Sur la pente de la fin de l’histoire

 

Ce texte a été écrit en prolongement d’un commentaire de lecteur , je le remercie  de m’en avoir donné l’occasion.

Votre remarque a une très grande portée. le système a produit, est en train de produire, l’ensemble des mesures qui lui permettent de se maintenir , de se reproduire et de neutraliser ceux qui le contestent.

La crise a été l’occasion non pas de faire advenir le « neuf » mais de le tuer dans l’oeuf et d’imposer la dictature de l’ancien. On a empéché l’émergence de quoi que ce soit qui aurait pu constituer un dépassement des contradictions.

Pire, on fait payer les dégats de l’ancien par ceux qui n’en peuvent mais, et le comble est qu’on leur fait payer maintenant les investissements dans le système « amélioré », plus résistant qui va les asservir, les broyer, les normaliser.

On l’a vu dans la gestion de la crise sous sa forme financière ou le système a pris le parti des usuriers et a tordu le bras aux populations afin qu’elles règlent les additions que d’autres avaient dépensées.

On le voit dans la phase 2 de la crise, sa phase économique ou au lieu de détruire le capital inefficace et périmé on baisse les salaires, réduit les droits acquis, détruit les fond de commerce de la classe moyenne.

On le voit dans sa phase sociétale avec la fuite dans la liberté sexuelle intégratrice et normalisatrice , dans la jouissance veule , dans les jeux du cirque généralisés.

On le voit dans sa phase géopolitque qui consiste à mettre au pas les communautés qui sont encore ce qu’elles sont, qui sont des obstacles à l’extension du marché et de l’exploitation, que ce soit celle des hommes ou des matières premières.

Non ce n’est pas le choc des civilisations, c’est l’organisation ou plutot la folle tentative d’organiser la fin de l’histoire. C’est l’histoire horizontale, sans passé , sans avenir , celle de la répétition ad nauseam, celle ou les combinatoires d’éléments existants se font passer pour le neuf , le nouveau, le progrès. L’essence de l’idéologie sous jacente, celle de la modernité , c’est le refus de l’histoire. Le modernisme en tant qu’idéologie est aussi vide de nouveauté réelle que l’est son vecteur principal, la mode.

Car les armes pour lutter contre les radicalisations seront par extension utilisées contre ceux qui, refuseront l’ordre que les dominants veulent maintenir/ établir.

Ainsi , et cela se voit déja en Grande Bretagne, le terme « radicalisation » trouve une extension dans celui de « déviant » . Savez vous que l’on y repère et traite les déviants dès l’école?

Ainsi la cause des attaques contre la France est constituée par ses guerres- non votées et non déclarées- menées au Moyen Orient et en Afrique; énoncer cette vérité et lutter contre ces guerres est en train de devenir un soutien porté aux islamistes et à ce titre un soutien aux radicaux et , à ce titre cela devient une radicalisation qui est susceptible d’être repérée, contrôlée et punie.

Il va suffire maintenant que la situation s’aggrave pour que les extensions et amalgames deviennent automatiques. Regardez le chemin parcouru sur la pente de la scélératesse en trois ans!  La machine est lancée. Ce sera toujours plus, jamais de retour en arrière. Le niveau d’acceptation , d’approbation aux mesures scélérates est sans cesse élévé.  Le peuple , fourvoyé, en demande et  redemande.

Nos système produisent leur propre cloture, ils cherchent à produire la fin del’histoire.

Cela va plus loin que vous ne le pensez selon le processus suivant.

-on affirme que la démocratie est la fin de l’histoire, il n’y a rien de mieux , elle se sacralise

-on se donne les moyens de l’élever en valeur finale, incontestable, protégée de l’esprit critique

-cette démocratie évolue et devient une forme vide, abstraite qui recouvre une perte de souveraineté du peuple, c’est une démocratie formelle comme l’égalité sur laquelle elle repose.

