Chine: Le temps de la concertation, coordination mondiale est revenu face à la dislocation en cours

Le temps de la concertation, coordination mondiale est revenu face à la dislocation en cours

Ce qui devait arriver arriva. La bulle chinoise est en train d’éclater, les capitaux fuient la Chine, la compétitivité s’érode, donc le Système chinois est placé face à des choix délicats.

Il a choisi : la voie suivie sera celle qui a été suivie par tous les gouvernements et régulateurs depuis 2008, ce sera celle de la fuite en avant, pas celle de ce que l’on appelle « la liquidation ».

La Chine ne sera pas « liquidationniste » car bien entendu les élites ont peur des conséquences sociales que ce choix entrainerait. La priorité des Pouvoirs est toujours la même, partout : le garder.

Ce qui devait être une transition douce, maitrisée vers un autre ordre économique et social est impossible à réaliser, c’est un rêve de constructivistes , fussent ils communistes ou pas. Il n’y a pas d’omelette sans casser d’oeufs. le changement fait toujours mal. Ici, on aurait voulu s’orienter vers une autre économie, vers un autre modèle de croissance moins lourd, moins exportateur, plus tourné vers la consommation et les services intérieures et on a oublié :

1- que cela devait forcément ralentir la croissance
2- que cela allait produire un besoin de destructions des valeurs anciennes, en particulier des dettes
3- que ceci allait être rendu difficile par la tentative de normalisation de la politique du dollar
4- que cela allait être gêné par l’accroissement des tensions géopolitiques globales
5- que cela allait être envenimé par la guerre des monnaies avec le Japon, la Corée, et maintenant l’Europe.

D’ou le choix des dirigeants chinois de soutenir la bulle au lieu d’accompagner son éclatement, de faire du « printing », de manipuler, de s’opposer à la découverte de la vraie valeur des actifs et des (mal)investissements réalisés depuis des années.

D’une certaine façon, la Chine tente de reflater.

Elle a laissé filer la monnaie, et les opérateurs au lieu de s’en contenter et de stabiliser le Yuan , jouent au contraire la poursuite de l’avilissement , voilà ou nous en sommes.

La Chine, c’est non pas le « core », mais ce que nous appelons la Périphérie du « core ». Elle n’est ni un Centre , ni une Périphérie, elle a un statut ambigu comme tout ce qui est en transition. Ceci financièrement ; mais économiquement, c’est un « core ». la Chine est une partie très importante du système économique mondial, c’est une partie organiquement essentielle, car elle fournit des produits bon marché d’une part qui influent sur le niveau de vie des consommateurs et elle achète des matières premières qui sont essentielles aux économies des émergents producteurs. Enfin elle joue sur les prix et les parts de marchés auxquels ont accès les concurrents sur le marché export mondial.

Il est trop tôt pour livrer une analyse. La baisse du Yuan, selon nous, va avoir beaucoup de conséquences indirectes et non voulues. Ceci dépasse notre capacité de compréhension actuelle. Nous pensons qu’il faut attendre que les lignes de forces se dégagent un peu.

La réaction des marchés est comme d’habitude primaire, binaire, on vend les actions des firmes qui semblent directement les plus concernées par la dislocation chinoise ; le luxe, l’automobile, les équipementiers etc etc. Le pétrole est en révulsion accélérée, les devises des émergents et des producteurs de commodities sont bradées. Leurs emprunts deviennent junks,. Tout cela devrait accélérer ce que nous ne cessons d’analyser : l’aversion pour le risque, la contraction de l’esprit de jeu. Il y a des effets directs, des effets de contagion et il y a des effets réels mécaniques comme des liquidations de leverage, des réductions donc de la liquidité globale.

Tout ceci devrait faire réfléchir la Reserve Fédérale Américaine : est il opportun de poursuivre dans la voie de la normalisation ? La réponse est géopolitique, mais notre réponse à nous, observateur presque neutre, est que non, ce ne serait ni raisonnable ni prudent.

Vous connaissez notre ligne fondamentale : la normalisation est impossible, il y aura toujours de bonnes raisons de la différer. Ce qui se passe maintenant en est l’illustration avec la révulsion des émergents et de la Chine. Après ce sera le tour de l’Europe qui elle aussi, est une catastrophe en attente d’arriver…

Il n’est plus temps de s’affronter , il n’est plus temps de mettre les participants au marché mondial en difficulté par des décisions domestiques unilatérales, c’est le moment de revenir, au moins pour un temps, à une concertation, coordination minimum pour que la déglobalisation qui est entamée se passe sans drame.

Les américains doivent résister à la tentation de mettre les épaules à terre de leurs rivaux stratégiques. Ce serait leur intérêt bien compris.
Puissent les va-t-en guerre américains en prendre conscience et ne pas jouer avec le feu !

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