Tsipras fait appel au referendum

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé tard vendredi soir la tenue le 5 juillet prochain d’un référendum sur le projet d’accord « argent frais contre réformes » soumis par les créanciers d’Athènes qu’il a qualifié d' »ultimatum » contraire aux principes fondateurs de l’Europe.

L’initiative inattendue du chef de file du parti de gauche anti-austérité Syriza est un coup de théâtre sans précédent dans les négociations engagées voici cinq mois entre son gouvernement et les bailleurs de fonds de la Grèce.

L’annonce choc du Premier ministre grec intervient au terme d’un enchaînement d’événements où les espoirs nés des propositions envoyées en tout début de semaine par Athènes à ses créanciers – la Commission parlait alors d’une « bonne base pour des progrès » – se sont rapidement envolés pour faire place à la méfiance et à des accusations réciproques de chantage.

Les créanciers, jugeant que le nouveau programme de réformes proposé par Athènes reposait principalement sur des hausses d’impôts et de cotisations sociales et non sur des économies, ont transmis leurs contre-propositions, jugées « absurdes » par le gouvernement grec.

« OBSESSION POUR UNE AUSTÉRITÉ DURE ET PUNITIVE »

De retour de Bruxelles où il a mené des négociations marathon avec les représentants des « institutions » (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI, créanciers de la Grèce) et participé au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, Alexis Tsipras a réuni en urgence son gouvernement puis, dans une allocution télévisée peu avant 01h00 du matin (22h00 GMT), a annoncé un référendum.

« On a demandé au gouvernement grec d’accepter une proposition qui accumule de nouvelles charges insupportables sur le peuple grec et sape la reprise de la société grecque et de son économie, qui maintient non seulement l’incertitude mais amplifie davantage encore les déséquilibres sociaux », a-t-il dénoncé.

« Notre responsabilité nous oblige à répondre à cet ultimatum par le biais de la volonté souveraine du peuple grec », a-t-il ajouté. (voir )

Les partenaires européens de la Grèce avaient proposé dans la journée de débloquer plusieurs milliards d’euros de crédits (jusqu’à 15,5 milliards étalés en quatre versements jusqu’en novembre, dont une première tranche de 1,8 milliard d’euros dès mardi), de quoi faire face aux échéances des prochains mois, à condition que le Parlement grec approuve un plan de réformes prévoyant une réduction des pensions de retraite, de nouvelles baisses de salaire dans la fonction publique, une augmentation de la TVA et la fin des exemptions fiscales dans les îles. Autant de lignes rouges pour un gouvernement qui a promis d’en finir avec l’austérité.

En marge du sommet de Bruxelles, Angela Merkel et François Hollande ont discuté avec Alexis Tsipras pendant trois quarts d’heure, vendredi, pour tenter de le convaincre d’accepter cette offre qualifiée de « généreuse » par la chancelière allemande. Tous deux ont insisté sur le caractère décisif de la nouvelle réunion des ministres des Finances de l’Eurogroupe, la quatrième de la semaine, programmée ce samedi à 14h00 (12h00 GMT).

Selon un responsable grec, le Premier ministre leur a répondu ne pas comprendre l’insistance des créanciers sur la nécessité de mesures douloureuses.

« Ces propositions prouvent l’obsession, principalement de la part du Fonds monétaire international, pour une austérité dure et punitive », a insisté Tsipras lors de son allocution télévisée, ajoutant que « l’objectif poursuivi par certains de nos partenaires et certaines ‘institutions’ n’était pas un accord viable pour toutes les parties, mais l’humiliation d’un peuple tout entier ».

L’OPPOSITION GRECQUE DÉNONCE UNE RUPTURE DANGEREUSE

Annoncée en pleine nuit, son projet de référendum n’a entraîné pour l’heure aucune réaction de la part des « institutions » ou des pays de la zone euro.

Tsipras a précisé qu’il avait « communiqué (sa) décision » à François Hollande, Angela Merkel et Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Selon Gabriel Sakellaridis, le porte-parole du gouvernement grec, ce dernier aurait fait montre de « compréhension et de sensibilité » lors de sa conversation téléphonique avec le chef du gouvernement grec.

Le président de la BCE, dit-on dans l’entourage du Premier ministre, devrait rencontrer ce samedi le vice-Premier ministre grec Giannis Dragassakis, le ministre des Finances Yanis Varoufakis et le négociateur en chef Euclide Tsakalotos.

