Editorial Bruno Bertez du 17 janvier 2016
Titre : Contre le terrorisme, la seule arme efficace, c’est la vérité
Comment lutter efficacement contre le terrorisme si on ne l’étudie pas sérieusement, avec l’objectif d’en comprendre les causes, les ressorts, les modes de fonctionnement? La première étape d’une lutte contre le terrorisme, c’est l’analyse, la compréhension. Pourquoi? Parce qu’il est multiforme, parce qu’il peut frapper n’ importe où, parce qu’il nécessite très peu de moyens, parce que ses recrues sont motivées, si on peut dire, jusqu’à la mort. Combattre une armée est plus facile que combattre le terrorisme. Il est diffus, décentralisé, personnalisé, atomisé.
L’imagination humaine est sans limite, et nul ne peut espérer mettre un terme au combat par l’accumulation des réponses classiques, symptomatiques. Car les réponses ne sont que symptomatiques: ainsi, qui ose faire remarquer que les gouvernements et leurs agences ne cherchent jamais à prendre vivants les terroristes, et que, même au plus haut niveau, on l’a vu avec Bin Laden, la seule préoccupation est de les éliminer physiquement. Les éliminer physiquement alors que l’on sait que, comme l’hydre, la tête repousse sans cesse. On en voit également la preuve, non reconnue à ce jour, bien sûr, dans les énormes moyens mis à disposition des gouvernements et de leurs agences, énormes moyens qui ne donnent aucun résultat crédible. Les soi-disant succès de la lutte anti terroriste sont non prouvés et non prouvables, simple propagande pour faire accepter aux peuples les reculs de libertés, les contrôles qui, bien souvent d’ailleurs, sont inspirés par d’autres agendas peu avouables, comme celui de se préparer à une éventuelle guerre civile.
La lutte contre le terrorisme est inefficace parce qu’elle est « menée » sous le signe du mensonge et de la tromperie. Sous le signe du mensonge sur les origines du terrorisme. Ainsi, il se sait que l’origine d’ISIS est sulfureuse, que les Américains ont participé à sa création, que les Saoudiens, les Turcs, les Emirats contribuent à son financement et à son recrutement. Il se sait qu’Israël soigne les blessés d’ISIS, etc. On sait beaucoup d’autres choses encore: la lutte contre le terrorisme masque des affrontements et des projets complexes, stratégie du chaos pour les uns comme les néocons, stratégie expansionniste pour les Turcs, stratégie défensive pour les salafistes qui ont peur de l’encerclement par le croissant chiite, stratégie du capital qui veut contrôler les sources et le transport de l’énergie, mais toutes ces vérités sont inacceptables. Inavouables, elles doivent être occultées ou prendre le masque des bons sentiments, ou du moins de postures acceptables, comme le droit de l’hommisme; si elles étaient publiques, le soutien populaire aux gouvernements, déjà faible, s’effondrerait.
La caractéristique majeure, pour nous, de la situation, c’est le mensonge. Le mensonge dans lequel tout baigne empêche l’efficacité. Il est frappant de constater que c’est quand, à la tribune mondiale des Nations Unies, Poutine a décidé de déchirer un coin du voile de mensonges, c’est à partir de ce moment que la lutte a progressé. Un obstacle, un bouclier, qui protégeait les terroristes est tombé. C’est, plus que les armes, c’est la vérité qui a permis de lutter. La preuve en est encore fournie avec la question des ressources et des moyens mis à la disposition des combattants terroristes: la mise à jour du trafic de pétrole, de la complicité des Turcs dans la fourniture de moyens de communication, ont plus fait que les armes elles-mêmes.
La vérité ouvre le chemin efficace des armes, voilà ce qu’il faut reconnaître et ce sur quoi il faut s’appuyer. Le brouillard qui subsiste encore actuellement, l’opacité, sont les obstacles à la mise en œuvre efficace des moyens dont nous disposons. Il ne faut pas s’étonner des thèses complotistes qui courent sur le sujet du terrorisme, elles sont partiellement vraies, elles sont en partie justifiées par cette situation de mensonge et de dissimulation. Pourquoi, à votre avis, nos soi-disant démocraties interdisent-elles tout débat de la souveraineté nationale au sujet des engagements militaires en cours? Si tout était clair, transparent, si tous les protagonistes disaient la vérité, il n’y aurait nul besoin de remplir les pointillés, de mettre des intentions inavouables derrière les faits. Ce sont les ambigüités, les paradoxes, les non-dits de la situation politique, géopolitique et militaire, qui produisent un besoin que le complotisme satisfait. Le complotisme est le mode d’apparaître de la vérité, mode d’apparaître imparfait, déformé par les biais des complotistes et leur obsessions. Mais mieux vaut une vérité partielle, voire tronquée, qu’un mensonge totalement enfoui. Le complotisme, malgré son biais, se rapproche de plus en plus de la vérité au fil du temps car les protagonistes deviennent de plus en plus cyniques, imprudents et impatients, ils se démasquent dans et par leur absence de scrupules.
