La position Allemande :
Merkel est ouverte
mais
Elle n’est pas prête à faire des concessions
Le porte-parole de Merkel s’est exprimé. Vous remarquerez le vocabulaire utilisé: « solidarité, effort », c’est un registre moral, juridique et absolument pas économique. Et c’est le drame de l’Europe, il y a une réalité qui n’est pas morale, mais objective -impossibilité de rembourser- et on lui oppose la morale et le juridisme. Les contrats, face aux crises, volent en éclats, ce qui ne peut être honoré doit être abandonné, le « mort », comme nous disons souvent, doit laisser la place au »vif ». L’esprit Allemand est incapable de comprendre cela.
Si Angela Merkel ne pense pas, contrairement à son vice-chancelier, que la Grèce « a rompu les ponts » avec l’Europe, elle n’est absolument pas prête à faire la moindre concession dit-on dans son entourage.
Avant de rencontrer François Hollande à l’Elysée, lundi à 18 heures, la chancelière allemande Angela Merkel a laissé son porte-parole, Seibert, indiquer en quelques mots comment elle voyait la situation après le référendum en Grèce.
Formellement, « la porte est toujours ouverte » à un accord avec Athènes, a dit Seibert, reprenant une phrase prononcée par la chancelière au Bundestag mercredi 1er juillet. Contrairement à son vice-chancelier, le président du Parti social-démocrate Sigmar Gabriel, la chancelière ne pense donc pas que la Grèce « a rompu les ponts » avec l’Europe.
« Compte tenu de la décision d’hier des citoyens grecs, les conditions pour des négociations sur un nouveau programme d’aide ne sont pas réunies « , a déclaré Seibert.
Selon lui, le vote de dimanche « est un rejet du principe qui a guidé les aides aux pays [européens en difficulté], le principe selon lequel la solidarité et les efforts sont indissociables », a poursuivi M. Seibert. Or, « le gouvernement allemand reste fidèle à ce principe » qui, selon lui, a fonctionné dans les autres pays qui y ont eu recours.
Ce principe du « donnant -donnant » est une imbécillité puisque « aide contre austérité » aboutit à ce que l’activité économique se réduit , la croissance disparaît, les moyens de rembourser s’évanouissent. Le principe invoqué est un principe d’échec! Le fait de mentir et de dire que pour les autres, cela a fonctionné ne change rien à l’affaire, car tout le monde sait que les deux pays concernés, l’Italie et l’Espagne n’ont qu’un succès cosmétique, maquillé, et que le réel , la production de richesse, l’emploi, l’investissement et surtout le passif du bilan , tout cela reste défaillant.
C’est en cela que l’affaire Grecque est grave, elle souligne, elle met le doigt sur la faille du système d’ajustement voulu par Merkel et accepté par Sarkozy. « Aide contre austérité », cela ne marche pas. L’économie, c’est une dynamique, pas un contrat! C’est dramatique car on ne voit aucune solution proposée. Nous le répétons , ce qui ne peut être payé ne le sera pas et dire le contraire est un non-sens qui empêche l’examen d’ autres pistes telles que les restructurations, moratoires, conversions/swaps de dettes.
« Angela Merkel attend donc désormais ce qu’Alexis Tsipras a à dire aux Européens. Mais, pour elle, il ne saurait être question de négocier un troisième programme d’aide et encore moins de rediscuter de la dette ». Un allègement de la dette « n’est pas un sujet pour nous », a indiqué le porte-parole du ministère des finances, Martin Jäger. « Je ne vois pas de raison de nous lancer à nouveau dans cette discussion », a-t-il ajouté.
Tout se passe donc comme si l’Allemagne se préparait désormais à une sortie de la Grèce de la zone euro. Celle-ci deviendra inévitable au fur et à mesure qu’Athènes se révélera, faute d’accord avec ses créanciers, incapable d’honorer ses remboursements et que la Banque centrale européenne cessera d’assurer le financement de son économie.
Une sortie de la Grèce de la zone euro serait-il un échec pour Angela Merkel ? Evidemment, celle-ci ne le voit pas ainsi. Du moins ne le reconnaît-elle pas. Mercredi, au Bundestag, la chancelière a donné sa définition de ce qu’est un bon Européen.
« Je le dis clairement : un bon Européen n’est pas celui qui recherche l’unité à tout prix. Un bon Européen est celui qui respecte les traités européens ainsi que le droit national et qui, de cette façon, contribue à ce que la stabilité de la zone euro ne se détériore pas. » Hélas, cela s’appelle penser faux, car dans ce domaine, ce qui compte ce n’est pas le respect de la parole, mais la possibilité concrète de respecter sa parole! On le voit, mois après mois avec la dérive Française, les dates butoirs pour le rééquilibrage sont cesse reportées, et elles finiront par être abandonnées.
Contrairement à la plupart des autres pays de la zone euro, dont la France, l’Allemagne – conservateurs et sociaux-démocrates confondus – est désormais convaincue qu’une zone euro sans la Grèce serait plus stable qu’une zone euro dont les principes seraient bafoués par un de ses membres. Dans cette fausse logique, ne pas sauver la Grèce, c’est , pour les Allemands, d’une certaine façon, sauver l’Europe.
C’est en fait toute une conception de l’Histoire et de la philosophie qui est en cause, une conception qui nie le mouvement, qui nie la dialectique et le dépassement des antagonismes.
L’esprit positif Allemand ne peut intégrer le mouvement de l’Histoire et concevoir que ce qui a été fixé par les pères fondateurs de l’Europe, Kohl en particulier, soit dépassé, inadéquat. Les pères fondateurs ont conçu un carcan adapté aux préoccupations du moment-faire un euro solide, un euro-DM- ceci se révèle une faille qui met en danger l’esprit même du dispositif européen: la volonté des peuples de vivre ensemble.