Des amis, des lecteurs, des gestionnaires nous interrogent. Ils nous disent: maintenant que la menace Grecque est passée, maintenant que le marché Chinois est stabilisé faut-il reprendre les achats en Bourse ? Peux-t-on raccrocher la tendance haussière qui avait prévalu jusqu’à la mi-Avril ?
Voici notre réponse.
1- il subsiste une incertitude sur le passage de l’accord Grec au parlement Allemand vendredi
2- aucun problème n’est résolu , on reste des deux cotés dans le « extend and pretend »
3- ces événements ne sont que des symptômes, le fait essentiel c’est l’approche de la hausse des taux
4- les bulles commencent à éclater, personne ne peut deviner quelle sera la prochaine
5- les autorités elles-même sont dans l’incertitude, on ne peut rien anticiper
Donc en résumé, nous disons qu’aussi bien les évènements Grecs que les évènements Chinois ne sont que des distractions et que ce qu’il faut surveiller, c’est l’essentiel, c’est à dire les taux. La liquidité est produite par les anticipations sur les taux, c’est une conséquence, pas un phénomène distinct comme semblent le croire les gouverneurs de la Fed. Ils pensent que l’on peut monter les taux sans resserrer la liquidité, en la laissant surabondante et ils se trompent. Tout dépend de la façon dont les marchés se positionnent face au risque.
Or de ce coté les choses se gâtent ; la tendance à la baisse de l’appétit pour le risque est maintenant bien accrochée, l’appétit baisse, il chute.
Si vous prenez un graphique qui retrace l’évolution des spreads du High Yield en regard des Treasuries à 10 ans, vous observez les séquences suivantes.
1-Décompression longue et régulière depuis la mi-2013 jusqu’à la mi-2014. On descend de 3,8% à 2,5%. C’est la conséquence du choix de la Fed de retarder le Taper, la régularisationde la politique monétaire.
2-Le plus bas est touché en mi-2014, la tension sur les spreads repart à la hausse, une hausse forte et pentue qui fait passer le spread de 2,5% à 5,2% à fin 2014 , début 2015. L’appétit pour le risque baisse fortement au cours de cette séquence on le voit.
3-Suit une séquence de détente qui corrige la rapidité et l’ampleur de la hausse précédente des spreads, on descend graduellement de 5,2 à 3,9%., c’est le point le plus bas, on remarque qu’il est nettement plus élevé que le précédent.
4-A partir de là, depuis mai , on fait une base incertaine, avec un W haussier, très haussier qui déclenche une nouvelle tendance haussière qui nous porte, au moment ou nous écrivons dans la zone des 4,6/4,7%.
Dans tous les cas gardez bien présent à l’esprit que lorsque nous parlons de spreads ou de prime de risque, cela doit se lire à l’inverse,, appétit pour le risque, ce qui se traduit par appétit pour le jeu et entrain spéculatif. Lorsque les spreads montent, l’appétit baisse.
L’intelligence n’est pas forcément utile en Bourse, mais elle donne sur la durée, des résultats satisfaisant. L’intelligence nous dit deux choses :
1- les valorisations sont fondamentalement, historiquement excessives, ce que les entreprises nous donnent en échange de notre argent est insuffisant
2-le maigre rendement de nos investissements est complété par ce que l’on appelle une performance, qui n’est rien d’autre que le fait que d’autres viennent nous acheter les titres plus cher que nous les avons payés. Ils jouent, ils rachètent nos billets de loterie parce que l’appétit pour le jeu est croissant.
Le cours de Bourse est la somme :
1-de la valeur fondamentale
2- de la valeur spéculative du billet de loterie qui lui est attaché et cette valeur mesure l’appétit pour le jeu/risque.
Nous n’avons jamais trouvé d’autre mesure de cette donnée, l’appétit pour le risque, que la mesure des comportements relatifs des actifs sans risque et des actifs très risqués. Avant, nous nous servions du rapport entre les fluctuations du NYSE et les fluctuations du Nasdaq. C’est un bon indicateur avancé, mais celui entre les Treasuries et le High Yield est meilleur.
Donc notre avis est le suivant, il va y a avoir une hausse de soulagement lorsque tout aura été éclairci et stabilisé ces prochains jours, mais cette hausse est vulnérable car le facteur fondamental qui gouverne l’évolution des cours, l’appétit pour le risque est orienté à la baisse. Si hausse il y a, nous pensons qu’elle sera servie, distribuée et nous conseillons d’en faire autant.
Bien entendu le présent développement est une friandise, une réponse à une demande que nous avons trouvée fondée. Sur le fond nous sommes incapables de deviner l’avenir. Nous sommes inquiets, nous avons le sentiment que le risque est de plus en plus grand pour une récompense médiocre. Nous sommes dans le dissymétrique avec des espoirs de gains et de rendement très limités de quelques pour cents , mais des possibilités de trou et de chute de 20 à 30%.