Grèce, le peuple avait dit « non », le Parlement dit « oui »!

Avant de lire ce texte, nous vous conseillons la lecture préalable de celui qui est publié dans TheGardian par  Varoufakis. Il  est disponible sur ce site.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a obtenu aux premières heures de samedi le soutien du Parlement grec à son programme de reddition  présenté aux créanciers du pays dans le but d’obtenir un nouveau plan de sauvetage. Son  plan a obtenu le soutien de l’opposition, tandis qu’il n’a pas fait le plein des voix de Syriza. Plusieurs milliers de manifestants de gauche se sont rassemblés devant le Parlement vendredi soir en signe de protestation.

Compte tenu de l’état divisé de la société grecque, de l’absence de confiance et des chiffres qui circulent, nous ne voyons pas comment un redressement économique pourrait se produire, même en cas de mise en oeuvre de l’accord. Les objectifs de surplus budgétaire primaire sont soit irréalistes, soit criminels. Notre sentiment est que, pour tout le monde, ceux qui veulent le Grexit, ceux qui veulent le maintien et le gouvernement Grec, le succès sera à la Pyrrhus.

Ces mesures ont  reçu un premier avis favorable des experts de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international.

Fort de cet avis favorable, l’Eurogroupe des ministres des Finances de la zone euro se réunit samedi après-midi à Bruxelles pour examiner les conditions d’un « renflouement » de la Grèce.

Les experts de la BCE, de la CE et du FMI ont chiffré à 74 milliards d’euros les besoins financiers de la Grèce pour faire face à ses obligations. Alexis Tsipras a demandé une aide de 53,5 milliards d’euros sur les trois prochaines années. Ce qui frappe, c’est que l’on ne cesse de chiffrer ce qu’il faut, comptablement, à la Grèce pour « satisfaire à ses obligations », mais que l’on n’ aborde jamais celle soulevée par Varoufakis (et les votes populaires) de ce qu’il faut, pour remettre le pays sur les rails. Ceci nous fait penser que dans l’esprit de beaucoup, l’accord, même si il intervient, ne sera que provisoire. Les partisans de l’expulsion n’ont pas dit leur dernier mot.

Une source au sein de la zone euro a déclaré qu’il était désormais « 100% certain » que les ministres seraient d’accord pour lancer des négociations. Parallèlement, ils étudieront aussi une aide à court terme pour dépanner la Grèce en attendant que le nouveau prêt sur trois ans sollicité par Alexis Tsipras ait été accepté et que les fonds soient effectivement déboursés.

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Alexis Tsipras a obtenu le soutien de la Vouli à une confortable majorité – avec 251 voix sur 300 – mais le chef du gouvernement de la gauche radicale n’a pas fait le plein des voix de son parti, Syriza et a dû compter sur le vote des partis d’opposition pro-européens et notamment de Nouvelle démocratie.

Les figures les plus à gauche de Syriza avaient signalé avant le vote qu’elles ne pouvaient soutenir la hausse de la fiscalité et la baisse des dépenses proposées par Alexis Tsipras après le rejet sans appel par les Grecs de mesures similaires lors du référendum de dimanche dernier.

Le ministre de l’Energie, Panagiotis Lafazanis, le vice-ministre du Travail, Dimitris Stratoulis et la présidente du Parlement, Zoé Constantopoulou, se sont abstenus.

« Le gouvernement fait l’objet d’un chantage total pour qu’il consente à quelque chose qui ne reflète pas ce qu’il représente », a déclaré Zoé Constantopoulou.

« Les propositions ne sont pas compatibles avec le programme de Syriza », avait déclaré Lafazanis à Reuters avant le vote.

A l’issue du vote par le Parlement, Alexis Tsipras n’a pas fait mention des « frondeurs » de son parti qui n’ont pas voté son plan. Il a indiqué qu’il allait maintenant se consacrer à la conclusion d’un accord.

« Le Parlement a aujourd’hui donné un mandat clair au gouvernement pour mener à bien les négociations et parvenir avec ses partenaires à un accord économiquement viable et socialement juste », a déclaré le chef du gouvernement.

« La priorité maintenant est d’avoir une issue positive aux négociations », a déclaré Alexis Tsipras en soulignant que « le reste » viendrait après. La question du « reste » dont il est dit qu’il viendra après, est la question essentielle, puisqu’elle  recouvre celle de la mise en oeuvre effective, puis dans un second temps, celle de la faisabilité. Le reste, c’est le réel, maintenant, nous ne sommes que dans la parole et la politique.

Le vote des mesures d’austérité voulues par les créanciers ne s’est pas fait sans difficulté. Le président-fondateur des Grecs indépendants, le parti de droite souverainiste qui soutient le gouvernement Syriza, avait expliqué avant le vote que ses députés voteraient le plan de réformes « le coeur lourd ».

Cinq membres radicaux de Syriza ont signé une lettre pour dire qu’une sortie de la zone euro et un retour à la drachme étaient préférables à un accord avec les créanciers impliquant une nouvelle cure d’austérité sans perspective de réduction de la dette.

Lors de la réunion de l’Eurogroupe samedi, la demande grecque de rééchelonnement d’une partie de sa dette, qui représente 175% de son produit intérieur brut (PIB), devrait être également discutée. il semble qu’un glissement nuancé de la position Allemande soit en cours.

L’Allemagne s’est montrée circonspecte face aux nouvelles propositions mais la France, principal soutien de la Grèce parmi les grandes puissances de la zone euro, les a saluées.  Hollande les a qualifiées de « sérieuses et crédibles ». Si les choses suivent maintenant leur cours , et si les pays du Nord ne réussissent pas torpiller à l’accord, le grand vainqueur de l’affrontement sera la France, laquelle depuis le début, cherche à éviter le Grexit que les Allemands souhaitent. Ceci, exploité avec fermeté et intelligence, pourrait améliorer le rapport des forces entre la France et L’Allemagne.

Il est trop tôt pour faire l’analyse de l’incidence des derniers évènements sur  la politique intérieure espagnole, et l’audience de Podemos.

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