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Franc suisse: un an après le choc du 15 janvier 2015
Le risque d’une forte appréciation soudaine du franc n’est pas négligeable dans le contexte géopolitique actuel. Il est pourtant sous-estimé par les investisseurs.
Un an après la suppression historique du cours plancher, le franc suisse s’est stabilisé depuis le mois de septembre à près de 1,10. La pression exercée sur la BNS a nettement diminué et les taux d’intérêt négatifs en Suisse semblent engendrer l’effet escompté. La Fed a désormais entamé un cycle d’augmentation des taux d’intérêt et la BCE s’est elle aussi montrée nettement moins expansionniste que prévu lors de sa dernière réunion consacrée à la politique monétaire. Les craintes d’un nouveau débordement du franc suisse se sont en grande partie volatisées.
Le marché sous-estime-t-il la possibilité d’une nouvelle appréciation importante du franc suisse? Nous nous en rappelons: il y a un an encore, les acteurs financiers se croyaient – à tort – en sécurité. Nombreux sont ceux qui à l’époque ont été pris à contre-pied – parmi eux également des banques d’investissement renommées qui avaient misé avec d’importantes positions monétaires sur une dépréciation du franc suisse. Le cours plancher semblait être une réalité hors d’atteinte.
Un an après le choc du franc suisse, le risque d’une forte appréciation soudaine est sous-estimé. Pourtant, les investisseurs ne devraient pas nier le fait que l’environnement économique et géopolitique pourrait soudainement basculer et entraîner une nouvelle «appréciation choc» du franc suisse.
Au vu de la relative solidité et de la lente amélioration des indicateurs économiques, entre autres en Europe, une telle évolution semble certes plutôt peu probable à l’heure actuelle. Cependant, l’érosion effrénée des prix sur les marchés des matières premières, la faible croissance dans les pays émergents et l’accroissement des risques géopolitiques nous montrent qu’un tel scénario ne doit pas être complètement ignoré.
De même, l’environnement économique et politique fragile dans la zone euro comporte des risques considérables. Un ralentissement de la croissance dans la zone euro et aux Etats-Unis serait l’occasion pour la BCE de vérifier la nécessité de prendre d’autres mesures. Ceci exercerait inévitablement une pression à la hausse sur le franc suisse – d’autant plus que le coup de froid conjoncturel pourrait être accompagné de turbulences sur les marchés financiers et que le franc suisse ferait de nouveau figure de «havre de sécurité».
Suite aux alternatives monétaires restreintes dont dispose la BNS, une appréciation soudaine du franc serait difficile à éviter. Il est bien connu qu’un gonflement trop massif du bilan effraie la BNS. Cependant, ceci serait la conséquence directe d’une intervention marquée sur le marché des changes. D’autres actions dans le domaine des taux d’intérêt négatifs seraient extrêmement risquées, les répercussions sur l’économie réelle seraient à peine estimables et la pression du côté politique serait énorme suite à cela.
Ainsi, il reste à espérer que les écarts de taux par rapport à la zone euro ne vont pas diminuer et que la pression à la hausse exercée sur le franc suisse ne va pas augmenter également pour d’autres raisons. La BNS n’a tout simplement pas les moyens, à l’heure actuelle, de défendre activement le cours du franc.
Comme chacun le sait, l’espoir est le meilleur remède et dans le cas de la BNS, c’est le seul qui lui reste. Tout un ensemble de facteurs positifs seront nécessaires pour atteindre un affaiblissement durable: une stabilisation des prix des matières premières, un renforcement de la demande chinoise, des structures plus stables dans les pays émergents et un redressement progressif de la zone économique américaine et européenne. Même si le scénario d’un «choc du franc suisse 2.0» est considéré à juste titre comme peu probable à l’heure actuelle, les investisseurs ne devraient pas ignorer ce qui paraît impossible mais au contraire se prémunir en conséquence.
*Head Currencies & Commodities chez GAM

