Nous avons analysé tout au long de ces dernières semaines la dislocation des marchés financiers; le point culminant de cette dislocation a été atteint début octobre, lorsque la contagion a touché le secteur du crédit puis le secteur obligataire américain: le risk-off est réapparu.
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Nous avons immédiatement pronostiqué une réaction concertée des responsables de la conduite des affaires sous l’argument : dans la voie choisie il n’y a pas de retour en arrière possible, après le « coûte que coûte », c’est maintenant le temps du « toujours plus ».
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Nous sommes dans le « toujours plus »
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Nous ne reviendrons pas sur les annonces qui ont été faites si ce n’est pour affirmer qu’elles ont été concertées, mais qu’elles laissent le problème entier à savoir: comment tenter de normaliser la politique monétaire américaine sans provoquer la hausse du dollar, sa raréfaction et la dislocation du système fondé sur le levier et le carry.
Comme on n’a pas la solution, on diffère la normalisation de la politique américaine et on stabilise tant bien que mal, tout ce qui a été bousculé par les anticipations.
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Un tsunami de rachats de découvert sur les marchés
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Les marchés l’ont compris et ils ont connu une reprise fulgurante , généralisée; tout y est passé, actions, crédit, commodities, pétrole etc
Contrairement aux interprétations du consensus, nous ne considérons pas que cette reprise est significative. Nous faisons valoir que rien n’a changé si ce n’est le fait que l’on a échoué dans la normalisation, que l’on a eu peur et que la situation était tellement grave que l’on a fait machine arrière. Faire machine arrière, ce n’est pas créer une situation nouvelle, c’est s’enfoncer dans l’ancienne. Les autorités ont perdu la face. Avec en plus la perte de confiance, de crédibilité et un effet d’apprentissage plutôt négatif pour les grands intervenants des marchés. On ne revient pas à la situation de départ, non, on a compliqué les choses et obéré l’avenir. maintenant les gros, le très gros « Smart Money » sait que les autorités sont faillibles.
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Aussi, si il y en a encore qui en doutaient, on a administré la preuve que la hausse des Bourses est bel et bien comme nous le disons et redisons une hausse de misère: c’est parce que cela va mal que les marchés montent et créent de la soit disant valeur! C’est la crise pour les uns qui produit de la richesse-papier pour les autres.
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Lors de ces dernières semaines, nous avons considéré que, progressivement, les marchés se mettaient en risk-off. Tout allait dans le même sens, on défaisait ce que nous appelons souvent le grand Reflation Trade. Dans une simplification hasardeuse, on pourrait croire que le mouvement irrésistible de cette semaine écoulée est un retour au risk-on. Nous refusons cette interprétation, ce n’est pas un retour au risk-on , c’est un colossal rachat du découvert. Sur les marchés, la communauté spéculative mondiale, s’est comportée comme un troupeau de moutons: tous du même côté du bateau, tous vendeurs des classes d’assets risk-on. Et ils se sont racheté en catastrophe. Les études et statistiques triturées par des établissements sérieux et bien équipés comme la BOFA le prouvent. Ce qui est passé c’est une vague, un tsunami de rachats de positions vendeur à découvert sur toutes les classes et tous les segments.
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Si notre hypothèse se vérifie, cela se verra assez vite, les achats seront peu suivis et au contraire, ils seront servis, coiffés par les très gros intervenants. On verra des marchés de distribution.
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Les limites se donnent maintenant à voir clairement
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La Fed et les banquiers centraux ont peur de surprendre les marchés, c’est une évidence et cela est théorisé. D’où la politique dite de transparence qui consiste à téléphoner ses décisions aux gros complices banquiers afin qu’ils ne soient pas pris à contre pied. Et cela fonctionne , ou plutôt, cela fonctionnait bien. On réussissait grâce à cette pratique à maintenir un comportement ordonné des marchés et à « tarter » les petits intervenants moins sophistiqués. Ils jouaient le rôle d’amortisseurs, vous savez la fameuse dissémination du risque sur les petits, leurs institutions de prévoyance etc.
L’ennui est que, peu à peu l’apprentissage se fait et quand une grosse décision importante comme la normalisation doit être prise, il faut la préparer. Peu à peu elle devient évidente, tout le monde s’y prépare … de la même façon. Dans les positions spéculatives, il finit par ne plus y avoir qu’un seul sens; ce que nous appelons : « tous du même côté du bateau ». Ce que nous avons constaté, touché du doigt, ces dernières semaines, c’est la limite des politiques de communication et de guidance des responsables des Banques Centrales; ces limites ont fait que, comme Yellen elles se sont emmélé les pieds. Au point d’en faire un malaise.
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Vous connaissez l’affirmation de base de la pensée dialectique; toute situation évolue à la fois en fonction de ses contradictions internes et de ses conradictions externes; ce qui est sur c’est qu’elle évolue. Et c’est ce à quoi il nous est donné d’assister, on touche les limites du système mis en place en 2008/2009. Il doit évoluer. Les problèmes n’ont pas été résolus; le mal est encore là, plus redoutable que jamais sous forme de déflation accentuée. L’échec des remèdes a conduit à les prolonger trop longtemps, à en augmenter les doses au point que maintenant ce sont les remèdes eux-même qui font problême. Les doses de remèdes sont clairement nocives, l’accoutumance se manifeste douloureusement et à ce jour personne ne voit comment s’en passer.
