La croissance mondiale est faible. Les pressions déflationnistes sont importantes. Cela fait un mélange inquiétant en raison du risque que les dettes qui submergent le système ne soient pas honorées. Le risque de déflation, c’est le risque sur le crédit, retenez cela. . Il y a maintenant plus de 200 trillions de dettes dans le système, c’est une augmentation de 57 trillions depuis 2007. En regard des productions de richesses annuelles , les GDP, les ratios ne cessent de monter; nous sommes à 286% , on était à 269% en 2007 et 246% en 2000. La création de dette n’a pas sensiblement ralentie depuis le début de la crise, 6,3% l’an contre 7,3 %. En fait le poids s’est considérablement accru, car l’inflation qui érode les dettes n’est plus ce qu’elle était et elle est mal répartie.
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Les marchés ont touché des plus hauts vers la mi-avril 2015 sur la lancée de l’annonce et la mise en place du QE européen. Puis ils ont stagné avant d’enregistrer une sorte de krach en Aout sur la prise de conscience de la mauvaise situation chinoise, sur la détérioration profonde du secteur des matières premières et des craintes d’accidents financiers majeurs.
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Un risque de crise ou un risque de rechute dans la crise aiguë sont apparus, ce qui a déterminé les responsables de la conduite des affaires à tenter de stabiliser le système mondial. Une évidente concertation a abouti,avec report de la hausse des taux aux Etats-Unis, mesures énergiques de stabilisation chinoises, sauvetage rapide de firmes systémiques comme Glencore et promesse de stimulation monétaire supplémentaire par la Banque Centrale européenne. Parallèlement on a promis un cadeau à la Chine, son entrée ou plutôt celle du Yuan dans le panier de monnaie du FMI, ce qui est une mesure positive.
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Dans ce contexte, les marchés financiers se sont stabilisés et certains tentent de même de franchir de nouveaux records en s’attaquant aux zones de résistance, c’est le cas de l’américain sous la conduite du Nasdaq 100. La situation semble incertaine car les forces de sens contraires s’affrontent. D’un côté il y a la situation économique médiocre, avec beaucoup de contre performances en matière de profits et des valorisations très élevées, mais de l’autre il y a la promesse de largesses monétaires durables et de taux nuls voire négatifs.
La technique n’apprend rien, car elle a été notablement un mauvais guide depuis 6,5 années. Cependant on ne peut s’empêcher de remarquer que l’appétit pour le jeu a considérablement diminué comme le prouvent les faibles volumes de transactions, les multiples divergences et la concentration de l’intérêt des investisseurs. Les plus avisés considèrent que les marchés construisent une formation de “top”, formation étalée dans le temps et à ce titre, trompeuse. Ceux là font remarquer, pèle-mèle, outre la détérioration de l’appétit pour le risque, très visible sur les small caps, le volume record des fusions acquisitions, les opérations géantes, la stagnation des chiffres d’affaires des firmes, le plafonnement des buy-backs, le retour de la volatilité.
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Sur le fond nous observons que le consensus est qu’il faut continuer d’être investi sur les actions. Ce consensus s’articule autour des rationalisations suivantes:
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-les politiques monétaires vont rester très accommodantes
-les policymakers ont la situation en mains
-la croissance va rester faible , mais elle ne va pas stopper
-il faut privilégier les actions
-la volatilité doit inciter à la diversification
-il faut allonger les durées d’investissement
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Bref il faut écouter les banquiers, et si on subit des pertes et enregistre des contre-performances, il suffit d’être patient, tout va s’arranger. Le plus frappant c’est l’unanimité pour considérer que les actions doivent être préférées aux obligations, qu’elles sont à leur prix, ni trop chères, ni trop bon marché! Personne ne s’avise de faire le lien entre la prudence sur les obligations, considérées comme risquées et peu attrayantes à ce niveau et le maintien de la confiance sur les actions. Or la logique et les modèles impliquent que si le risque se concrétise sur les obligations et les taux, cela se manifestera également, et de façon encore plus forte, de façon amplifiée, sur les actions.
