Synchronie, contagion et corrélations
Les Etats-Unis ont commis une erreur en tentant de sortir des politiques non conventionnelles. Il n’aurait fallu ni opérer le Taper ni monter les taux.
Tout pointe dans le sens d’une période de chaos sur les marchés financiers. A la fois en raison de l’allure de la semaine qui a précédé, puis en raison des nouvelles de cette semaine et enfin en raison des hésitations des responsables de la conduite des affaires. Des seuils techniques critiques sont franchis. La synchronie et les corrélations jouent à plein.
L’Iran a annoncé qu’elle envisageait mettre sur le marché des quantités importantes sinon considérables de pétrole à la faveur de la fin de l’embargo. Plus de 1 million de barils/jour. Cela a suffit si on peut dire à faire plonger les marchés financiers du Golfe vers les abîmes. On voit des chutes quotidiennes de 4 à 7%! Nous vous rappelons que sur la place la plus importante, la place Saoudienne, la baisse est déjà de plus de 50% sur les plus hauts de 2014. Le Peg de la monnaie Saoudienne ne tient plus qu’à un fil. Or c’est un peg central. Hong Kong dévisse également, on est au plus bas de 4 ans. Un sacré effet de richesse inversé. Il y a des gens riches qui se sentent un peu moins à l’aise.
Ailleurs, la situation est un peu moins mauvaise, si on ose dire, et c’est ce qui conduit les observateurs au constat simplet selon lequel tout viendrait du pétrole. Si tout baisse, c’est à cause du pétrole entend-on un peu partout. Un peu simplet car en fait la baisse du pétrole est un symptôme et non une cause. Nous concédons que le symptôme peut devenir cause lorsqu’il est exagéré et que l’on sur-réagit, ce qui est certainement le cas.
Mais le problème de fond, c’est l’éclatement, la troisième phase de bulle et ce qui trompe, ce qui obscurcit le jugement, c’est le fait que ce n’est pas une bulle seule qui éclate, mais une myriade. Ce qui définit et caractérise précisément ce que nous appelons la phase trois de la crise qui a débuté en 2007. Nous ne cessons de le marteler: nous sommes dans la continuité, dans le déroulement d’une seule et même crise, celle de 2007. La phase 1 était la crise américaine avec le déclencheur des subprimes, la phase 2 était la crise des périphériques européens et la phase 3 est la phase de destruction du Reflation Trade, phase de reflux des capitaux déversés par les USA sur le monde global, phase multiforme autant que l’a été le Reflation Trade lui même, il a tout infecté et maintenant tout est malade, atteint du même mal: le reflux. C’est ce qui explique la mise en synchronie globale.
Les Etats-Unis ont commis une erreur en tentant de sortir des politiques non conventionnelles, ils n’ont pas compris le phénomène de symétrie à savoir que ce qui était valable à la montée devenait valable à la descente. Il n’aurait fallu ni opérer le Taper ni monter les taux. Il fallait tenter de rester sur un plateau.
Ils ont commis l’erreur de 1936/1937. Ce n’est même pas une question de calendrier, ce n’est pas trop tôt, non, c’est simplement qu’il est impossible de resserrer. Les politiques non conventionnelles sont une drogue, il est impossible de s’en passer cela fait des décennies que nous répétons, elles deviennent de plus en plus gourmandes, il faut sans cesse escalader. Et c’est normal puisque les marchés qu’il faut stabiliser et la pyramide de dettes qu’il faut soutenir sont de plus en plus lourds, écrasants, fragiles. Il n’y a qu’un sens: toujours plus. Et partout: avant hier aux USA et Japon, hier en Europe, demain en Chine, puis à nouveau aux USA. Parce que le blow-back arrive, l’effet de contagion en retour se prépare, il suffit de voir l’allure de la conjoncture américaine, elle fléchit. Les chances de récession sont évaluées à 70% maintenant. Le marché boursier américain est à la fois un signe et une cause de la dégradation, c’est la redoutable transitivité/reflexivité, elle joue à l’aller et au retour. Les indices DJ et S&P sont en recul encore raisonnable sur leurs plus hauts (12%), mais le canari que constitue le Russel 2000 lui, est déjà en tendance primaire baissière. La chute est de plus de 20%.
