Monétaire, les mouches s’agitent dans le bocal
Depuis plusieurs semaines, nous annonçons trois choses:
-une stabilisation monétaire chinoise
-un plan de soutien chinois à la fois monétaire et fiscal
-un nouveau round de largesses monétaires de la BCE
Nous n’avons jamais pris parti sur la question de la hausse des taux américains car précisément c’est la manifestation synthétique de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. Aucune décision n’est bonne ou même satisfaisante sur ce point de la normalisation de la politique américaine.
Nous sommes dans la transitivité. Quand cela va mieux aux USA, au plan des apparences, des voix s’élèvent pour que l’on stoppe la Great Experiment et que l’on commence à normaliser; quand ces voix s’élèvent et sont relayées, alors la Fed envisage de hausser les taux; la perspective d ‘une hausse des taux fait monter le dollar, chuter les devises émergentes, fuir devant le risque et donc elle dégrade l’environnement. Du coup les perspectives américaines deviennent plus sombres et le doute sur le bien fondé de la hausse des taux revient. Et c’est l’escarpolette, on repart dans le sens du maintien et du status quo.Tout cela était prévisibles, mais « ILS » ne l’ont pas prévu.
La seule observation de bon sens est celle-ci: ils sont dans la seringue et ne voient pas comment en sortir sans dégâts. Quand les dégâts sont pour les autres, ils s’en fichent, mais quand ils menacent de se répandre et de faire ce que l’on appelle maintenant d’un nouveau mot, le « spillback », alors, là on réagit.
L’une des questions que l’on peut se poser est celle ci: comment échapper à la transitivité, comment échapper aux conséquences du reflux global des capitaux vers les Etats-Unis? Soyez sûrs que la-haut, on y travaille.
L’ennui est que la concertation mondiale bat de l’aile et que les préoccupations stratégiques compétitives ont pris le pas sur la volonté de coopération; en clair avec la contraction de la manne du dollar, avec la divergence entre les politiques monétaires de plus en plus nettes, les monnaies du reste du monde ont tendance à chuter et celle des USA à monter et cela prend des allures de guerre des monnaies.
Le souhaitable pour les USA, c’est la remise en synchronie des économies, il faudrait que la croissance du reste du monde se redresse. Cela allégerait les pressions déflationnistes. Hélas, elle ne peut se redresser dans les conceptions actuelles que si le reste du monde remplit les bols de punch et si cela se fait , alors on se retrouve devant la question de la hausse relative du dollar; l’une des solutions, avons nous expliqué il y a peu , c’est d’envoyer aux orties la soi-disant austérité budgétaire et de revenir à la bonne vieille stimulation fiscale. Et on voit bien que, dans les coulisses, c’est de cela que l’on parle.
En attendant la BCE vient de promettre plus de QE et la Chine, elle, vient de baisser pour la sixième fois ses taux d’une part et de libérer des liquidités en baissant les réserves des banques d’autre part. Tout cela alors que le débat sur la normalisation américaine se poursuit. On notera que la nervosité chez les responsables de la conduite des affaires est à son comble. Ils se précipitent soit pour réagir, soit pour annoncer des réactions. Cela est significatif de leur panique. Ils sont terrorisés à l’idée de l’ épée de Damoclès suspendues au dessus des marchés et donc de leur tête. La BCE ne prend même plus la peine de faire semblant de se congratuler de ses succès: avant même d’avoir pu juger des résultats elle annonce qu’elle va aller plus loin. Normalement il faut 6 à 18 mois pour transmettre une politique monétaire.
Le cynisme comme l’a remarqué le Financial Times ne se cache plus et les marchés ne cachent plus non plus qu’ils jouent délibérément non pas le réel, mais l’action des banques centrales. C’est la synchronie, tout le monde suit le même sous jacent, tout le monde guette les mêmes choses, tout le monde réagit pareillement. C’est ce que l’on a vu en fin de semaine dernière. La fin de la vergogne, on y va carrément.
S’agissant de la Chine, elle aussi s’enfonce dans les contradictions, voire les réflexivités. Elle a promis le mois dernier de ne pas chahuter le marché mondial en laissant filer le Yuan, cela a calmé les Bourses. Mais comment baisser les taux intérieurs et liquéfier sans alimenter la baisse du change? Comment concilier un assouplissement monétaire et la stabilisation du change? Pour stimuler il faut appuyer sur l’accélérateur; pour stabiliser le change il faut presser le frein! La Chine en est réduite à tricher et dissimuler les sorties de capitaux dont elle est victime, c’est mauvais signe.