Les marchés sont erratiques, sans tendance, volatils mais par solde, on baisse. Le stress se manifeste sur de nombreux segments ou classe d’assets. La contagion géographique se manifeste, même si les Etats-Unis s’en tirent mieux que d’autres. Il est encore de bon ton de dire que c’est « la chemise la plus blanche », mais des voix s’élèvent pour affirmer que cette meilleure situation relative ne durera pas en raison des effets négatifs transmis par les commodities, l’énergie, le crédit et l’aversion pour le risque. Le report de la normalisation de la politique monétaire a ajouté de la crédibilité à cette hypothèse de fin de l’exception Américaine. En même temps, ce report et la valse hésitation de Yellen ont nuit à la confiance portée aux Banques Centrales.
Le ralentissement Chinois est incontestable et tous les chiffres vont dans ce sens ; par ailleurs le doute sur la sincérité des statistiques se répand. Le japon connaît à nouveau une passe difficile, les résultats sont décevants, aussi bien sur le plan de l’activité que de l’inflation. On parle d’une rallonge à la politique d’achats de titres à long terme, mais Kuroda semble peu pressé , voire réticent. Les BRIC’s sont à la peine avec des devises en chute libre, des marchés financiers déprimés et bloqués ; ils ont perdu la possibilité de réguler et d’amortir, à l’exception de l’Inde. En Europe, le début d’année est un peu mieux que prévu, mais déjà les perspectives s’assombrissent : il est vrai que la cause principale du regain était la baisse du change, mais le phénomène est interrompu.
Le crash sur les matières premières a cessé d’¨être considéré comme positif, il fait peur. Il désolvabilise de nombreux producteurs et des entreprises géantes comme Glencore. Aux Etats-Unis la baisse du pétrole pèse sur l’emploi et l’activité dans des régions importantes comme le Texas. Les spreads financiers se dilatent et par effet contagion, cette dilatation pèse sur le marché High Yield et les emprunts Corporate. Le marché des CDS s’agite.
En résumé , une partie du monde va mal ou très mal et si l’autre va un peu mieux, on craint les effets directs et indirects de contagion alors que les amortisseurs économiques ont déjà été largement utilisés.
L’espoir que les Banques Centrales peuvent s’opposer à la fois à tout resserrement des conditions financières et à la dégradation économique est encore vif et majoritaire. Cependant on perçoit de plus en plus les limites des politiques anciennes et on évoque de nouvelles mesures ou orientations non conventionnelles. Ainsi on parle de taux négatifs et d’hélicoptère money. L’hélicoptère money consiste à distribuer de l’argent directement aux agents économiques, sans passer comme on le fait maintenant par l’intermédiaire des banques. On revient à l’idée originale de Friedman que Bernanke n’a pas osé pousser au bout.
De moins en moins de gens croient au succès et à l’efficacité de la politique monétaire qui a été suivie depuis 7 ans. Les résultats sont médiocres, le rendement est faible, les conséquences non voulues nombreuses et elles fragilisent le système financier. Par ailleurs elles augmentent les inégalités et fissurent les consensus sociaux. Le coeur de l’action des Banques Centrales, c’est la recherche de la hausse des prix des assets afin de créer un sentiment de richesse qui incite à dépenser plus. La lutte contre l’insuffisance de la demande par ce biais, le Portfolio Balance Channel, est soit une illusion, soit très peu efficace. Le peu de progression de la demande que l’on obtient par cette voie est contre-balancé par la progression de l’offre suscitée par l’argent gratuit. Le « slack » mondial ne se réduit pas.
Notons au passage que le Système Chinois que l’on croyait différent et original par son caractère dirigiste et autoritaire suit en fait la même évolution économique et financière que le reste du monde. Il vient de démontrer qu’il n’est pas à l’abri. Les dirigeants ont fait également la preuve soit de leur incompétence soit de leur incapacité à mettre en oeuvre ses réponses originales à la crise .
Le monde global est à nouveau dans une période délicate. Il aborde cette période avec un arsenal défensif très réduit. On a fait le tour du connu et la pensée reste bloquée par suite du mandarinat intellectuel. Tout le monde pense la même chose, c’est à dire en fait que l’on ne pense pas.