Le grand transfert, de la poche des uns à celles des autres

Nous répétons jour après jour , semaine après semaine, que la crise financière est l’occasion du plus grand transfert de richesses de tous les temps : la complexité de la chose financière, l’absence de culture des français, l’enfumage par les  élites, tout se conjugue pour que ces transferts restent cachés.

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Les sommes sont tellement colossales que le public n’arrive même pas à en saisir l’énormité. Les chiffres ne lui disent plus rien quand il y a trop de zéros.

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Nous avons expliqué en son temps, que la crise, c’est non pas un évènement, mais un processus. Le processus est lent , long, opaque , on perd facilement et rapidement le fil conducteur. Ainsi nous avons expliqué qu’une fois passées les mesures de sauvegarde d’urgence, la question qui allait se poser était celle de savoir qui allait payer, qui allait être tondu, qui allait déchoir.

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Nous avons expliqué que la fonction des marchés financiers et de la politique monétaire était précisément cella là, désigner les perdants.

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La répression financière avec les taux zéro et la dilution de la monnaie par l’effet Cantillon remplit cette mission de désignation des victimes : les classes moyennes.

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Pour peu que ces classes moyennes aient été séduites par leurs banquiers pour acheter des obligations et fonds d’état pour se protéger des risques, alors ils ont souscrit au plus haut des cours et au plus bas des taux et leur argent va être ratissé par la classe des émetteurs. Il l’est déjà, mais il le sera encore plus quand les taux seront revenus à leur niveau normal. Les émetteurs n’auront qu’à se baisser pour ramasser pour une bouchée de pain le papier qu’ils ont vendu très cher.

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Bien sur comme la séduction des obligations et fonds d’état ne dure qu’un temps, il faut offrir à ceux qui ont encore un peu d’argent le miroir aux alouettes des actions. On fait acheter cher, on désendette ceux qui sont surendettés, on baisse le coût apparent du capital, on multiplie les IPO de firmes qui n’ont ni bénéfices ni perspective d’en faire jamais, puis on laisse retomber le soufflet. C’est encore un grand transfert de réalisé, n’est- ce pas.

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Tout cela est en cours, c’est une affaire qui tourne rondement. Le croc à phynances du père UBU fait des merveilles, il capture l’argent.

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C’est ce que l’on vient de voir en Chine, en caricature comme nous l’avons écrit. . Pour sortir ses entreprises de la dette, le pouvoir politique a provoqué une flambée sur les bourses, les entreprises et les banques ont ainsi pu vendre des actions au public, faire des IPO, les gogos se sont gavés et ils n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Le gouvernement a attiré les citoyens dans le casino de la Bourse, elle a monté de 50% en un an, on a émis à tour de bras et ratissé et maintenant elle vient de retrouver la case départ, car une chute de 30% sur les plus hauts, cela remet les indices là ou ils étaient avant la hausse de 50% !.

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Ce n’est pas fini, le grand battage des cartes destiné à faire passer l’argent de la poche des uns dans celles des autres va à notre avis s’amplifier et accélérer. Comme au bonneteau,  on aura du mal à suivre le jeu de la carte et quand on croira l’avoir suivi, alors c’est là ou se fera piéger.

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Il est assez rare que des institutions qui ont pignon sur rue, nous donnent les moyens voir les tours de passe-passe financiers des kleptocrates. C’est pourtant ce que vient de faire le CFR, le Council On Foreign Relations dans une étude du 7 Juillet. Il s’était déjà fait remarquer en publiant des études sur la situation réelle-désastreuse- des banques européennes et encore une autre fois en publiant des études sur la situation  des systèmes de retraites.

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Le CFR démontre que ce sont les contribuables Italiens et Espagnols qui ont renflouées les banques Francaises. En Mars 2010, soit deux mois avant l’annonce du premier bail-out Grec, les banques européennes avaient 134 milliards d’euros de créances sur la Grèce. Les banques francaises étaient  celles qui étaient les plus exposées avec 52 milliards d’euros.  Ces 52 milliards d’euros représentent 1,6 fois l’exposition de l’Allemagne, 11 fois l’exposition de l’Italie et 62 fois celle de l’Espagne.

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Les 110 milliards prêts qui ont été accordés par la troïka en Mai 2010 ont permis à la Grèce d’éviter le défaut de paiement et aux banques de perdre leurs créances. En l’absence de ces prêts, les banques françaises auraient « sauté » et . Il aurait fallu les renflouer. Grâce à ces prêts à la Grèce, les banques françaises ont pu vendre sur le marché leurs créances, attendre les remboursements et ne subir qu’un modeste  » haircut » en 2012.

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En 2015, les créances des banques françaises sur la Grèce représentent moins de 1% (0,6%) de l’ensemble des prêts accordés à ce pays. En 2010, les Banques françaises représentaient plus de 40% de la dette Grecque ! Conclusion, le bail-out Grec de 2010 était surtout un bail-out des banques françaises.

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Qui a payé, puisque c’est ce qui nous intéresse, le grand transfert. Ceux qui ont payé ce sont les Italiens et les Espagnols. Le bail-out Grec s’est fait au prorata des parts de chacun dans le capital de la BCE et les Italiens qui n’avaient pas d’exposition à la Grèce ont maintenant une exposition de 39 milliards et les Espagnols qui n’avaient rien non plus ont un ardoise de 25 milliards.

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Entre 2010 et maintenant, l’Allemagne a augmenté son exposition sur la Grèce de 35 milliards, l’Italie de 34 milliards, l’Espagne de 25 milliards tandis que la France réduisait la sienne de 8 milliards ! La France s’est servie du bail-out grec pour se décharger de 8 milliards de dette pourrie sur les marchés et sur ses voisins.

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by Benn Steil and Dinah Walker at CFR.org
Source: Geo-Graphics » Greece Fallout: Italy and Spain Have Funded a Massive Backdoor Bailout of French Banks

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