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Notre analyse de ce consensus nous conduit à penser qu’il n’est qu’une rationalisation du sell-side, c’est à dire de la volonté des établissements de garder leurs clients investis et …chez eux. Les établissements ne veulent surtout pas anticiper la fin du conte de fées, ce qui se passe est une belle histoire, on a vaincu les ours, on a tué le grand méchant loup, on va dicter au réel ce qu’il doit faire et on va réussir avec du temps, de la patience et de la persévérance dans la même voie. Ni la tentative de normalisation de la Fed, ni la troisième vague de crise financière qui cette fois touche les émergents et la Chine ne modifient les perspectives, on continue comme avant.
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Si on s’écarte du consensus du sell-side et que l’on va faire un tour du côté des individualités brillantes qui ont de sérieuses références, le son de cloche est tout autre. Nous ne pouvons que le caricaturer.
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-on va vers une nouvelle bouffée de déflation mondiale
-avec gros mouvements de capitaux indésirables, hausse du dollar, et aversion au risque
-les remèdes de Bernanke ont échoué
-le monétaire ne se transmet pas
-il augmente les risques pour la stabilité financière
-pour s’en sortir il faut revenir à la stimulation fiscale et creuser à nouveaux les déficits
-les théories des banquiers sur « l’inflation targeting » sont des idioties
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Sur ces bases, bien sur on retire les lunettes roses et on s’interroge sur le risque de révulsion, c’est à dire de panique non controlée. Le catastrophisme semble ponctuellement, vouloir à nouveau, faire recette. Nous serions dans une phase en quelque sorte de calme avant la tempête.
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Les individus qui mettent en avant leurs critiques et leurs doutes sont des extrémistes, d’ailleurs si ils étaient chinois, ils seraient en prison comme fauteurs de volatilité et profiteurs de chaos.
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Nous ne partageons pas les catastrophismes, millénarismes ou autre Armagedon. Nous constatons que pour l’instant, « cela tient » et c’est la seule attitude rationnelle: constater ce qui est ; s’interroger sur ce qui peut changer. Certains disent que “cela tient”, mais que les risques ne sont pas pris en compte, les primes de risques sont trop faibles. A ceux là nous répondons que cela n’a rien que de très normal, le risque n’est pas sur les marchés, il n’est pas dans le réel, il est rejeté, reporté en dehors de la sphère des marchés, chez l’assureur suprème, il est assumé par les Banques Centrales et les responsables de la conduite des affaires ils prennent tout sur eux et sur leur institution. “Ne vous occupez de rien, jouez tranquillement, nous nous occupons de tout”, tel est en résumé et caricature, le principe sur lequel repose implicitement le Système. La raison profonde en est que ce qui est menacé, ce ne sont pas les quasi-monnaies, les assets, mais les monnaies elle même. Quand cela sautera , lorsque cela sautera, ce sera le Centre, le Coeur du Système qui sautera et lui, il n’y a personne pour l’assurer.
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Pour notre part, nous constatons:
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-des apparences à peu près ordonnées au niveau des marchés
-les acteurs financiers systémiques sont dociles, ils jouent le jeu
-les données macro-économiques sont médiocres, mais acceptables
-une rupture de plus en plus nette des consensus avec montée des populismes
-une radicalisation des élites avec concentration extrême des pouvoirs
-une absence totale de débat public sur l’extrémisme monétaire
-un fatalisme, une résignation politique quasi totale
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Tout se passe comme si on s’installait dans la crise et ses remèdes, comme si il n’y avait pas de réelle alternative autre que celle de faire encore plus lorsque l’on constatera que les résultats ne sont pas au rendez vous. Et c’est peut être le plus choquant il n’y a pas de perspectives, pas d’ouverture, pas de lueur au fond du tunnel.
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Pour nous, la catastrophe est là, dans l’absence d’espoir .