Marchés: premier bilan 2015
Il est temps, comme le veut la tradition, de nous lancer dans une petite rétrospective d’une année pleine de rebondissements.
Les banques centrales
2015 est définitivement l’année du découplage des politiques monétaires entre les 2 côtés de l’Atlantique. Avec d’un côté un début de normalisation de l’économie américaine le 16 décembre dernier (puisqu’il semble que nous soyons proche des 2 mandats principaux de la réserve fédérale américaine (FED)) et de l’autre une politique monétaire expansive de la part de la Banque Centrale Européenne (BCE) qui a, le 4 décembre, rajouté encore une enveloppe 360 milliards d’euros de rachats d’actifs.
La poursuite de cette politique monétaire expansionniste a aussi été constatée au Japon et dans plusieurs pays (dont la Chine) qui ont décidé d’abaisser leurs taux d’intérêt tout au long de cette année.
Les réformes économiques
Les réformes économiques ont été particulièrement importantes tout au long de 2015 pour plusieurs pays d’importance. La Chine tout d’abord a confirmé qu’elle se dirigeait de plus en plus vers une politique économique beaucoup plus axée vers le service et la consommation domestique en mettant moins de poids sur son précédent moteur de croissance qu’était l’industrie et les exportations. Plusieurs réformes, dont la fin de l’enfant unique ont vu le jour.
En zone euro ensuite, c’est l’Italie et l’Espagne qui ont tiré leur épingle du jeu en accélérant les réformes économiques vers une politique de l’offre. Le Portugal a, quant à lui, continué de surfer sur ses réformes mises en place depuis 2009 alors que la France manque toujours à l’appel en repoussant des réformes essentielles malgré les débuts de l’application de la «loi Macron».
Finalement, le Japon, malgré les Abenomics et ses 3 flèches (politique budgétaire expansive pour favoriser les relances/politique monétaire non conventionnelle et réformes structurelles), tarde toujours à montrer des signes d’amélioration. Pour mémoire, pas plus tard qu’hier l’on a appris que la production industrielle avait été en chute de 1% en novembre alors que l’inflation reste toujours atone.
Les devises
L’évolution du dollar aura largement trusté les premières places des devises et laissé couler beaucoup d’encre. Le billet vert s’est effectivement apprécié d’environ 10% face à l’euro depuis le début de l’année poussant d’un côté les entreprises exportatrices américaines à tirer la sonnette d’alarme (tout comme la Fed) et d’un autre côté les entreprises européennes exposées à l’international à relancer leurs exportations. Le Yuan, quant à lui, a été dévalué face au dollar de près de 6% depuis août et se retrouve maintenant à ses niveaux de 2011. Que dire des devises des pays producteurs de pétrole, telle que la Russie qui a vu son rouble atteindre ses plus bas historiques ce matin encore. 2015 aura aussi été l’année de l’abandon du cours plancher pour le franc Suisse face à l’euro. Sur l’annonce, le franc suisse s’est apprécié immédiatement de quelque 29% face à la monnaie unique. Du jamais vu.
Les matières premières
L’on ne peut pas parler de 2016 sans parler de l’évolution du prix du baril de pétrole. Depuis le début de l’année, son cours s’est effectivement effondré de près de 40% pour atteindre ses niveaux d’il y a plus de 11 ans. Certains analystes, et non des moindres, anticipent maintenant assez rapidement un niveau de 20 dollars le baril. Si ce n’est pas le cas, la pression devrait en tout cas rester forte après la publication hier notamment du budget de l’Arabie saoudite pour 2016 avec le royaume qui refuse toujours de couper sa production pour tenter de préserver ses parts de marchés.
2015 aura aussi été l’année de l’effondrement des matériaux de base tels que l’acier, le cuivre ou plus globalement les valeurs minières qui ont souffert de la baisse de la demande (notamment en Chine) et de la vigueur du dollar.
La géopolitique
Difficile de ne pas évoquer la géopolitique comme «perturbateur économique» en 2015. En effet, la crise syrienne et la montée en puissance de l’État islamique (EI) autoproclamé ont poussé un bon nombre de migrants hors de leurs pays d’origine et crée des débats sans fin quant à la politique à adopter en zone euro particulièrement. Au-delà du drame humain, si certains y voient un moyen de relancer leur économie (l’Allemagne par exemple) d’autres craignent une menace identitaire. A cela l’on peut aussi ajouter le retour sur le devant de la scène de l’Iran (avec tout ce que cela implique notamment au niveau de l’afflux de «nouvel or noir» sur le marché), après un accord historique sur le contrôle de son arsenal nucléaire en juillet.
* Mirabaud Securities LLP
