Année 2015, la fin du Connivence Trade
L’année 2015 a été une année indécise, sans conviction. Nous sommes temporairement revenus dans le monde de l’incertitude de la Valeur. Les financiers sont orphelins, comme le Petit Poucet, ils n’ont plus leurs petits cailloux blancs pour les orienter.
Il apparait de plus en plus clairement que les performances boursières 2015 sont calamiteuses. Pas seulement chez les particuliers et leurs institutions, non, cela on le sait depuis longtemps c’est même structurel puisqu’ils ne sont pas censés gagner mais servir à faire gagner les « autres »; non même les hedges funds les plus sophistiqués, ceux qui ont des professionnels aussi forts sinon plus que les banquiers centraux, perdent également. L’année 2015 a été une année indécise, sans conviction et nous oserions dire une année de transition. Que les « Grands » n’aient pu réaliser une performance positive honorable n’est pas indifférent.
Cela veut dire quelque chose. Cela veut dire quelque chose sur l’évolution des prix des actifs financiers, sur l’instabilité, sur l’inadéquation des stratégies. Certains investisseurs ont des stratégies très complexes, et même eux n’ont guère réussi. Cela veut dire quelque chose aussi sur la lisibilité des actions des responsables de la conduite des affaires, d’une certaine façon ils ont perdu la main. Cette main qui permettait à la Communauté spéculative mondiale de jouer le Connivence Trade.
Cela veut dire qu’il n’y a plus dans la période présente ni initiés, ni gourous. Nous sommes dans l’Aventure pour tout le monde; et c’est cela l’essentiel: c’est la Grande Aventure. Nous sommes, tous, grands et petits et sujets supposés « savoir », dans le noir, dans la vraie incertitude, celle qui réside dans le réel et non pas dans les signes mathématiques comme la volatilité et autre attrape-nigauds comme les VAR, les Value at Risk. Nous sommes temporairement revenus dans le monde de l’incertitude de la Valeur. Les financiers sont orphelins, comme le Petit Poucet, ils n’ont plus leurs petits cailloux blancs pour les orienter.
La donnée fondamentale, c’est d’abord le Taper c’est à dire la fin de l’inflation du bilan de la Fed et sa stabilisation. Puis c’est le renchérissement des taux, la fin d’un cycle du crédit. Enfin, c’est la raréfaction de la création de dollars par les bilans des banques mondiales en raison de la tendance au déleveraging et au risk off. La liquidité globale se contracte bien au delà de ce que les seules actions des banques centrales auraient justifié. Le reste n’est que conséquences comme:
- La hausse du dollar, puis la tentative américaine de s’opposer à sa baisse depuis plus d’un an. Le Roi dollar a le droit de baisser quand cela le chante, les autres pas tout à fait. La guerre des monnaies larvée. Le dollar index ext barré au niveau magique des 100 car disent-ils, “cela crée un vent contraire”!
- L’échec des politiques de reflation et de QE de l’Europe et du Japon
- L’effondrement du Reflation Trade sur les « commos » et le pétrole, puis la transitivité/ réflexivité étendue aux économies réelles qui y sont exposées.
- L’éclatement de la bulle chinoise qui est une sorte de troisième phase de la crise après celle de 2008 aux USA, celle de la dette Européenne de 2010.
- La chute des devises émergentes et des Pegs un à un, en attendant le Chinois et le Saoudien.
- La dégelée sur les taux, la hausse des primes de risk et des spreads
- Les pertes qui se multiplient pour tous les malheureux qui se sont laissé piéger par la recherche d’un rendement en oubliant les pertes futures sur le capital
Nous en passons, mais la liste peut être très longue car lorsque la transitivité/ réflexivité se met en branle, tout finit par être touché.
Nous avons développé l’idée que le sous-jacent de tout, des marchés, des obligations, des fonds d’état, des actions, des « commos », des dérivés et même de l’économie réelle est unique et que tout est corrélé, et ce sous-jacent c’est la liquidité. Nous nions la possibilité de la diversification, pour nous ce n’est qu’un attrape nigaud commercial.
La liquidité, c’est ce mercure, ce fluide dont on ne sait pas très bien ce qu’il est et que l’on ne peut maitriser. Il s’échappe, coule entre les doigts. De la même façon que le sous-jacent du premier symptôme de la crise était le financement de l’immobilier américain, ici, le sous-jacent c’est ce qui a permis de tenir le système global à flot au prix de myriades de bulles: la liquidité. Dont l’origine, la source est le bilan de la Fed, mais qui, ensuite a sa croissance et sa vie propre.
La liquidité n’est jamais une donnée, c’est un fluide, plus un comportement. Retenez bien ceci: un fluide et un comportement.
La liquidité c’est un peu de réel et beaucoup d’espoir. Et c’est ce qui fait que nos systèmes qui reposent criminellement sur la pointe sont fragiles et instables, ils reposent non sur une base concrète mais sur une petite base et beaucoup d’espoir. Nos zozos soit disant laïcs, croisent les doigts et mettent genoux à terre, soumis à une croyance: croyance que cela tiendra pour peu que l’on fasse les sacrifices que demande le dieu-argent! Le système on n’ose plus le dire repose sur la Foi.
Nous avons encore il y a peu expliqué que la Great Experiment consistait à monétiser les actifs, à mettre le crédit sur les marchés et à s’éloigner du « traditional banking » qui, avant, permettait de contrôler le risque.
Le crédit, quand il est en banque est du fixe sur du variable, ce qui déjà mérite attention et vigilance, mais le crédit mis sur les marchés c’est du fixe sur du variable, c’est du contractuel sur du fluctuant, mais en plus, c’est du fixe sur du désordonné, sur du non-prévisible, sur du non-maitrisable, sur des caprices, sur des animal spirits, sur de l’irrationnel, c’est-à-dire du fixe sur de la folie humaine. De la peur et de l’envie.
Le plus probable n’est pas la chute, la catastrophe ou l’apocalypse, c’est une phase de révulsion, certes, mais contrée; contrée par des tentatives de relancer l’euphorie bullaire, non plus au niveau du Centre, les USA, mais au niveau des satellites comme l’Europe ou la Chine. Tout cela ne marchera pas, car rien ne peut remplacer la liquidité fournie par l’imperium.
Mais d’abord, il faut que le mythe de la reprise soit mis à mal, on y vient. Les indicateurs américains sont erratiques nous ne cessons de le signaler. Il y en a des bons et ils y en a des mauvais. La fiabilité des indicateurs a été mise à mal par les interventions des apprentis sorciers, ils ont perdu une partie de leur fonction d’avertisseur, ils véhiculent moins d’informations et comportent plus de pièges.
Le plus probable, pour nous n’est pas l’apocalypse, et la révulsion généralisée, en tache d’huile, non notre pari c’est un passage à vide qui fait peur et qui produit des tentatives d’utiliser à nouveau les remèdes monétaires non conventionnels du type cette fois « taux négatifs ».
Cette incursion si elle se fait, provoquera la salve finale, le bouquet d’artifice du prix des fonds d’état, la méga bulle des emprunts souverains. Ce sera après, bien plus tard, que les choses commenceront à devenir sérieuses. Notre idée de fond c’est que le système conserve des ressources et des marges de manoeuvres, tant que la bulle ultime, celle des fonds d’état peut encore jouer son rôle.