The big picture: les marchés s’asphyxient

Il y quelques jours, Yellen a écrit à Nader. Elle justifiait dans ce courrier la ruine des seniors par la suppression de rémunération sur les placements sans risque. Nous interprétons objectivement son courrier en en faisant ressortir le sens complet, non intentionnel.
Yellen dit : « certes , je vous ruine, mais si je n’avais pas baissé les taux, les prix de vos maisons et votre portefeuille titres destinés à couvrir votre retraite se seraient effondrés ».
Nous traçons et soulignons l’articulation : la mise à zéro des taux a permis d’inflater les prix des actifs ; c’est la contrepartie de votre ruine en terme de revenus. Allons plus loin. Nous sommes dans le domaine mathématique, n’est ce pas, donc la hausse des taux va faire remonter les revenus , mais elle va faire s’effondrer la valeur des actifs, symétriquement. Les seniors auront pris la claque des deux cotés.
C’est ce que nous avons toujours dit, depuis 2009 et 2010 . Nous avons souligné que l’opération était mécanique, mathématique et que la hausse des prix des assets n’était que temporaire, une sorte de « prêt », de mirage en attendant une régularisation future.
Les autorités américaines en 2010, en la personne de Brian Sack du desk de la Reserve Federale de New York ont nuancé un peu car ils ont dit : certes les prix des actifs vont rebaisser avec la hausse des taux, mais il y aura un amortisseur, ce sera la chute des primes de risque qui va se produire en raison de la reprise économique. Hélas les primes de risque ont été comprimées à l’extrême ces dernières années, car l’expérience monétaire a duré plus longtemps que prévu , elles sont très faibles déjà ; et la croissance économique est faible et on anticipe qu’elle va le rester séculairement.

Donc il n’y a plus d’amortisseur à la régularisation des niveaux de prix, il n’y a plus d’autre amortisseur que le facteur temps. On a perdu l’espoir que la situation allait se normaliser sans douleur et on va étaler. Etaler la hausse des taux, étaler les pertes des portefeuilles sur longue période, bref, on va asphyxier les marchés progressivement.

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L’examen d’un graphique des cours aussi bien du S&P 500 que de celui des emprunts High Yield montre le mouvement tournant, la perte de momentum progressive depuis la mi 2013. Il a eu un accident entre temps ; on a eu un creux sévère, mais on est en train de le corriger. A notre avis il faut le gommer si on veut visualiser la vraie tendance des cours. Nous sommes dans une phase de perte de momentum avec mouvement tournant vers le bas et chute des volume d’affaires.

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C’est exactement ce que nous appelons l’asphyxie, l’asphyxie qui ruine doucement sans que l’on s’en rende compte. Une asphyxie douce, pilotée. Bien entendu , de la même façon qu’il y a eu un trou vers le bas il y a quelques semaines sur les évènements chinois,  il peut y avoir un « spike », un pic trompeur par exemple sur la décision de la BCE en Décembre, mais là également il faudra essayer d ‘en faire abstraction et tenter de visualiser l’évolution des cours en gommant ce pic.

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Ce qui nous frappe, c’est la montée du thème de la disparition de la liquidité sur les marchés. Tous les journaux, tous les gourous en parlent et s’en plaignent. Il faut le décoder. On se plaint que la liquidité disparaît lorsque l’on veut vendre et qu’il n’ y pas de contrepartie ; pour vendre il faut faire chuter les cours, c’est que l’on appelle la baisse de liquidité.

.L’évaporation de la liquidité est le symptôme de ce phénomène de normalisation que nous décrivons ci dessus, c’est un mot de Novlangue pour dire que l’on ne peut sortir des marchés sans casse. On est dans la Novlangue, comme lorsque l’on remplace le mot « baisse » par le mot « volatilité », c’est une pudeur , une pudeur qui est destinée à tromper bien sur. Et peut être même destinée à rassurer ceux qui l’utilisent ! L’évaporation de la liquidité n’est pas un signal précurseur, non ,c’est le phénomène lui même qui est la disparition des acheteurs , et c’est cela le plus important : le retrait des acheteurs, le reste n’est et ne sera que la conséquence de cette disparition.

 

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