Régulation monétaire , la dialectique collaboration/affrontement

Draghi n’a surpris personne, il suit le canevas qui a été tracé ces dernières semaines par les poissons pilotes de la BCE. Comme on a échoué à remonter l’inflation, comme la reprise s’est asphyxiée, faisons en plus, toujours plus. Il a promis de nouveaux cadeaux en décembre.

Ce qui nous étonne, c’est le silence des Allemands, habituellement préposés au rôle de faux-faucons.  C’est une véritable défaite en rase campagne pour les tenants de l’orthodoxie bancaire comme Sinn  ou Weidman. Il est vrai que l’orthodoxie trouve ses limites quand le marché international est moins porteur et que les clients des firmes exportatrices allemandes se font plus rares! Car c’est bien de cela qu’il s’agit,  l’environnement international se dégrade, la concurrence est sévère, les marchés sont moins fermes et puis, les USA s’opposent à la baisse de l’euro, laquelle est considérée comme « un vent contraire ».

Notre sentiment est que la Fed doit avoir une réaction mitigée face à l »annonce de Draghi.  Elle doit être satisfaite que quelqu’un se charge de liquéfier le monde global par son QE, mais elle doit moins apprécier la conséquence mathématique et mécanique de cette liquéfaction, nous voulons parler de la baisse de l’euro et de la hausse du dollar index.

Pour des raisons de crédibilité la Fed se croit obligée de délivrer et de monter les taux en Décembre, donc elle donne un signal « hawkish », mais la BCE elle, donne un signal « dovish », ce grand écart n’est bon ni pour le dollar ni pour les devises émergentes.

On a le cas type, qui va se généraliser ou, avec le temps passant :les décisions sont de plus en plus complexes avec des effets antagoniques, ce que nous appelons, arriver dans un corner.

Nous nous demandons ce qui se passera sur les marchés si le dollar index remonte vers les 98, cela pourrait bien être un bain de sang car le nombre de positions prises à contrepied et fragiles est considérable. Il suffit de regarder du côté du pétrole, la fausse embellie  a coûté très cher aux spéculateurs du marchés de crédit distressed.

Le rebond espéré du pétrole ne se produit pas, les initiés savent que la situation Chinoise continue de se dégrader avec poursuite des sorties de capitaux et faillites . Le calme sur les changes n’est qu’apparent, en sous main on trafique, on manipule.

Donc paix à l’orthodoxie monétaire Allemande, elle était morte, elle est enterrée. En revanche avec les Etats-Unis , c’est plutôt la hache de guerre. Les blocs sont comme nous le disons souvent à la fois solidaires et ennemis. Solidaires pour spolier ensemble  le reste du monde, mais ennemis pour le partage, pour s’attribuer la plus grande part du butin, c’est la dialectique de la gestion impériale.

Draghi, qui s’exprime depuis Malte, indique que le programme de rachat d’actifs continue à avoir un impact favorable sur le coût des prêts des ménages et des entreprises. « La force et la persistance de facteurs qui ralentissent le retour de l’inflation à des niveaux inférieurs, mais proches de 2%, nécessitent une analyse approfondie ».

On avait  espéré que cette analyse avait été faite il y a longtemps! En réalité c’est un mensonge, l’analyse est bouclée depuis longtemps, mais ce qui manque c’est la négociation des « formes », l’emballage,  du nouvel assouplissement en préparation, il ne faut pas faire de la provocation et froisser les pays du Nord, ils doivent sauver la face devant leurs citoyens.

Le marché boursier monte, c’est à croire qu’il n’a rien compris et rien appris, il ne se souvient pas de la dégelée qui a suivi le premier QE de la BCE, dégelée sur les obligations puis les actions à partir du 15 Avril. Pavlov , quand tu nous tiens!

« Les risques pour les perspectives de croissance de la zone euro restent orientés à la baisse, reflétant notamment les incertitudes accrues concernant les développements dans les économies émergentes, qui ont le potentiel de peser davantage sur la croissance mondiale et sur la demande étrangère pour les exportations de la zone euro. L’incertitude accrue s’est manifestée récemment sur l’évolution des marchés financiers, ce qui peut avoir des répercussions négatives pour la demande intérieure de la zone euro ».

Voila tout est dit.

« Le degré d’accommodation de la politique monétaire devra ainsi être réexaminé lors de notre réunion de politique monétaire de décembre », souligne Mario Draghi. Le président de la BCE ajoute que le QE se poursuivra, comme prévu, jusqu’au mois de septembre 2016, voire au-delà.

Répondant aux questions des journalistes, Mario Draghi indique qu' »il y a eu de nombreuses discussions sur tous les outils qui pourraient être utilisés par la BCE. Nous sommes prêts à agir si besoin, nous examinons les données et nous sommes ouverts à tout outil », affirme Mario Draghi.

Nous sommes ouvert à tout outil, c’est la phrase qui veut faire mouche, comme celle qui s’est formulée par le « coute que coute ».  « Ce n’était pas une réunion « wait-and-see » mais « work-and-assess ». Le patron de la BCE souligne par exemple qu’une éventuelle baisse des taux de dépôts a été discutée.

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