A lire, Gattaz crie « au secours », vite un plan socialiste contre le chomage

Article Bruno Bertez du 8 décembre 2015

Titre : A lire : Gattaz crie « au secours », vite un plan socialiste contre le chômage

Le président du Medef a appelé mardi le gouvernement à mettre en place un plan d’urgence national contre le chômage, à l’image de l’état d’urgence décrété par les autorités à la suite des attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Pour lui, la victoire de Marine équivaut au choc des attaques des attentats!
Visiblement, les résultats du premier tour des élections régionales ont agi comme un électrochoc sur Gattaz. Ces résultats lui donnent toutes les audaces. A moins que ce ne soient toutes les peurs. Ainsi, il réclame un plan du gouvernement alors que, lui, s’est vanté par ailleurs de créer un million d’emplois en échange des cadeaux fiscaux que le Medef a reçus!
Le Medef tourne totalement le dos à la pratique et aux principes de l’économie de marché que l’organisation défendait dans le passé, il est rallié à l’économie mixte.
Dans le passé, la position patronale était de répéter que : « l’emploi ne se décrète pas ». En fait, c’était la bonne position, l’emploi ne se décrète pas, c’est une résultante d’une politique sage et bien menée, d’une politique qui se définit simplement: « surtout ne pas faire de tort à l’économie » en prenant des mesures dangereuses.
Hélas, le Patronat a choisi un camp, et il est aspiré en quelque sorte par le vide intellectuel de ce camp; il est devenu étatiste, dirigiste, constructiviste. Il demande un peu plus de socialisme!
Ce qu’il veut, c’est une économie à deux vitesses, à savoir: un secteur intérieur socialisé, voire socialiste, et un secteur extérieur, dit « du grand large », pour les Champions, qui est libre, totalement capitaliste.
Le secteur « du grand large » demande aux pouvoirs publics de lui faire une économie sur mesure, dirigée vers le marché mondial, avec la rentabilité moyenne du capital qui s’y déploie. Pour ce faire, il a besoin de pouvoir surexploiter l’économie domestique, les travailleurs, les sous-traitants, les classes moyennes, il a besoin du calme social. Les jeunes doivent être matés et surtout mis dans des parkings à chômeurs. Bref, la hausse de la rentabilité du capital déployé à l’international doit être réalisée par la socialisation, la fiscalisation des charges des très grandes entreprises, à l’image de ce qui est fait depuis le CICE.
La comparaison que Gattaz trace entre le chômage et les attentats est exactement celle que nous traçons, mais dans un sens bien diffèrent. Nous soutenons que le gouvernement est la cause du chômage, car sa priorité est la recherche de la compétitivité perdue par excès de socialisme, et nous soutenons que le gouvernement est la cause des attentats par son immixtion dans les affaires des pays du Moyen-Orient pour y produire des changements de régime et y faire du nation building. Dans les deux cas, nous n’avons pas les moyens de nos choix. Dans les deux cas, nous sommes les causes de nos malheurs et, à chaque fois, nos pseudo-solutions aggravent les situations.

Selon les chiffres de l’Insee publiés la semaine dernière, le taux de chômage a atteint son plus haut niveau depuis 1997 au troisième trimestre, à 10,2 % de la population active en France métropolitaine. Le nombre de chômeurs était de 2,941 millions en métropole fin septembre, soit 75.000 de plus que fin juin. « Le chômage est le problème le plus grave », dit Pierre Gattaz sur RTL, deux jours après le premier tour des élections régionales qui a vu le FN enregistrer une percée d’ampleur sans précédent.
« On n’a pas fait ce qu’il fallait sur le chômage de masse. Vous avez vu les attentats terroristes, il y a eu un plan d’urgence, un état d’urgence, et une prise en compte de la situation », a-t-il ajouté. « Il faut faire la même chose sur le chômage de la France (…) C’est un scandale, c’est le fléau ».

Pour le président de l’organisation patronale, ce plan, « sorte de plan Marshall », pourrait réunir l’ensemble des partis politiques et les partenaires sociaux. Pourquoi ne pas réintroduire dans le système français les Corporations et changer notre devise en Travail, Famille, Patrie? A condition de remplacer le mot Patrie par Europe!

Vous remarquerez que Gattaz soutient les tentations fascistes de Troisième voie façon Juppé, la Cagoule et Pétain en son temps: la massification du pays, chacun oublie son identité, sa classe sociale et se dévoue, fait sacrifice pour une entité abstraite qui domine tout le monde. Il n’ose pas le dire, mais s’il le pouvait, il le dirait: il faut se dévouer pour le culte de l’Etre Suprême, cet Etre Suprême, c’est la déesse Europe.

« Il faut un électrochoc contre le chômage de masse », a-t-il estimé, préconisant entre autres une réhabilitation des filières d’apprentissage et une lutte contre le décrochage scolaire.
Vous remarquez la profondeur et l’originalité des solutions de Gattaz! Elles sont dérisoires!

Les solutions contre le chômage passent d’abord par divers constats:

-nous sommes en régime de concurrence globale, mondiale

-la concurrence est multiple, aux niveaux des produits, des biens et services, et au niveau de la recherche de rentabilité des capitaux. Nous sommes en marché des capitaux ouvert. En libre circulation des capitaux, c’est fondamental.

-nous avons commis des erreurs criminelles en choisissant un rythme rapide d’ouverture sur le monde que nous ne pouvions pas supporter, nous aurions dû, en bonne gestion, adapter notre rythme d’ouverture aux capacités de transition de notre économie. Le rythme d’ouverture devait être calqué sur nos possibilités d’adaptation. Pas imposé de l’extérieur.

-nous avons voulu, en même temps, maintenir le beurre de la vie facile pour des raisons électoralistes et les canons de l’investissement; nous aurions dû consacrer nos ressources à l’investissement productif et à l’innovation, nous ne l’avons pas fait par lâcheté sociale, par démagogie

-nous avons laissé filer la productivité et, en même temps, accepté un euro inadapté, un euro allemand, ce qui a achevé de nous asphyxier, l’Acte Unique était une idiotie, ce sont les Delors et Mitterrand qui ont commis ce crime

-nous avons maintenu une rigidité majeure, le SMIC, alors que nous avons rendu tout le reste flexible par la concurrence des pays à bas salaires

-nous avons maintenu un Code du Travail imbécile, socialiste, dans un monde de concurrence, donc dans un monde souple, adaptable

-nous avons compensé tout cela par la création de dettes, et surendetté le pays, créant en plus du capital fictif pour les banques et les détenteurs de nos dettes souveraines

-ces créances auraient dû être dévalorisées en 2010/2011, car elles ne valent rien. Nous avons refusé de déprécier ces dettes/créances afin de sauver les banques kleptos et leurs capitalistes ploutos. Nous avons choisi le camp des usuriers et de la mort contre le peuple, et contre l’économie vivante.
-nous sommes complices des usuriers et ces usuriers nous ont tordu le bras pour obtenir que l’on solvabilise leurs créances. Ce que nous avons fait en plongeant la France dans la stagnation d’une pseudo-austérité mal conçue qui a cassé la demande intérieure.

Nous n’avons pas investi, nous n’avons pas formé, nous avons maintenu les rigidités et scléroses, nous sommes exposés aux grands vents de l’international, nous avons refusé de sanctionner les banques et les ploutocrates, nous continuons de croire aux miracles des artifices, de la répartition, des indemnités et du parking à chômeurs longue durée, voilà tout ce dont il faut d’abord prendre conscience et débattre avant d’oser parler de plan contre le chômage de masse.

A partir du diagnostic, le plan coulera de source.

 

 

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