Entre stagnation et morosité ambiante Les mois de septembre et d’octobre ne dérogent pas à cette règle saisonnière
La chape de plomb qui s’est installée sur les actions dès la fin de l’été est toujours en place. Il faudra attendre la deuxième partie de novembre pour voir naître le très attendu Christmas Rally, tout aussi traditionnel.
Tiens, hasard du calendrier, ce 19 octobre fut un lundi. Les moins de deux fois 20 ans ne peuvent pas connaître, mais pour un trader comme votre Serviteur, cela fait remonter bien des souvenirs à la surface.
En ce temps-là, je traînais mon spleen à New York, chez Lehman Brothers. La semaine du 12 au 16 octobre avait été rude et achevée par une baisse de 108 points sur le Dow Jones. Avachis sur le comptoir de notre vieux pub irlandais, nous étions détruits. C’est alors que mon vieux pote broker Carl Bolz enfonça le clou. «C’est le weekend, c’est le pire moment. Les margin calls vont fleurir dans les boîtes aux lettres, j’ai peur pour lundi». Cette prémonition se réalisa au-delà de ce que nous pouvions imaginer. Le marché s’effondra petit à petit et à la fin de la journée l’addition fut colossale: 508 points!
Après un record historique à 2737 points le 24 août, nous nous retrouvions 1000 points plus bas à peine deux mois plus tard! Du jamais vu depuis 1929.
Le cœur du marché s’arrêta de battre le mardi, lorsque les plus grandes valeurs de l’indice ne purent se traiter, comme si l’économie US ne valait plus un sou. Les market makers étaient tous virtuellement en faillite, sans plus aucune liquidité pour assurer la cotation. Mais vers midi Zorro (la FED) est arrivé en ouvrant toutes grandes les vannes du crédit pour sauver le Monde. Le cœur a fini par repartir, nous étions vivants!
Cette catastrophe était inéluctable. Les indices étaient en hausse de 35% depuis le début de l’année et la ménagère jouait à la bourse comme elle achetait ses tomates à l’épicerie du coin. Les facilités de crédit étaient telles qu’il fallait être un abruti pour ne pas jouer à Wall Street.
Pour les institutions, la grande mode pour se protéger des pertes avait un nom: l’assurance de portefeuille. Ca ne coûtait rien ou presque. Lorsque le marché baissait, il suffisait de vendre le nombre de contrat à terme nécessaire pour geler votre risque, et si ça baissait encore, il fallait en vendre plus. CQFD! Je me souviens au printemps avoir posé cette question stupide lors d’un séminaire: «Mais pour que ça marche, il faut être sûr de pouvoir vendre les contrats!?». Eclat de rire général: «Monsieur, nous avons le marché le plus efficient et le plus liquide du Monde!».
Le mardi 20 octobre, les contrats à terme se sont traités à l’ouverture 20% en dessous de la valeur théorique de l’indice. Personne n’en voulait car il était impossible de traiter les sous-jacents. CQFD! Ce fut la faillite de cette brillante stratégie. Le 31 décembre, les indices terminaient l’année avec une hausse de 2%. En quelque sorte, il ne s’était rien passé lors des 12 derniers mois…
Cette petite piqûre historique doit servir à planter dans nos petits crânes quelques vérités que nous avons tendance à oublier:
1) Le crédit est le cancer de la bourse. Pour acheter des actions, il faut avoir l’argent. Si vous empruntez pour en acheter, c’est que votre approche est fausse et dangereuse. Les marges exigées actuellement sont bien trop basses et conduiront inéluctablement à une débâcle similaire. La compétition entre brokers est telle, qu’ils se prostituent pour avoir les milliards des grands hedge funds en exigeant des couvertures ridicules. L’accident chinois est uniquement dû aux largesses inimaginables du gouvernement qui a attisé la spéculation pour devenir le numéro 1 mondial.
2) Lorsque le marché est en chute libre, la valeur fondamentale d’une action disparaît. Votre Novartis, votre Nestlé, à moins 50% personne n’en voudra et pourtant elles continueront à faire des profits. Dans ces moments il faut être du bon côté de la barrière et avoir du cash pour acheter, contrairement à ceux qui doivent liquider pour rembourser leur crédit.
3) Le cas Volkswagen marque le début d’une nouvelle ère. Celle du protectionnisme légal. Entre 2012 et 2014, la vente de véhicules diesel aux Etats-Unis a augmenté de 35% et VW en était le leader. Aucun constructeur américain ne produisant ce type de véhicule, les normes imposées en oxydes d’azote étaient simplement impossibles à atteindre, ce que savait fort bien l’administration US. Ce nouveau protectionnisme va toucher d’autres secteurs, comme l’alimentaire, la technologie et les pharmaceutiques. Sous couvert de normes bienfaitrices pour l’Humanité, les Etats-Unis instaurent des règles inatteignables dans des secteurs où ils perdent des parts de marchés. Après avoir pompé les banques, la cible se porte désormais sur d’autres secteurs.
4) Au bord de l’écroulement complet, les Banques Centrales sont obligées d’intervenir en injectant des liquidités massives. Le problème est qu’elles agissent après une chute de 50% Dernière intervention en date, celle de la FED en mars 2009 alors que les prix s’étaient divisés par deux lors des douze derniers mois.
Gardez le moral, le 18 novembre nous parlerons du Christmas Rally 2015.
* Associé, GFA Geneva Financial Adviser
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Note nous conseillons la lecture de la page de wikipédia consacrée au krach du 19 Octobre 1987