-pendant ce temps les classes dominantes organisent leur mainmise sur tous les organes de la société, information, école, la langue, administration, propagande, la production de pseudo-citoyens, sujets de la non-histoire etc

-ils se donnent les moyens infrastructurels, structurels et superstructurels de rejeter ceux qui osent une analyse critique de cette démocratie. Ceci par le processus d’extrémisation, de diabolisation, de disqualification, ce qui permet les fausses alternances du type UMPS

-l’alliance avec les classes détentrices du pouvoir économique permet l’aliénation/dépendance des citoyens dans l’Avoir, la marchandise, la publicité, la compétition sans fin, la peur de manquer ou de perdre, la peur de perdre un emploi , toutes ces peurs rendent dociles et dépendants

– finalement , ce qui est produit est une société qui a peur, qui est docile et qui peu à peu n’a plus de référents autre qu’elle même, elle devient auto-referentielle , en boucle. Plus de critique et encore moins d’objectifs de changement ou de progrès réels, une société dont le seul Projet, le seul avenir est de Durer

Comme le dévoiement, la perversion de la démocratie ont permis de la vider de tout contenu;  comme la diabolisation des extremistes les a isolé et les a rejeté hors du jeu « politique », alors ceux qui contestent, ceux qui manifestent encore un esprit critique, tous ceux la , deviennent, sont des extremistes radicalisés, redevables des traitements de contrôle, normalisation, élimination.

L’évolution de nos sociétés, j’en ai la totale conviction, ne va pas laisser d’autre choix de contestation que d’abord la radicalisation et ensuite le terrorisme. Lequel terrorisme n’est rien d’autre dans son essence que la riposte du faible au fort, la réponse du dominé au dominant, la réponse de la vie et de l’innovation à la mort et à la répétition. Tous les chefs d’état libérateurs ont été « terroristes « , cela devrait  deja donner à reflechir.

Reflechissez que le texte que je viens de rediger est un texte qui ose dénoncer un processus, qui ose nommer, qui ose mettre au grand jour la logique qui oblige au terrorisme, un texte qui ose démystifier et qui peut à ce titre, dès ce jour, tomber sous le coups de lois prévues pour punir ceux qui font l’apologie du terrorisme. Or je ne fais pas l’apologie du terrorisme, je montre que nos systèmes évoluent de telle facon qu’elles le produisent comme une Nécessité.

Penser, analyser devient dangereux, philosopher devient un crime.

De proche en proche , il devient interdit d’utiliser ses facultés propres, les siennes , de penser, de reflechir, de suivre le fil de sa propre logique, le fil de la culture, de l’intelligence, le fil de ses raisonnements, la seule chose qui est autorisée est la répétition béate de ce qui est enseigné par le système, popularisé par les medias MSM, récompensé par les dominants et leurs contremaitres sociaux.

Tout le reste est banni .

7 réflexions sur “Sur la pente de la fin de l’histoire

  1. Pour ceux que cela intéressent par rapport aux critères diagnostiques du DSM-IV pour le trouble oppositionnel avec provocation chez les enfants et adolescents :

    Ensemble de comportements négativistes, hostiles ou provocateurs, persistant pendant au moins 6 mois durant lesquels sont présentes quatre des manifestations suivantes (ou plus) :

    • se met souvent en colère
    • conteste souvent ce que disent les adultes
    • s’oppose souvent activement ou refuse de se plier aux demandes ou règles des adultes
    • embête souvent les autres délibérément
    • fait souvent porter sur autrui la responsabilité de ses erreurs ou de sa mauvaise conduite
    • est souvent susceptible ou facilement agacé par les autres
    • est souvent fâché et plein de ressentiment
    • se montre souvent méchant ou vindicatif

    Souvent, les sujets ne se considèrent pas eux-mêmes comme hostiles ou provocateurs mais perçoivent leurs conduites comme étant justifiées en réaction à des demandes déraisonnables ou des circonstances injustes….