Ce que nous voulons marquer, c’est ceci, la lutte contre le terrorisme est marquée d’un péché originel qui est celui du mensonge. Or, vous connaissez notre principe: seule la vérité est efficace. Dans la voie actuelle, il n’y a pas d’issue, sauf l’escalade destructrice. Destructrice en termes de pertes de vie humaines, en termes de gaspillage de ressources, en termes de libertés et de légitimité politique, en termes de morale. Destructrice de ce que nous sommes ou plutôt de ce que nous voudrions être, c’est à dire des personnes civilisés. La situation présente fait beaucoup plus de victimes que ce qui est recensé au plan matériel, elle met nos sociétés sur la voie de la régression aujourd’hui, et de la barbarie demain. Qui ne voit la relation étroite qui unit la multiplication des conflits non conventionnels avec la question des réfugiés, qui ne voit la relation avec celle des migrants. Qui ne voit la relation entre la question des migrants et celle de l’immigration, la question de l’Autre en général? Qui ne voit la dislocation de nos sociétés, de notre régime politique, la fragmentation, les coupures, les clivages et bientôt les affrontements? Les divisions sont d’autant plus profondes et dangereuses que leur cause réelle est non connue, inconsciente, on ne peut lutter contre quelque chose que l’on ignore. L’ignorance de la réalité, de la vérité, produit tout cela, elle en est la cause. Supprimez-la, et vous verrez, le mouvement de retour à la barbarie refluera. Hélas, plutôt que de vérité et d’information, et de formation, ce dont « ils » nous abreuvent, c’est de formatage et de propagande.
Le terrorisme est affaire de « narrative » et de propagation des narratives. Le terrorisme, c’est une histoire que chacun raconte à sa façon, au mieux de ce qu’il croit être ses intérêts. Or, on le constate, en la matière, c’est chacun sa vérité. Il y a la vérité des radicaux islamistes, et il y a la vérité des gouvernements, de leurs agences et de leurs médias. Le mensonge divise, la vérité, au contraire, unit. Il faut garder ce constat présent à l’esprit, il servira.
Le terrorisme est en grande partie une affaire de communication. Cela semble évident lorsque l’on songe à la volonté de faire peur, de frapper les esprits, de choquer. Le terrorisme consiste à faire un trou, une brèche dans l’esprit des gens pour y fourrer de la terreur et du mensonge. Il faut, pour que cela marche, que les actes aient un retentissement, donc qu’ils soient montrés, diffusés, amplifiés et commentés. Il faut un effet de résonance qui obture le raisonnement. En ce sens, les gouvernements jouent le jeu, ils sont les complices objectifs des terroristes lorsqu’ils « alertent », lorsqu’ils dramatisent et qu’ils demandent aux citoyens d’être vigilants. En fait, l’objectif des gouvernements de se faire « mousser » les rend complices des terroristes. Vous êtes-vous demandé ce que cela peut bien vouloir dire, pour vous, d’être vigilant! Déjà les vrais responsables, les services de renseignements, la police, tout ce beau monde n’arrive pas à concrétiser ce qu’ils appellent la vigilance, alors vous, que pouvez-vous faire? C’est de la cosmétique, de la foutaise destinée à vous faire croire qu' »ils » font quelque chose. Et aussi, bien sûr, à vous mater par la peur qui est censée être la compagne toujours présente pour accompagner votre vigilance.
Tout cela n’est que politique politicienne faite par des amateurs.
Mais en fait, je ne visais pas seulement cette communication-là, cette communication en elle-même que constitue l’acte de terreur. Je pensais à la propagande qui favorise la radicalisation des esprits; et le recrutement. La propagande qui s’adresse au terreau, à tous les Moellenbeck.
Si nous n’avions pas affaire à des « dirigistes », à des amateurs incompétents et bornés, il est évident que c’est fondamentalement à ce niveau que devrait se situer la lutte. Le terrorisme ne peut prospérer que s’il rencontre un terreau favorable, d’une part, et s’il peut ainsi recruter, d’autre part.
Dans cet esprit, il faut rendre les radicaux repoussants, répulsifs, au lieu de les rendre attirants et séduisants, il faut tordre leurs actes soi-disant de bravoure dans un sens qui, au contraire, se retourne, s’inverse. Il faut faire passer leur communication à l’épreuve décapante de la vérité. Il faut en fait, partir d’une analyse en profondeur des ressorts de la communication des radicaux islamistes pour, l’ayant assimilée, et surtout, ayant assimilé leur mentalité, pouvoir la détourner, la retourner, et l’inverser. La remettre sur ses pieds, là où eux la mettent sur la tête ou l’explosif. Là où ils attirent, il faut être capable de les rendre repoussants. Là où on les admire, il faut qu’on les méprise. Et ce ne sont pas les corrompus et profiteurs officiels de l’Islam soi-disant modéré ou de France, qui peuvent faire cela. Ce sont des professionnels de la guerre et de la communication authentique, de la morale, de la psychologie, à la fois gens de la sociologie, et bien sûr des gens spécialistes du terrain culturel de ces gens. Il faut faire le travail que le corps social spontanément ferait s’il n’était pas lui-même déjà malade, il faut secréter les anticorps.
Tout ce qui vient du haut est déconsidéré, tout ce qui, de près ou de loin, vient du Pouvoir est nul et pur gaspillage. Ce qu’il faut, c’est créer une force d’intervention civile, une mobilisation, pour mener cette guerre psychologique, sociologique, sociétale. C’est un contre combat.
Cela existe ailleurs… mais pas en France.
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