Les marchés racontent une histoire.
Cette histoire c’est celle d’une Expérience, une Great Experiment. Face à une crise du crédit qui a eu des précédents, mais jamais de pareille ampleur, les responsables de la conduite des affaires ont tenté des remèdes non orthodoxes, non conventionnels.
Ces remèdes ont une inspiration théorique fragile, ils reposent sur la croyance que la Sphère Monétaire peut entraîner la Sphère Réelle et pallier ses déséquilibres. Au lieu de corriger et de résorber, la politique mise en place et suivie depuis lors, vise à prolonger les déséquilibres. En espérant un miracle, à savoir que le temps se chargera, on ne sait pas très bien comment, de remettre tout cela en ordre de marche.
Le narrative commence en mars 2009 . C’est la date ou la Communauté financière a décidé de renoncer à la vérité comptable et à autorisé les banques à évaluer leurs actifs non pas en fonction de la réalité, mais en fonction de leur besoins de solvabilité.
C’est à cette date que l’on est rentré dans le « Mark to Fantasy », c’est à cette date que l’on est entré dans un monde nouveau ou les signes ont eu le droit de s’écarter de la réalité qu’ils étaient censé exprimer. Les signes ont été libérés de la pesanteur de la réalité économique, ils ont pu léviter.
La force de lévitation a été monétaire, Injection de liquidités pour transformer une crise solvabilité en crise de liquidité, taux d’intérêts nuls pour réduire le coût des nouvelles dettes et soutenir le prix des anciennes, achats de titres à long terme pour faire chuter les taux de marchés longs, fourniture d’assurances et de « Put » pour inciter à la prise de risques.
Le narrative est à peu près cohérent et assuré jusqu’au printemps 2013. A cette date le discours est devenu plus incertain, plus balbutiant et peu à peu erratique. C’est au printemps 2013 que l’on a envisagé sérieusement, pour la première fois, de tenter de normaliser, c’est à dire de revenir en arrière. Une cassure s’est produite, mais elle a été très vite oubliée car les autorités ont différé et préparé plus sérieusement cette normalisation.
Le relais des Expériences américaines a été pris par les japonais, puis par les européens, la fin de période est donc peu claire car elle exprime la combinaison d’un côté de l’anticipation de la fin de l’expérience américaine et de l’autre la montée en puissance des expériences japonaises et européennes. La volatilité augmente, les tendances haussières s’accentuent pour toucher une sorte d’apogée vers le 15 Avril 2015 environ.
Le changement d’allure des courbes depuis lors est saisissant, on a cassé les lignes de tendance, on est entré dans une phase tout à fait nouvelle. le narrative n’est plus seulement erratique et chaotique, il est négatif. Il est négatif pour les pays et les ensembles les plus fragiles, les plus marginaux comme les BRICs et la Chine.
De mars 2009 à maintenant, le monde ne s’est pas enrichi, il n’est pas plus prospère, les niveaux de vie ont chuté, les investissements ont stagné, nous sommes restés dans le « slack », l’excès de capacités de production et le sous emploi . Les économistes de l’establishment disent qu’il faut s’habituer à une croissance ralentie, faible , des gains de productivité modestes et des taux d’intérêt très bas de façon durable.