Début 2015, lorsque la Fed a essayé de populariser l’idée que la baisse des prix du pétrole était un facteur positif, elle a trompé le public. Mais surtout elle s’est trompée elle même. De ceci témoigne ses prévisions de croissance du GDP, elle a parié sur un « plus », alors que la réalité allait donner un « moins ».
Elle a établi son scénario et son calendrier de sortie des taux zéro sur ces bases fausses. Elle a fixé son calendrier de hausse des taux sur la rentrée de septembre espérant que la hausse coïnciderait avec une période, une bouffée d’optimisme économique sur la croissance. Son idée était celle de 2010, faire coïncider la hausse des taux avec une accélération de l’activité et une hausse des anticipations inflationnistes, ces deux phénomènes auraient en quelque sorte compensé, amorti les effets négatifs de la hausse des taux sur les marchés.
Rien ne s’est passé comme prévu, la conjoncture a donné des signes de faiblesses, la hausse des prix n’a pas accéléré et les marchés de taux de long terme ont refusé de faire monter les taux, au lieu de vendre le 10 ans, les spécialistes l’ont acheté. La courbe s’est aplatie, ce qui a été pour les spécialistes le signe de l’erreur, le signe du mauvais calcul. Le pari était risqué, il s’agissait de faire passer la hausse des taux en quelque sorte dans un créneau favorable or le créneau ne s’est pas présenté et au lieu de laisser passer un peu d’air, les marchés de risque ont franchement dévissé. Nous en sommes là.
.
La baisse des prix du pétrole n’en déplaise aux keynésiens idiots du FMI et de la Banque de France, n’est pas positive pour les économies, c’est tout le contraire: si les prix sont bas, c’est parce que cela va mal, l’ordre des phénomènes est celui là, la donnée première est que cela va mal et que les prix par conséquent en tiennent compte. La baisse des prix du pétrole est par ailleurs un signal psychologique qui entretient la prudence et la rétention déflationnistes. Enfin la baisse des prix ruine certains secteurs connexes et ainsi les désolvabilise, ce qui produit un effet de contagion qui conduit de proche en proche à la fuite devant le risque et à la déstabilisation des marchés financiers et des marchés de crédit. On en est à truquer une nouvelle fois les comptabilités des banques pour les exonérer de provisionner la débandade du secteur. Le prix du pétrole a baissé de près de 70% depuis fin 2014 et on n’a encore vu aucun effet positif! Il est temps de réviser les théories.
Nous sommes gérés par un quarteron de gens qui partagent la même conception fausse de l’économie et c’est une cause de corrélation et de synchronie, ce qui n’est pas nouveau, mais en plus par de gens qui sont aveuglés par leurs agendas géopolitiques, politiques et sociétaux, cela explique que l’on persiste dans les erreurs.
Le bon sens a disparu, l’idéologie a repris tous ses droits.
Il est évident que le trouble, la dislocation ont maintenant gagné toute la périphérie du monde global il est tout aussi évident que le Centre, c’est à dire les USA, est maintenant menacé. On flirte avec la contagion, et comme toujours, la contagion se fait par la finance et les marchés. Le lien qui unit tous les pays y compris la Chine, c’est la finance et les marchés, donc la confiance et l’appétit pour le risque. Et ceci explique les contagions économiques
On a tout misé sur la financiarisation, le vin est tiré et il faut le boire. Il est grand temps de stopper cette contagion, d’enrayer la chute avant que la boule de neige ne se forme, avant que l’irrationnel ne prenne le dessus. Déjà Draghi a fait patienter les marchés en annonçant une révision de la politique monétaire; et puis au Japon la presse fait état d’une décision dans le même sens de la BOJ dès sa prochaine réunion . Cela permet à la Fed de ne pas perdre la face trop vite, certes , mais si le yen et l ‘Euro reprennent une tendance baissière, ce qui serait logique, les fameux vents contraires à l’économie américaine vont se lever !
