Le sentiment boursier est en train d’évoluer dans le mauvais sens. Nous croyons discerner un glissement dans les commentaires et les analyses dominantes.
Pour le court terme, il est évident que l’intervention de Draghi a déçu. Certains espéraient des annonces plus stimulantes . Ceux là ne tiennent pas compte de la spécificité européenne et de l’opposition systématique des pays du Nord à toutes les dérives monétaires. La preuve que l’on débat et négocie ferme sur un élargissement des QE et autres achats de titres , nous a été donnée par la sortie de Weidman le 15 Septembre. Il est venu rappeler les risques à long terme liés aux taux bas et à l’excès de liquidités. Mais nous sommes persuadés que Draghi une fois de plus l’emportera, il procédera à une extension /élargissement.
Aux USA le débat prend une autre tournure plus radicale. On voit de plus en plus de papiers qui s’interrogent sur le résultats final des QE et sur leur efficacité. Il est clair que l’on considère que quelle que soit la décision de la Fed, une période se termine. Et les bilans tracés ne sont pas tous positifs, loin s’en faut.
On envisage de plus en plus souvent de nouvelles initiatives , ou plus exactement, on se demande ce qu’elles pourraient être. Certains travaux démontrent, preuves historiques à l’appui que le lien entre stimulation monétaire et tenue de la Bourse n’est pas univoque. Ceci introduit un doute: la Fed peut prendre de nouvelles Initiatives, certes, mais ces initiatives auront elles le même effet sur les cours de Bourse que les précédentes? La situation a bien changé, l’appétit pour le risque est cassé et la demande de cash et de Treasuries peut très bien absorber toutes liquidités mises à disposition. Formulé autrement, le « Put » peut très bien devenir inefficace. Le temps de la foi aveugle et « don’t fight the Fed » semble révolu. Signe des temps, on reparle des taux négatifs et les valeurs du Trésor courtes se traitent à des taux négatifs, avec une forte demande pour les nouvelles émissions; la Fed de Saint Louis publie sur ce sujet. On paie pour mettre son argent au parking.
Les dégâts techniques sont importants et avérés, à un point tel que des grands médias de l’establishment n’hésitent pas à proclamer l’entrée dans un marché baissier.
Nous pensons que le temps joue contre les régulateurs, ils sont en retard et en plus ils tergiversent; la situation de transition négative que nous traversons demande des actions préemptives, or , elles se font attendre.
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Le président de la Banque Centrale européenne (BCE) Mario Draghi a affirmé mercredi ne « pas voir de risques majeurs pour la stabilité financière se matérialiser à l’heure actuelle », dans l’environnement actuel de taux d’intérêt très bas.
Dans son intervention, Draghi ne traite pas frontalement de l’actualité. En fait, il se sert de l’occasion pour répondre aux critiques allemandes. On sait en effet que les orthodoxes allemands, faute de pouvoir s’opposer à la dérive des pratiques européennes, ont choisi une position de repli qui consiste à insister sur les dangers que présentent les politiques actuelles pour le long terme. Après avoir attiré l’attention sur toute une série de risques qui ne se sont pas concrétisés, les orthodoxes allemands adoptent maintenant le point de vue des Cassandre. Ils dénoncent les risques de bulle financière. Car, comprenez bien que ce qu’ils visent en parlant de risque majeur pour la stabilité financière, c’est cela.
Ont-ils un métro de retard, ou bien, au contraire, un métro d’avance? C’est une question intéressante, nous semble t-il. En effet, la question de la bulle financière est beaucoup moins lancinante avec la baisse importante qui s’est matérialisée depuis la mi-avril. On n’en entend presque plus parler. Les cours se sont dégonflés. Les valorisations, bien qu’encore très loin des niveaux normaux, se sont détendues. La crainte du moment, ce n’est pas le niveau trop élevé des cours, c’est plutôt l’enchainement d’une baisse en boule de neige. A priori donc, Draghi ne vise pas la bulle ancienne. Vise t-il une bulle nouvelle qui pourrait se reformer. C’est plutôt notre interprétation.
On voit en effet que son discours est redevenu très prudent. On ne chante plus les cocoricos de la réussite. On attire l’attention sur les risques extérieurs, la Chine, les commodities. On fait ressortir le fait que les perspectives ont plutôt tendance à s’assombrir, etc. En même temps, on développe l’argument selon lequel il faut laisser du temps au temps.
En gros, le texte de Draghi s’articule de la façon suivante: Certes, la situation évolue moins bien que prévu et plutôt dans un sens négatif, mais (et c’est ce mais qui est important) il faut attendre. Attendre quoi? Draghi ne le dit pas vraiment. Car ce qu’il invoque est un peu « fallacieux ». Il ne prend pas la peine d’offrir à ses interlocuteurs une analyse cohérente, renouvelée et convaincante. Il se contente de la tarte à la crème de la déflation. A notre avis, il pense que le niveau intellectuel de l’auditoire ne mérite pas qu’il se fatigue à entrer dans le détail d’une nouvelle analyse d’une situation elle-même nouvelle. Et pourtant, tout en étant le prolongement de l’ancienne, la situation présente est bel et bien nouvelle. Ce mépris a pour nous quelque chose de révoltant. Aux Etats-Unis, au moins, on fait semblant… mais il est vrai que là-bas, il y a des interlocuteurs compétents et de redoutables débatteurs.
Rien que cette phrase sue le mépris pour les députés européens, elle montre qu’il les prend pour des imbéciles, à peine capables de suivre l’évolution très négative des marchés qui s’est manifestée ces dernières semaines. Depuis le début de son QE, l’épargne a engrangé des trillions de pertes, mais peu importe. La volatilité est de retour, après avoir frappé sur l’obligataire, elle frappe sur les actions.
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« La BCE a besoin de plus de temps pour déterminer si elle doit renforcer son programme d’achats d’actifs, a par ailleurs indiqué Mario Draghi, contrant ainsi certaines anticipations qui penchaient pour une expansion imminente de l’assouplissement quantitatif (QE) ».
S’agissant de l’autre risque, celui pour la stabilité financière, on ne voit pas dans les propos de Draghi la moindre ébauche d’articulation de raisonnement qui montre qu’il a compris le fond du problème de la stabilité financière en ces temps de Great Experiment. On ne voit nulle allusion aux phénomènes déterminants que sont les mouvements de foule, les animal spirits et la réduction en chaine des liquidités qui se produit lorsque l’aversion pour le risque s’installe.
« La banque centrale est prête à agir, mais elle doit déterminer si la croissance ralentie des marchés émergents, un euro renforcé et la chute des prix des matières premières altèrent les perspectives d’inflation, a dit Mario Draghi à la commission des affaires économiques et monétaire du Parlement européen. » « Le programme d’achats d’actifs recèle en lui-même suffisamment de flexibilité », dit-il, « Nous ajusterons son volume, sa composition et sa durée s’il le faut, si une nouvelle impulsion d’ordre monétaire s’avérait nécessaire ».
Mario Draghi estime qu’il faudra plus de temps que prévu à l’origine pour que l’inflation se stabilise autour de l’objectif de l’institut d’émission, qui est d’un petit peu moins de 2%. Mais il estime que les défis imposés par la situation des marchés émergents ne se dissiperont pas rapidement. Bref, on estime que les résultats ne seront pas au rendez, on en prend note mais au même moment on affirme qu’il faut attendre de voir!