La BCE dans la seringue, Draghi a besoin de refaire un « coup »

Comment ne pas perdre la face alors que rien ne fonctionne comme prévu? Telle est la question qui se pose à Draghi cette semaine alors que la BCE prépare sa réunion.

Coté inflation c’est l’échec, les prix continuent de glisser et surtout le rééquilibrage entre le Sud et le Nord ne se fait pas, au lieu de converger, on diverge.

Coté changes, c’est la déception, les Etats-Unis , par tous les moyens, s’opposent aux vents contraires que constitue la hausse du dollar et donc la baisse de l’euro, or la baisse de l’euro est pour ainsi dire le seul mécanisme efficace dont dispose la BCE

Coté effet de richesse, c’est Bérézina; voire le sauve qui peut. Les prix des assets baissent, c’est devenu un facteur déflationniste de plus. Le découplage espéré avec Wall Street ne s’est pas fait. On espérait que le découplage des politiques monétaires allait profiter aux bourses européennes, hélas, elles n’arrivent pas à se libérer de l’emprise de Wall Street, comme, cela a d’ailleurs toujours été le cas, il faut le rappeler. Il n’y a pas d’autonomie des places euros par rapport à Wall Street, elles sont serves, dominées. Seul un recul franc de l’euro permettrait un feu de paille susceptible de créer l’illusion.

Face à cette accumulation désastreuse, la BCE va tenter cette semaine de convaincre à nouveau de l’efficacité de son action. Le charme est rompu. alors qu’elle est tiraillée en interne entre partisans du statu quo et avocats du passage à la vitesse supérieure. La BCE est minée par:

-l’expérience américaine: elle est intervenue avant et donc les effets positifs des politiques non conventionnelles, essentiellement psychologiques, ne jouent plus ou très peu, comme nous le disons, ce qui a déjà monté ne peut plus aller beaucoup plus haut.

-le doute à la fois sur l’efficacité des politiques menées, mais aussi sur la capacité à délivrer le fameux « coute que coute » de 2012.

-la détérioration des paramètres extérieurs, tels  que la situation de la Chine, la chute des prix du pétrole, les « mood » mondiaux et européens de plus en plus risk-off et peu propices aux in initiatives des agents économiques. 

-la poursuite de la dislocation intra européenne, avivée par les problèmes non résolus comme ceux des réformes, ceux des migrants, la question du Brexit et la montée des sentiments anti européens illustrée par les résultats électoraux des partis sceptiques

Tout se conjugue et il ne faut pas oublier que Draghi s’est attribué un rôle politique face à l’impuissance et à la démission des gouvernants en titre. Est-il capable d’en profiter et de tenter un nouveau coup de force, c’est en fait la question principale pour nous, car nous avons le sentiment que, sans  cela, il a les mains liées.

Pour reprendre la main, Draghi a besoin de frapper un coup .

Voici la synthèse de ce que disent les agences sur la prochaine réunion de jeudi:

Le président de la Banque centrale européenne  Mario Draghi va devoir trouver un équilibre entre ne rien faire et promettre trop ou pas assez  à des investisseurs extrêmement nerveux.

L’Italien « va probablement garder toutes les options ouvertes, tout en évitant de donner des signaux clairs », prévoit Michael Schubert, de Commerzbank.

« La BCE devrait signaler que la porte est toujours ouverte pour muscler son soutien » à l’économie européenne, anticipe Jennifer McKeown, économiste chez Capital Economics.

Le conseil devrait tomber d’accord sur la nécessité d’attendre les nouvelles prévisions économiques de mars « avant toute discussion concernant un nouveau pas en avant », prédit M. Schubert.

Les gardiens de l’euro ont déjà décidé d’étendre début décembre le soutien de la banque centrale aux prix et à l’économie. Le recours à de nouvelles mesures dès la semaine prochaine serait jugé prématuré, selon les observateurs.

« A l’heure actuelle, il faudrait une détérioration substantielle des perspectives d’inflation et de croissance avant que la BCE agisse à nouveau », pointe Carsten Brzeski, d’ING.

En décembre, l’inflation a fait du surplace en zone euro (+0,2%), décevant les analystes et maintenant la pression sur l’institution.

La chute continue des prix du pétrole pèse fortement sur le niveau de l’inflation, réjouissant certains consommateurs mais ravivant les craintes de déflation, phénomène auto-entretenu de baisse des prix et des salaires.

Les annonces de décembre – le prolongement jusqu’à mars 2017 du vaste programme de rachat de dettes lancé en mars 2015, le « QE », et l’abaissement d’un des taux directeurs – avaient fortement déçu observateurs et investisseurs. A l’aune de déclarations de banquiers centraux en amont, ils attendaient une action de bien plus grande envergure, notamment des volumes d’achat mensuels plus importants dans le cadre du « QE ».

BCE et marchés « doivent en tirer des leçons. (…) nous devons nous aussi mieux communiquer. Nous avons pris la décision que nous voulions prendre. Pour autant, nous ne voulons pas prendre à ce point de court les marchés », a récemment concédé Vitor Constancio, le vice-président de la banque centrale, dans une interview en Allemagne.

Difficile de communiquer clairement toutefois quand les avis sont partagés. Le conseil des gouverneurs est tiraillé entre ceux qui souhaitent une action plus musclée et d’autres, partisans du statu quo, comme l’a révélé cette semaine le compte-rendu de la réunion de décembre, qui préfigure de rudes discussions ces prochains mois.

« La situation actuelle pose des défis en terme de communication », estiment les analystes de UniCredit.

D’un côté, après deux vagues d’assouplissement monétaire en mars et en décembre, la perspective de ne pas voir l’inflation remonter de sitôt justifierait d’intervenir d’avantage. De l’autre, les partisans d’une action plus musclée vont probablement avoir du mal à défendre le recours à des mesures supplémentaires après les annonces de décembre.

« Draghi va essayer de trouver le bon équilibre entre la volonté de faire plus et la nécessité d’éviter toute surréaction au recul des prix du pétrole », ajoute-t-on chez UniCredit.

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