus que s’attribuent les banques, dans le revenu national. La progression des inégalités et la progression de la dette privée sont directement reliée. Ce qui veut dire que lorsque les Gouvernements et les Banquiers Centraux comme Yellen s’indignent de l’extension des inégalités, ils se fichent de nous puisque ce sont eux qui, en encourageant et en utilisant les dettes comme dopages, les fabriquent.
On peut s’initier à la pensée de Steve Keen en lisant « Debunking Economics » , traduit par Gael Giraud . Gael Giraud est Chef Economiste de l’Agence Française de Développement