La Fée clochette fait de moins en moins de miracles

La Fée clochette fait de moins en moins de miracles

Il n’y a pas de véritable action contre la crise en cours. Nous entendons par action, des mesures réelles concrètes qui s’appuieraient sur un diagnostic crédible et qui ensuite viseraient juste, là ou cela est efficace. Une action fiscale par exemple serait concrète, elle aurait un impact sur la sphère économique. Les actions actuellement menées sont des actions obliques, indirectes, des sortes de constructions parallèles qui en fait ne rencontrent jamais le réel. Quand elles donnent l’impression de marcher, c’est pour une toute autre raison que celle que leurs promoteurs envisagent , c’est presque un hasard indépendant de leur volonté. Et bien sûr, comme cela se passe aux USA, ils s’en attribuent les mérites. Cela n’empêche pas les spécialistes de savoir et de commencer à dire à voix de plus en plus haute, que  « tout cela ne marche pas, il faut faire autre chose ». En fait on connaît maintenant très bien les raisons à la fois pour lesquelles cela donne l’impression de marcher et en même temps les raisons pourquoi fondamentalement cela ne marche pas. Les recherches ont été faites  dans les Think Tanks et les Universités. Simplement la diffusion de ces travaux est restée discrète, elle n’atteint pas le public, ses médias. En revanche elle a déjà atteint les initiés des marchés et c’est pour cela que les résultats de dernières initiatives monétaires, celles de la BCE de Draghi sont aussi médiocres. A peine un petit sursaut spéculatif sans lendemain. Elles s’avèrent incapables de faire le relais, ne fut-ce que psychologiques de la stimulation américaine, laquelle bute sur ses limites internes.

L’action principale est l’incantation monétaire. Elle consiste a ajouter des zéros dans les livre de comptes de l’économie réelle, et à le claironner, à le claironner avec répétition et crescendo. C’est ce qui vient d’être fait en Europe, à la BCE. Ainsi on a commencé à suggérer de nouvelles largesses en Aout, lors de la rupture Chinoise, puis on l’a fait dire un peu plus clairement par les seconds couteaux, et enfin, la semaine dernière, on a fait donner le Maître, le chef suprême des armées monétaires européennes, Draghi. Il nous a refait le coup du « coûte que coûte » de 2012.

C’est ce que nous appelons la clochette du chien de Pavlov. Lequel s’est mis à saliver, certain que l’écuelle allait être remplie. Et puis, rien ! Le stimulus s’est bloqué, la séquence attendue ne s’est pas enclenchée. L’effet n’a guère duré que quelques heures, au plus un jour ou deux, les marchés n’ont pas embrayé. L’effet d’apprentissage a joué dans l’autre sens, dans le sens du doute et de la réticence.

On ne peut pas jouer toujours la même rengaine, devant le même public, il faudrait que l’assistance change, qu’elle se renouvelle, or ce n’est pas le cas. La clientèle des marchés boursiers se rétrécit sans cesses, il y a de moins en moins de participants, il n’y a plus de relais, Pierre est obligé de vendre à Paul et Paul n’a pour contrepartie que Pierre. C’est ce que nous dit l’étiolement des volumes de transactions ; mais il y a plus grave, que le rétrécissement de l’intérêt, c’est le fait que de moins en moins de titres participent à la course. Il y a de moins en moins de chevaux qui galopent sur le champ de course. On avance sur des fronts de plus en plus étroits.
Nous avons expliqué pourquoi , fondamentalement dans un article récent. Avant, la transmission du monétaire au financier se passait bien, on embrayait facilement. Ce qui n’allait pas c’était la transmission du financier au réel, il y avait un déchet considérable. Maintenant, on a remonté la chaine, c’est la transmission du monétaire au financier qui achoppe. Le rendement financier de la stimulation monétaire devient mauvais, le gaspillage l’emporte, de plus en plus de monnaie part au Money Heaven , au paradis de la monnaie morte. Les pertes de la Communauté Spéculative Mondiale sont colossales. Pourquoi ?

-Parce que d’abord nous l’avons dit il y a l’effet d’apprentissage ;
-ensuite il y a le fait que nous sommes dans la troisième phase de la crise, celle de l’éclatement de la bulle des émergents qui prélude à celle de l’éclatement de la bulle du risque en général,
-enfin parce que le Centre a touché les limites de la stimulation; on flirte avec le danger des conséquences non voulues et on tente de se préparer à un changement de régime monétaire.

Tout ce passe comme si on avait fait un tour, on bouclait une boucle.

