L’agence de presse Reuters révèle le desssous des cartes du “bide “ de la BCE. Aprés avoir alimenté puis entretenu les spéculations à un haut niveau sur ses décisions la BCE a déçu les marchés la semaine dernière.
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Aucune mesure vraiment nouvelle n’a été annoncée, seules mesures vraiment significatives, la baisse du “deposit rate” à -0,30% contre -0,20% et l’élargissement de la gamme de titres que peut acheter la BCE.
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Comme les marchés sont des marchés d’initiés et de fuites, il y avait des gens qui s’attendaient à mieux et en particulier à quelques mesures exotiques plus audacieuses. On sait que Draghi a la réputation , comme on dit de “délivrer”, c’est à dire de ne pas décevoir la communauté spéculative internationale. Sur les annonces des décisions décevantes , les places européennes ont chuté de près de 3,5%, ce qui a poussé Draghi à tenter de se rattrapper vendredi aux USA en faisant un ensemble de déclarations très laxistes, c’est à dire très “dovish”.
Il a réussi à embarquer Wall Street, en forçant le découvert à se racheter. Draghi a défendu l’action de la BCE en arguant que les décisions étaient calibrées pour piloter les anticipations d’inflation et non pas pour ratifier les attentes des marchés. Il a rajouté “il n’y a aucun doute que si nécessaire, nous intensifierions l’usage de nos armes afin d’être surs de pouvoir remplir notre mandat de stabilité des prix”. Passons sur l’imbécililité qui consiste à prétendre que faire bouger les prix de 2% c’est assurer leur stabilité, mais relevons l’usage du mot à la mode “intensifier”, c’est ce que fait Hollande , il intensifie la « fausse » lutte contre Daesh. Il y a des modes de formulation chez les Communicants.
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En fait Mario s’est pris une claque si on en croit l’information exclusive de Reuters. Tout au long des jours qui ont précédé la réunion de la BCE il avait dit et fait dire que la zone euro avait besoin d’une grosse injection de monnaie ; c’était une tactique destinée à forcer la main aux conservateurs de la BCE et à les mettre devant une sorte de fait accompli. Ces conservateurs l’ont piégé, au lieu de faire comme la fois précédente et de manifester leur réticence dans la presse, ils n’ont rien dit, rien fait, ils ont manoeuvré en coulisse, en amont, et quand est venu le moment de la décision, Draghi s’est trouvé devant une opposition qu’il n’avait pas prévue. Il a rabattu ses prétentions pour ne pas aller au clash. Le Governring Council a considéré que les marchés devaient avoir une leçon, qu’ils devaient être déçus, car les perspectives économiques améliorées ne justifiaient pas des mesures plus laxistes.
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Cet incident n’est pas fondamental, mais il jette un doute sur la capacité manoeuvrière de Draghi et sur ses possibilités d’imposer ce qu’il veut au Governing Council, comme il le prétend dans certains cercles.
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Dans la décision de ne pas “délivrer, on dit que la perspective de la prochaine hausse des taux de la Fed a joué un rôle, un geste “dovish” trop brutal et de trop grand ampleur de la BCE aurait pu créer un « gap » sur les changes, faire chuter l’euro trop brutalement vers la parité, ce qui aurait pu inciter la Fred à différer et à attendre pour accroitre la divergence de politique entre les deux banques centrales.
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Les derniers chiffres du commerce exterieur américain publiés en fin de semaine, vont dans ce sens, ils sont calamiteux et constituent bien comme le dit Yellen, un vent contraire. Faire chuter l’euro par des décisions trop “dovish” aurait pour effet d’indisposer les américains. Nous sommes en guerre des monnaies, en “beg the neighbor policy”, mais chut il ne faut pas le dire tout haut et faire comme si cela n’existait pas.
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Les conséquences de la bavure de la BCE seront selon toute vraisemblance limitées, la baisse des marchés va se corriger, l’euro va reprendre sa tendance baissière, l’attention va se détourner.
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Cependant la dégradation de la confiance dans la toute puissance des Banques Centrales est engagée depuis maintenant plusieurs mois, c’est un phénomène lent, progressif et ce qui vient de se passer va dans le sens du renforcment des forces de dégradation. Aux USAles prédiction de récession dans les deux à trois ans à venir se multiplient, ainsi après celles de Citi, c’est le tour de JP Morgan d’assigner une probabilité de 75% à une entrée en récession .
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Toute la question est là, en effet , l’action des banques centrales est elle capable de remettre les économies sur les rails, peut-on à un moment donné prendre le risque de supprimer les stimulations et les artifices? C’est à ce niveau, au niveau du réel que se situe l’épreuve de crédibilité.