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    1. Deja la derive; ceux qui osent s’inquieter et demander , ce qui est normal en démocratie, un maintien de contre pouvoirs face à l’éxecutif sont d’ores et déja classés comme « alliés objectifs de tous les terroristes »

      « Deux syndicats, l’un de magistrats et l’autre d’avocats, dénoncent mardi l’état d’urgence décrété par le gouvernement après les attentats de Paris et Saint-Denis qui menacent selon eux les libertés publiques, suscitant la colère de policiers.

      L’état d’urgence a été décrété en France pour 12 jours mais François Hollande va demander au Parlement de le prolonger pour trois mois après les attaques meurtrières de vendredi qui ont fait au moins 129 morts.

      Selon la loi de 1955, il permet aux autorités d’interdire la circulation des personnes, de mettre en place des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est réglementé et d’autoriser des perquisitions administratives.

      Mais pour le Syndicat de la magistrature (SM, proche de la gauche) « le discours martial » repris par l’exécutif et « sa déclinaison juridique dans l’état d’urgence ne peuvent qu’inquiéter ».

      « L’état d’urgence modifie dangereusement la nature et l’étendue des pouvoirs de police des autorités administratives. Des interdictions et des restrictions aux libertés individuelles et collectives habituellement encadrées, examinées et justifiées une à une deviennent possibles par principe », écrit-il dans un communiqué.

      « La France a tout à perdre à cette suspension, même temporaire, de l’Etat de droit », ajoute-t-il.

      Pour le Syndicat des avocats de France (SAF), les lois successives sur la sécurité, le renseignement et l’antiterrorisme « qui n’ont pourtant pas permis d’éviter ces attaques », ainsi que les propositions de François Hollande « d’accroître dans l’urgence les pouvoirs de l’exécutif » sont inquiétantes.

      « Elles accentuent encore la dérive vers la constitution d’un Etat policier, sans contre-pouvoir effectif. Elles sont une menace pour les libertés fondamentales », estime-t-il dans un communiqué.

      Jugeant regrettable qu’aucun débat transparent ne soit aujourd’hui possible pour discuter des mesures de sécurité qui sont mises en oeuvre par les pouvoirs publics, le SAF demande que des institutions indépendantes puissent « contrôler l’efficience des mesures de sécurité ».

      En réaction, le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) dénonce le « dogmatisme fou » du « tristement célèbre » Syndicat de la magistrature, qu’il qualifie de « groupuscule idéologique ».

      « Le propre d’un Etat de droit, c’est que les lois, fussent-elles de 1955, soient appliquées », dit-il dans un communiqué qualifiant les membres de l’organisation « d’alliés objectifs de tous les terroristes ».

      Le député LR Georges Fenech s’indigne lui aussi des critiques des deux syndicats, qu’il juge proches de la ministre de la Justice Christiane Taubira. « Il appartient à Christiane Taubira de rappeler ceux-là même qui soutiennent sa politique pénale à leur obligation de réserve, voire de simple dignité, en ces circonstances dramatiques », écrit-il. »

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      1. Merci pour ce texte et pour les risques que vous prenez à l’écrire et à le diffuser. Votre texte, que je partage, fait écho à un remarquable et terrifiant documentaire passé sur C+ sur la scientologie, secte dont certains ressorts sont très similaires à ceux de gouvernements totalitaires ou envoie de le devenir et/ou de mouvements religieux radicaux.

        Des personnes qui ont réussi à s’échapper de la scientologie – au sens propre comme au figuré – décrivent une véritable dictature, où nombre d’entre eux sont de véritables esclaves, payés quelques dollars par semaine pour travailler au profit de l’organisation.

        Ils rentrent dans cette secte de leur propre volonté espérant y trouver le bonheur ( pour faire simple ) et bien souvent dans une période de fragilité.

