On attend donc l’annonce des nouvelles mesures non conventionnelles de la BCE, mesures qui sont présentées comme devant stimuler l’appétit pour le risque, la hausse du prix des assets financiers, la création de crédit et finalement stimuler la demande finale, les investissements et l’embauche.
Au passage, l’inflation devrait accélérer et les craintes de déflation devraient reculer. Vaste programme on le voit. Tellement vaste que l’on est en droit de se demander si il n’est pas un peu trop ambitieux au vu des résultats obtenus dans le passé. Le passé est un échec, un échec tellement fort et patent que Draghi refuse d’en discuter en public. Il se sauve, sort de la salle comme il l’a fait il y a peu en Allemagne devant un parterre d’économistes.
Certes il y a eu quelques semblants de résultats aux Etats-Unis, et à la limite on s’en contenterait en Europe, puisque le chomage a rétrogradé et la croissance flirte avec les 2%. Mais l’Europe n’est pas l’Amérique d’une part et ce qui a déja été fait, n’est plus à faire n’est ce pas? C’est pour cette raison que l’on ne peut considérer que l’assouplissement monétaire de la BCE aura les mêmes effets que les différents assouplissements auxquels la Fed a procédé.
-Les prix des assets Européens ont beaucoup monté grace aux QE américains, et il y a peu de retard à rattraper en terme d’évaluations.
-Le Système américain est plus flexible et plus souple, il s’adapte beaucoup mieux.
-Le Système bancaire y est en meilleur état, les créances douteuses sont bien résorbées
-Lors du redressement US, les émergents et la Chine ne constituaient pas un vent contraire, loin de là
-Les Etats-Unis vont s’opposer à une baisse trop forte de l’euro
-Les USA n’ont pas le problème du dysfonctionnement existentiel auquel est confrontée l’Europe
-Le moral des Européens est miné par des considérations qui sont hors du champ économique, la morosité est devenue structurelle
.
-La géopolitique s’est beaucoup dégradée depuis et l’Europe est en première ligne, puisq’Obama est dasn une position de retraite
et surtout:
-La perennité de l’amélioration américaine est loin d’être assurée.
-la divergence de politiques monétaires au sein de l’ensemble occidental peut provoquer des perturbations et volatilités pénalisantes
Si on regarde les marchés on est frappé par le fait que malgré la promesse de Draghi, promesse forte et claire, les indices boursiers n’ont pas réussi à reprendre de la hauteur: on est perdant sur les cours du 15 Avril, ce qui fait un double top menaçant. Les marchés n’ont pas de locomotive, pas de secteur vedette, les divergences sont nombreuses. Le secteur bancaire ne fait pas grand chose par exemple.
En Bourse tout est reversible, rien n’est univoque ou garanti. Telle mesure qui serait accueillie à la hausse à un moment donné sera accueillie par des ventes à un autre moment, tout dépend de l’humeur du moment. Lorsque l’on a envie de jouer, tous les prétextes sont bons, lorsque l’on veut sortir du jeu, les bonnes nouvelles sont saisies comme une opportunité.
Pour cette raison nous ne nous risquons à aucun pronostic sur l’accueil des mesures de la BCE par les marchés.
Si Draghi pousse le deposit rate en dessous du niveau actuel de -0,2%, à -0,3% voire à -0,35%, le plus probable est une poussée des sorties de capitaux qui devrait faire baisser l’euro contre dollar. C’est ce que nous avons analysé dans notre article sur la dévaluation il y a peu. La baisse du deposit rate est un moyen très efficace pour obtenir une dévaluation qui ne trompera personne: nous sommes dans les politiques de dévaluations compétitives, même si on s’interdit d’en prononcer le nom.
Il sera plus difficile d’obtenir d’autres résultats probants:
Le monde n’est pas en déflation comme on voudrait nous le faire croire, il paie simplement l’addition de plus de 20 ans de création désordonnée de crédit et de spéculation tous azimuts. Une création de crédit qui a tout inflaté et qui mainteant a touché ses limites, comme on est en train de le voir en Chine et ailleurs chez les émergents. Ce n’est pas la déflation, c’est la gueule de bois après l’ivresse de la débauche de crédit.
-La créationde crédit privé est insuffisante pour animer la reprise économique. cela est vrai, mais ce n’ est pas une question de coût du credit, il ne coûte rien ou quasi à ceux qui sont censés le distribuer, non, si il n’y a pas de crédit créé c’est tout simpement parce que l’âne n’a plus soif, il a trop bu avant. Le rêve Keynésien bute sur la réalité du surendettement , de la stagnation des revenus, et du chômage. Le seul secteur qui repond bien est l’automobile, hélas c’est précisément le secteur qui devrait normalements se modérer si on veut, comme le disent les écolos malthusiens, préserver la planète!
Nous vous rappelons qu’entre le moment ou on a introduit la monnaie unique , et la crise de 2008, le crédit en Europe, tout confondu a galopé au rythme de 9% l’an! Depuis, il stagne et ce n’est pas un hasard, c’est la logique même. Rien d’étonnant si on a besoin de souffler.
Evolution des prêts au secteur privé:

Pendant ce temps, les dettes souveraines européennes à la faveur des taux bas, continuent de progresser , l’appétit des gouvernements ne se modère pas. Normal, les dettes ne leur coutent presque plus rien et elles sont monétisées. On se rapproche doucement des fameux 100%.
Ratio de dettes souveraines en Europe en % du GDP
Document: de moins en moins d’emprunts européens achetables par la BCE