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Une période nouvelle s’ouvre, malheur à ceux qui n’en auront pas pris conscience; les comportements et les modèles qui ont donné des résultats depuis 2009 vont se trouver en défaut. Non seulement, les marchés vont adopter de nouveaux comportements, mais ils vont se forger de nouvelles régles, de nouvelles logiques, de nouvelles corrélations.
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Celui qui gagne en Bourse, c’est celui qui comprend, avant les autres, les règles du jeu. Il va falloir produire de nouvelles martingales pour gagner. L’aggravation des déséquilibres, les limites des actions anciennes vont produire … autre chose!
DEUXIEME PARTIE
Ceci est bien entendu de la prospective, le « toujours plus » ne durera pas toujours !
Nous avons conclu notre éditorial première partie en suggérant qu’une période nouvelle commençait ou allait commencer. En effet, si comme nous l’analysons, nous avons touché les limites des actions antérieures, alors d’autres actions et réactions vont se mettre en place. On peut faire le pari que l’avenir sera la prolongation du présent, c’est ce que font tous les charlatans. Nous n’excluons pas que l’on joue un peu les prlongations , certes, mais nous sommes quasi certains que nous sommes dans la période finale. il y a de nombreux indices en ce sens. Comme des tests ici et là sur de nouvelles idées, comme des reflexions précurseurs, comme et surtout, les glissements politiques. Finalement c’est l’arguement politique qui est le plus convaincant: les droites, les extrêmes droites et les populistes montent, grignotent irresistiblement. L’ascension de gens comme Trump fait réflechir les classes dominantes. Elle constatent que ceux qui contestent l’ordre/désordre établi sont de plus en plus nombreux alors que la sitution est encore loind’être catastrophique; que sera-ce quand les choses vont empirer? On voit des poussées anti-establishment de l’ordre de 25 à 30% lors des sondages et des consultations partielles! Cela donne à réflechir; l’attrappe nigaud de la sociale démocratie ne suffira peut être pas toujours à faire tenir les peuples tranquilles. Le risque de radicalisation se précise.
Personne ne peut deviner le contenu du futur.
La réalité va produire à la fois problèmes et tentatives de solutions, à la fois actions et réactions et pour finir, elle produira les résultantes de tout cela. Vous connaissez notre fameuse loi du Triangle.
Rien ne permet à ce stade de tracer les contours de la phase qui suivra, dans un mois, dans un an ou dans deux ou trois ans. Pourquoi? Parce justement nous sortirons du domaine de la linéarité, du domaine de l’extrapolation et nous entrerons dans le discontinu. Il y aura rupture car la continuité va devenir impossible.
Ainsi par exemple la diffculté pour les autorités monétaires américaines à normaliser va engendrer une réticence à aller plus loin dans la voie de la monétisation à tous crins , même si la déflation renforce sa pression. Certains vont refuser de courir le risque de perdre le contrôle, on peut le supposer; ils vont faire valoir que l’expérience de ces deux dernières années, avec le Taper et la tentative de hausse des taux doit servir de leçon et qu’il ne faut pas tenter le diable.
Depuis le QE2 et encore plus avec le QE3 nous vivons dans un système pervers dans lequel les marchés jouent la Fed et ont cessé de jouer la réalité. A un point tel que nous sommes complétement en position d’inversion: tout ce qui est menaçant, mauvais, est immédiatement salué et suivi par une explosion boursière haussière. il est évident que cela ne peut durer sauf à courir le risque que nos sociètes soient totalement dés-adpatées à affronter les défis futurs.
L’interposition de la Fed entre le réel et les marchés provoque cette inversion, en fait c’est la Fed qui absorbe le risque. C’est elle qui fait que les mauvaises nouvelles sont transmutées en bonnes nouvelles. Tout cela parce que l’expérience négative du Taper et de la normalisation n’ avait pas encore joué. On n’avait pas constaté, touché du doigt à quel point le cercle était devenu vicieux. A quel point on était prisonnier. On l’a constaé en juin 2013, puis en 2014 et maintenant en 2015.
Dans le cadre de cet autre chose, il se peut que les couples causes-conséquences se remettent à l’endroit c’est à dire que les mauvaises nouvelles redeviennent vraiment mauvaises et que les bonnes soient saluées comme étant bonnes. Il est possible que l’effet tampon, absorbeur de la Fed s’estompe puis disparaisse. Le prix du risque peut redevenir un prix libre, libéré, non bloqué.
De la même façon les corrélations positives et inverses entre les différentes classes d’actif, le célèbre risk-on/risk-off, peuvent se briser, se disloquer. On peut prendre conscience que tout cela c’est bonnet-blanc et blanc-bonnet et qu’à partir du nouveau stade, le sans-risque redevient porteur de risque. Tout cela c’est toujours du papier et de la solvabilité qui dépend de la production de richesse c’est à dire de la croissance. Une telle évolution remettrait la confiance dans les « papiers » et les fiat monnaies en première ligne. L’argent, les trillions qui sont piégés et neutralisés dans les marchés peut partir à la recherche sa valeur en biens réels.