        Une personne expliquait simplement que la doctrine « séduisante » incite en permanence les « scientologues » à penser, à réfléchir, à analyser, à se servir de leur sens critique alors qu’elles sont abreuvées à longueur de séminaires et de « séances » – payants et chers – du cheminement impératif qu’elles doivent suivre pour atteindre leur but.
        Avec une redoutable logique : si vous allez mieux, vous sentez mieux c’est que vous mettez correctement en application la doctrine, si vous allez plus mal, c’est que vous n’avez pas assimilé la doctrine et qu’il vous faut « en bouffer » encore plus; c’est la spirale infernale et les personnes sont complètement déboussolées.

        L’organisation est extrêmement hiérarchisée, ce qui fait que les personnes, quelque soit leur « niveau » sont toujours sous les ordres d’un supérieur auquel ils doivent une obéissance absolue. Des « réchappés » parlent de violences physiques, psychiques, de séquestration…

        Les « scientologues » doivent abandonner toute relation avec une personne que les « maîtres » auront cataloguée comme « suppressive », qu’il s’agisse de leur mari, de leur femme, de leur enfant, d’un membre de votre famille ou d’un proche. Une personne « suppressive » est une personne qui a des croyances, des comportements, des orientations jugées incompatibles avec la doctrine. Et les personnes – les témoignages n’étaient pas ceux de jeunes de 20 ans en perdition – sont tellement endoctrinés, « lobotomisées », qu’elles obéissent !

        Afin que tous les « scientologues » se comportent fidèlement à la doctrine et aux règles de l’organisation, que toute critique soit balayée ou étouffée, la peur, la coercition et la terreur sont les sempiternelles méthodes pour asservir ceux qui auraient des velléités de sortir du cadre.

        Ainsi, les personnes qui ne respectent pas les règles, osent parler des violences subies, ou refusent de rompre les relations avec une personne dite « suppressive », alors les représailles sont terribles : diffamation, intimidation, chantage, procès, harcèlement durant des années !!!

        Aux dernières nouvelles, la secte comptait encore près de 50 000 scientologues.

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  2. Le DSM-V, à la gloire d’une époque qui craint la déviance
    Rev Med Suisse 2010;368-368

    Les intérêts mis en jeu par le DSM sont évidemment colossaux. D’où, en coulisse, mille manœuvres et tentatives d’influence.

    Aujourd’hui le DSM-V ne se contente pas de redéfinir quelques maladies ou d’en ajouter quelques-unes. Il introduit un nouveau paradigme. En résumé : ce qui fait la maladie, c’est le quantitatif davantage que le qualitatif. Entre le normal et le pathologique, la différence n’est que d’intensité. Aucun trouble n’est anormal en tant que tel. Seule son intensité le rend pathologique. C’est vrai que, du coup, suivant où est placé le curseur, le marché de la maladie psychique pourrait considérablement s’accroître…

    http://www.revmed.ch/rms/2010/RMS-236/Le-DSM-V-a-la-gloire-d-une-epoque-qui-craint-la-deviance

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  3. « Ainsi , et cela se voit déjà en Grande Bretagne, le terme « radicalisation » trouve une extension dans celui de « déviant » . Savez vous que l’on y repère et traite les déviants dès l’école? » => les discussions en cours en France pour modifier la Constitution afin de permettre de la mise en détention des Français de retour de Syrie en est une expression malgré les problèmes réels posés par ceux-ci. Mais où s’arrêtera l’application de ces lois d’exception… toutes contestations du système pourront dès lors être perçues comme déviantes. C’est comme s’il se préparait de manière sournoise les conditions nécessaires à maîtriser les réactions éventuelles de la classe moyenne en cas de faillite du système monétaire…

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  4. exactement … malheureusement …
    Un compatriote a vu cela arriver, deja, en 1948 et a ecrit
    le roman  »La 25 eme heure »
    Son nom : C Virgil GHEORGHIU
    en esperant qu’on se trompe tous,
    keep smiling 🙂 …

    le film, parru en 1967 au meme annee que ,La societe du spectacle »
    ne remplaçant pas le livre
    merci à vous et sincères appreciations pour votre travail de qualite, courageux et inédit

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