Et tout ceci est étayé par le comportement de ce qui est le plus lourd, le plus réel, le plus ancré dans la Sphère économique mais aussi à la jonction du financier, les matières premières, elles s’effondrent. Le physique a un poids, il est plus lourd que le « papier ». Le physique cela doit être stocké, cela prend de la place, cela coûte cher et quand on a atteint les limites physiques du stockage, c’est le sauve qui peut. C’est ce qui se passe en Chine, les capacités de stockage qui ont servi de tampon sont maintenant complètement utilisées.

Les indices du cours des matières premières sont au plus bas de 16 ans. Des pays comme le Vénézuela se préparent à un prix du pétrole de 20 dollars !

Nous sommes dans les limites, limites des actions engagées car peu à peu ce qui apparaît c’est que les effets négatifs de tout ce que l’on croit pouvoir faire, ces effets négatifs prennent le pass sur les effets positifs. Ainsi l’emploi américain autorise la fin de stimulations monétaires et le changement de régime , hélas, le dollar monte, il est dans les plus hauts depuis Avril et sa hausse précipite les Commodites , les monnaies des producteurs, leurs dettes dans les abimes.

Fischer a beau dire préparez vous , cela vient, ne soyez pas pris au dépourvu, cela ne suffit pas car la hausse du dollar ne produit pas que des conséquences psychologiques, elle produit des effets réels que l’on ne peut couvrir sur les marchés par les dérivés:  il n’y a pas d’assureur  dans le système, la hausse du dollar c’est encore une sorte de mistigri, il faut bien que quelqu’un l’absorbe.

Note    Le high yield est catastrophique, courbe rouge , il diverge totalement du S&P 500, courbe bleue , ce qui confirme notre pronostic d’un éclatement de la bulle du risque en cours.

EN PRIME :  Stiglitz 

« L’embellie anticipée en 2016 par nombre d’économistes n’est rien d’autre qu’une illusion. »

L’économiste américain Joseph Stiglitz, contrairement à nombre d’analystes, ne s’attend pas à voir une embellie de la conjoncture mondiale en 2016. A l’occasion du Lugano Fund Forum, qui se tient lundi et mardi dans la capitale économique tessinoise, l’éminent spécialiste a dressé un portrait sans concession des problèmes et des enjeux de l’économie globale.

« Je vais essayer d’être aussi optimiste que je peux », a prévenu le professeur d’entrée de jeu, évoquant quelques instants plus tard l’année 2015 comme l’une des pires des dernières décennies. Et l’embellie anticipée en 2016 par nombre d’économistes n’est rien d’autre qu’une illusion. Selon lui, les fondamentaux de l’activité économique sont toujours en panne.

Pour le marché européen, l’incidence de la croissance chinoise devient de plus en plus ténue. « Dans le futur, la demande du marché chinois va s’orienter vers des services comme l’éducation et la santé », au détriment des matières premières, acier, cuivre, pétrole.

L’Empire du Milieu poursuit sa mutation d’une économie industrielle axée sur l’exportation vers une société de services tournée vers le marché domestique, explique l’ex vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale.

DEMANDE GLOBALE EN BERNE

Le problème qui affecte actuellement la conjoncture mondiale est un fléchissement de la demande globale. La première cause de ce phénomène, selon M. Stiglitz, est la croissance des inégalités: les riches consomment une part toujours moins importante de leurs revenus par rapport aux plus pauvres.

Par ailleurs, les politiques d’austérité pronées par la plupart des Etats sont vouées à l’échec, assure l’économiste. La croyance que la réduction des déficits va restaurer la confiance, et ainsi les investissements, est répandue dans le monde financier, particulièrement en Europe.

« Les expériences passées ont au contraire prouvé que l’austérité générait récession et dépression: en réalité, le retour de la confiance est miné par la montée du chômage », relève-t-il.

M. Stiglitz évoque également un phénomène qu’il appelle « ajustement asymétrique »: ceux qui sont confrontés à une baisse de revenus se voient contraints de réduire leur consommation, alors que ceux qui les voient augmenter n’augmentent pas leurs dépenses dans les mêmes proportions.

Face à ces problèmes, le secteur bancaire a failli à son rôle sociétal, d’intermédiation et de prêt aux entreprises. « On a renfloué les grandes banques à coups de milliards, mais sans y mettre la moindre condition », déplore l’économiste, rappelant qu’un grand nombre de PME aux Etats-Unis risque la faillite faute de financement. « La plupart des banques sont à nouveau saines, mais c’est loin d’être le cas de l’économie réelle », résume-t-il.

Pour sortir de cette spirale, il est crucial de repenser notre modèle de croissance économique, en y intégrant notamment une composante environnementale. M. Stiglitz estime que des mesures comme la taxe carbone sont inéluctables, et que leur refus actuel au nom de problèmes plus immédiats ne fait qu’alourdir la facture pour les générations à venir.

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