La logique même de l’investissement peut se bouleverser. La dette qui a servi à batir les performances des 6 ou 7 dernières années, peut devenir la peste. Les critères peuvent basculer. On peut fuir le levier, celui qui accompagne et bonifie les politiques d’investissement, celui qui sert à créer la fausse demande et les faux chiffres d’affaires, celui qui masque les erreurs et les défaillances.
L’une des évolutions dont nous sommes le plus convaincu, c’est le basculement du monétaire vers le fiscal. Du moins dans les pays developpés. Depuis 2008, le remède privilégié pour tenter de prolonger les déséquilibres est le monétaire, le fiscal a été abandonné depuis les affrontements entre les démocrates et les républicains américains. Avez vous vu tout au long de ces dernies mois la montée du thème des inégalités, des 1% , la montée des attaques contre les trésors oisifs des entreprises? Tout cela est préparatoire. Si les politiques monétaires échouent faute de transmission, alors il ne fait aucun doute que l’on va évoluer vers le direct, on va court-circuiter les banques et les marchés et cela, seul le fiscal peut le faire.
Nous avons souvent dit et redit que notre horizon pour la manifestation des limites indépassables des politiques actuelles était 2017. C’est en 2017 par exemple que nous attendons une véritable contraction de la liquidité du système. Ce serait selon cette datation , le moment du changement de l’orientation de la politique globale.
Je vous remerciede votre intervention.
Oui « fiscal » est à prendre comme « budgétaire ».
Le monde global n’est pas homogène, ainsi pendant que les USA étaient dans le monétaire, de 2008 à 2014, l’Europe était, jusqu’en 2012 dans le fiscal, et la Chine était dans le fiscal . Ce que je veux dire c’est que les Etats-Unis donnent le « la », mais que chacun est à un stade différent, tantot en avance, tantot en retard. Dans le monde réel les formes d’intervention différentes coexistent.
Ceci étant posé ma réflexion est d’abord américaine, je le précise, car ce sont les Etats Unis qui ouvrent les voies, aussi bien au niveau des idées qu’au niveau des mises en pratique.
Aux Etats-Unis les analyses évoluent et la prise de conscience de l’échec des politiques monétaires est assez avancée. De plus en plus de PHD font valoir que l’idée de départ de Milton Friedman et de Bernanke était « l’hélicoptère money ». Il suffit de relire le texte inaugural de Bernanke dans lequel il donne des conseils aux Japonais; il conseille l’hélicoptère money. C’est à dire de balancer l’argent diretement sur les gens.
Ceci n’a pas été fait pour des raisons politiques et morales. Mais en ne le faisant pas, on a retiré l’essentiel de l’efficacité de la politique monétaire puisque l’argent « printé « ne parvient pas dans les mains des consommateurs et n’alimente pas la demande finale de biens et services. L’argent printé n’est pas du pouvoir d’achat, c’est de la comptabilité , des bits et des digits.
Il ya 2,7 trillions de réserves du système bancaire dans les livres de la Fed. Summers l’a bien expliqué fin 2013 et il a fait une conférence expliquant que ce qui serait efficace, c’est un ensemble de dépenses budgétaires et/ou de cadeaux fiscaux financés délibérement par le monétaire; il suggérait que cela était équivalent à l’hélicoptere money.
La discussion sur les taux négatifs commence aux USA et ce n’est un hasard, c’est voulu puisqu’ un des gouverneurs a tracé des « dots » avec des taux négatifs. C’était le coup d’envoi officiel de la réflexion sur les nouvelles orientations de la politique.
les taux négatifs sont en quelque sorte quelque chose d’intermédiaire, dans la voie ancienne, pas dans la voie nouvelle. Les taux négatifs sont destructeurs de revenus et de pouvoir d’achat ce qui est contre productif. Par ailleurs ils détruisent la chaine des collatéraux , la réhypothécation etc, ce qui est déflationniste. Enfin ils mettent en grande difficulté les money market funds. Ils ont un avantage très important cependant, ils font baisser le dollar et soutiennent le cours des treasuries.
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Bonjour,
Passionnant, comme d’habitude ! Juste une question complémentaire relative au basculement du monétaire vers le fiscal (je suppose que le terme fiscal est utilisé, ici, au sens anglo-saxon du terme, c’est à dire budgétaire). Pratiquement, est-ce à dire que des Etats largement surendettés, comme en France et plus largement en Europe gréco-latine, vont court-circuiter les banques et se lancer encore plus dans une politique keynésienne de déficit budgétaire (puisque le niveau des prélèvements obligatoires est déjà prohibitif), aux fins de tenter de relancer l’activité et la croissance ? Cela me parait irréalisable au regard du contexte historique actuel, sauf à rentrer dans une gestion publique social-fasciste, au sens propre du terme.
Encore mille mercis pour vos articles. Bien cordialement à vous.
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