Le champ de bataille du pétrole

Seule l’Amérique peut sauver le marché du pétrole de la débandade. C’est la conviction qui se dégage ces derniers jours et en particulier, celle qui se dégage des entretiens publics et privés à Davos.

Les propos des Saoudiens joints aux annonces de Draghi ont permis un bond de 5% des prix en fin de semaine. A Davos, le patron de l’Aramco , Khalid al-Falih a déclaré qu’un prix de 30 dollars était irrationnel et qu’une reprise était imminente. Voila pour le positif si on peut dire;  mais il a ajouté, « l’Arabie Saoudite ne réduira pas sa production ». Ce qui est négatif, mais ouvre de nouvelles perspectives.

Malgré le rebond de fin de semaine, les prix du pétrole sont en chute de 70% par rapport à ceux de Juin 2014. Compte tenu du fait que le pétrole est « financiarisé », une reprise technique dans un marché survendu et dominé par les « shorts » était dans l’ordre des choses. Autant le rally était inévitable, sinon programmé, autant les perspectives futures restent incertaines. Nous sommes non pas dans un marché, nous sommes dans un jeu de guerre de dimension géostratégique.

Le pétrole est un jeu à trois; l’OPEP, les producteurs non-OPEP, les Etats-Unis. Le groupe non-OPEP a tenu bon et il y a tout à parier qu’il va continuer sa politique de refus de réduction de production; l’OPEP et singulièrement l’Arabie a pris ses dispositions pour tenir le coup et pouvoir maintenir la pression de la guerre des prix. Les Soudiens se sont préparés à cette guerre vitale pour eux. Restent les Etats-Unis, qui sont le maillon faible dans une perspective de moyen terme. Un déclin de la production américaine est la clef d’une stabilisation dans les niveaux actuels ou vers les 40 dollars, ce qui est considéré comme un reflet de l’équilibre actuel du marché.

 

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Si les non-OPEP maintiennent leur position stratégique, si l’OPEP conntinue de « squeezer » le marché, alors qu’il n’y a qu’une possibilité: ce sont les producteurs marginaux aux Etats-Unis qui doivent abandonner le champ de bataille. Depuis le début de la guerre, c’est l’analyse de l’Arabie: les producteurs marginaux US sont fragiles, ils sont surendettés, ce sont des oiseaux de beau temps et la loi du marché sinon pétrolier, mais financier va les faire disparaître. En fait le jeu est non pas pétrolier, mais financier, c’est à qui , des producteurs américains ou de l’Arabie aura les reins financiers les plus solides. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il faut interprêter le ballon d’essai Saoudien d’augmenter son trésor de guerre en mettant sur le marché une partie les activités  de l’Aramco.

Le « shale » américain est vulnérable car il est soumis à la loi … du marché financier. D’autant que la Fed est engagée dans  une tentative de réduire l’aisance monétaire et de restreindre un peu les conditions financières. Non seulement ce sont les producteurs marginaux Américains qui sont dans  la seringue, mais également la Fed! C’est la Fed elle-même qui est obligée de servir d’alliée aux Saoudiens en serrant à la gorge les débiteurs du shale pétrolier! On comprend que dans cette lutte , les autorités américaines sont enclines à donner des marges de manoeuvre comptables à la fois aux producteurs et aux banques. Une baisse de l’appétit pour le risque précipite la déconfiture des producteurs marginaux américains , tout se tient, tout interagit. face à des producteurs faibles, aux abois, les Saoudiens ont des réserves financières de plus de 500 milliards de dollars. Et ces réserves se valorisent quand on est en risk-off puisqu’elles sont en Treasuries. La chute des marchés est bonne pour les Saoudiens, mauvaise pour les Américains.

Le mouvement de laminage est engagé, mais il est très insuffisant au gré des soudiens

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Les professionnels ne croient pas à un retour rapide à l’équilibre, ainsi les services pétroliers, comme Schlumberger se préparent à une longue période de vaches maigres et pour préserver leur standing financier, elles licencient à tour de bras. Avec les 10 000  qui viennent d’être annoncés, on en est à 30 000 suppressions de postes.

les Saoudiens estiment qu’il faudra 18 mois pour assainir la situation. Ils pensent avoir les moyens de tenir. En fait beaucoup de choses dépendent de leur budget, très déficitaire et surtout de la situation sociale et militaire: si le pays se destabilisait par suite des réductions de « l’arrosage social », alors ils seraient vulnérables.

On aura intérêt à suivre la situation politique militaire et sociale en Arabie.

 

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