En Grèce, les partis de l’opposition ont dénoncé une rupture dangereuse qui, jugent-ils, menace de pousser le pays hors de l’Union européenne. « M. Tsipras conduit aujourd’hui le pays vers un référendum dont la question fondamentale est un oui ou un non à l’Europe et il propose la rupture avec tous nos partenaires et une sortie de l’euro », a dénoncé son prédécesseur au poste de Premier ministre, Antonis Samaras, chef de file du parti de droite Nouvelle démocratie.

Ce n’est pas la première fois depuis le début de la crise grecque, fin 2009, qu’Athènes a recours à l’arme du référendum dans les négociations avec ses partenaires.

Fin octobre 2011 déjà, le Premier ministre à l’époque socialiste George Papandréou, sans consulter ses partenaires européens, avait annoncé la tenue d’un référendum sur le programme d’austérité lié à l’aide financière internationale. Sous pression de ses partenaires, mais aussi de la classe politique grecque, il avait fait marche arrière avant de démissionner et de laisser place à un gouvernement de coalition dirigé par Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne.

Tsipras a annoncé que son projet de référendum serait soumis pour ratification au Parlement dès samedi. Les députés se retrouveront à midi
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« Greek Prime Minister Alexis Tsipras called a referendum on whether he should accept the latest demands of the country’s creditors, the most dramatic move yet in a debt crisis that started five years ago.

Greek ministers, including the defense chief, joined the fray, urging the country of 11 million people to vote “no.”

In a nationally televised address after midnight in Athens, Tsipras announced the July 5 vote and excoriated a take it-or-leave it offer as a violation of European Union rules and “common decency.” Deputy Deputy Foreign Minister Euclid Tsakalotos said the government has no plans to impose capital controls and banks will stay open on Monday.

“After five months of tough negotiations, our partners unfortunately resorted to a proposal-ultimatum to the Greek people,” Tsipras said. “I call on the Greek people to rule on the blackmailing ultimatum asking us to accept a strict and humiliating austerity without end and without prospect.”

Since coming to power, Tsipras has refused to bend to the creditors’ terms accusing them of prolonging a punishing austerity. While his brinkmanship has taken his country to the edge of capital controls and a potential exit from the euro, the vote also has the potential to settle once and for all the question of whether voters want to stay in the currency area.

Referendums are a rare occurence in Greece. In 1974, as the country was emerging from a military dictatorship, Greeks voted against a monarchy and became a republic.

Grexit Vote?

A ‘no’ vote could ultimately draw the curtain on Greece’s membership of the euro. Faced by a rejection of its demands and those of other creditors, the European Central Bank could feel obliged to cut off the emergency funds that the country’s banks rely on for survival. On the other hand, a ‘yes’ vote would spell defeat for Tsipras and may force him into early elections.

“The probability of Greece leaving the euro, sadly, has only increased with this decision,” said Nicholas Economides, Professor at the Stern School of Business at New York University, in a phone interview.

The majority of Greeks would prefer to stay in the euro even with a “bad” deal with the creditors attached to more austerity measures, according to a poll posted by Greece’s Mega TV on June 16. The poll found that 56.2 percent of respondents were in favor of staying in the euro compared with 35.4 percent who said they would prefer default and exit from the single currency instead of a bad agreement.

Still Meeting?

The surprise development throws into turmoil planned talks Saturday among euro-area finance ministers on their latest proposal, which would unlock 15.5 billion euros ($17.3 billion) and extend Greece’s program through November, in return for a commitment to pension cuts and higher taxes that Tsipras opposes.

Greece’s Deputy Prime Minister Yannis Dragasakis and Tsakalotos will meet Saturday with ECB President Mario Draghi, a government statement said. Tsipras spoke with Draghi on the phone before announcing his decision to hold a referendum to explain the government’s view, Tsakalotos said in a phone interview.

Since the address came late in Athens, most Greeks appeared not to have heard about the decision to put the creditors’ proposals directly to them. In interviews, people turned to their cell phones to read the news, or flicked on their radios in cars to hear for themselves.

“It’s a very brave decision,” said Yannis, who runs a small trinket shop across from the Greek Parliament, and declined to give his last name. “The European Union are dictators – they are bank dictators, and now we get a chance to tell them what we think.”

Europe broke with the ideology that the euro is forever in November 2011, when German Chancellor Angela Merkel and then-French President Nicolas Sarkozy threatened to kick Greece out unless it continued with the public spending cuts required in exchange for aid.

Greece backed down, power shifted from a left-of-center establishment party to a right-of-center one. The financial drip continued until Greece’s economic suffering brought Tsipras’s radical-left Syriza party to power. »

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