Editorial, pour un retour en politique

Le livre que vient de publier Sarkozy est sans intérêt. C’est une opération dans un plan de communication. Le contraire de ce qu’il faut faire pour gagner d’une part et avoir la légitimité nécessaire pour entreprendre le grand changement d’autre part.

Son programme économique articulé dans  la foulée est tombé dans l’indifférence  générale, bien qu’il comporte une accroche démagogique de « choc fiscal » par une promesse de baisse sigificative des impôts.

On dit que son livre se vend bien , peut être 60 000 exemplaires. On dit que c’est le signe qu’il remonte la pente. Nous aurions tendance à penser le contraire: faire sa rentrée   au moment ou l’exécutif au pouvoir ne recueille que 15% d’opinions positives et ne faire que pareils chiffres est un « bide »

La facilité consisterait à prétendre que Sarkozy ne répond pas aux demandes des Français, il ne répondrait pas à la demande politique. Je soutiens que ce serait une erreur de plus, une erreur fondamentale, laquelle consiste à raisonner comme sur un marché, en termes de demandes et d ‘offres. L’erreur c’est la transposition de la politique, l’assimilation de la politique à l’économie et c’est précisément de cela que l’on crève.

Le politique n’est pas l’économique, il n’est pas un croisement de courbes d’offres et de demandes. L’application du marginalisme à la politique est une tautologie qui masque la dictature des « dominants ». Un peu comme cela se fait dans le domaine de la pub. Les puissants produisent les deux, à la fois l’offre et la demande du produit. L’offre crée le marché et le débouché par la manipulation. Et ils appellent cela la liberté de consommer.

Ou alors il faut être fondamentaliste et s’interroger sur les conditions ultimes de la production à la fois de l’offre et de la demande. Elles ne tombent pas du ciel, elles sont produites. Produites par une histoire, par une situation géographique, géopolitique, économique, financière, par l’état de l’appareil de production, par le rapport des forces de production, par …par…par la logique du Système etc etc.

Le politique est l’articulation de la Nécessité et de la Volonté. On peut ajouter un peu sinon beaucoup de Hasard. Le Hasard en politique peut s’appeler l’Opportunité. Le politique c’est l’articulation de ce qui est souhaitable, et de ce qui est possible. Mettre en forme politique, c’est mettre en forme acceptable ici et maintenant un Projet qui découle de l’analyse en profondeur d’une situation. Le projet étant une sorte  de démarche maieutique, démarche d’accouchement, qui fait advenir, éclore, mettre en mots,  une demande qui serait latente, non formulée dans le corps social. On voit le travail que cela représente.

le phénomène dominant de la situation pour moi est l’inadéquation. Et l’opinion négative des citoyens sur la politique, la désaffection, l’abstention, le vote par défaut, l’absence de motivation, l’incapacité à avoir un mandat clair, l’impossibilité à être suivi, tout cela traduit l’inadéquation. Pour parler vulgairement, ce qui est souvent le plus clair, le politique est « à coté de la plaque », les politiciens « marchent à coté de leurs pompes » et surtout « à coté des votres ».  Tout le champ de la politique, des médias , des pouvoirs qui en découlent sont inadaptés et c ‘est pour cela qu’ils ne durent que par la violence, les contrôles, l’opacité, la propagande, les mensonges, l’évolution vers la tyrannie.

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Sarkozy peut encore gagner. D’ailleurs, n’importe qui peut encore gagner. il faut qu’il prenne la mesure de la gravité de la situation dans  laquelle se trouve la France et les Français. Il faut partir de ce que vivent les Français. Retourner à la Société Civile. Il faut en proposer une interprétation. Il est peut-être le seul à avoir le type de personnalité, l’audace  et le culot qui autorisent ce changement radical d’orientation politique. C’est possible et cela reste à creuser. Ce qui est évident, c’est que l’ on ne peut être réelu quand on a échoué que si on capitalise sur son passé d’abord et sur la vérité ensuite. Une vérité que tout le monde touche du doigt: cela va mal. On ne construit que sur des fondations de vérité, pas sur le sable des mensonges. Sarkozy ne peut construire que sur son échec, non pas en  le niant, mais en le dépassant.

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La vérité c’est: « voila pourquoi j’ai échoué, et pourquoi j’ai changé.  Je suis clair,  et j’ai l’expérience pour mener ce changement d’orientation. Je vous en donne les tenants et aboutissants pour que vous puissiez en juger. Je ne vous livre pas un catalogue, non je vous livre l’essentiel, à savoir l’analyse, les effets, les causes, le diagnostic et le Projet  pour que vous adhériez ou non, pour que vous choisissiez en toute connaissance de cause ».

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Dans un grand dicours qui s’intitulerait « je vous ai compris », il doit brosser un tableau sans concession de l’état de la France marqué par le découragement, l’appauvrissement, la relégation, le chômage, les pertes de libertés, les contrôles, la fiscalité écrasante, la multiplication des interventions militaires, la soumission à l’Atlantisme, la domination Allemande, les divisions internes, la montée de la haine et de l’intolérance. Il doit montrer en quoi les bonnes intentions du passé, y compris les siennes,  ont failli, en quoi elles ont produit le contraire de ce qui était espéré.

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Il doit tracer le lien avec le passé, en quoi et ou nous nous sommes fourvoyés, accepter de démolir ses propres illusions et celles de son camp politique. Ne laisser aucun tabou du politiquement correct. Ne chercher aucune approbation ou alliance partisane, il doit s’adresser directement aux Français. Cela doit être un choc présidentiel. Conformément à la logique de la Cinquième, qui est une Constitution de crise.

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Il doit tracer les grandes lignes du diagnostic, faire ressortir les causes de cette situation, clairement, honnêtement, sans rien esquiver, de façon à ce que l’exposé soit convaincant. il doit analyser sa part de responsabilié, en quoi il s’est trompé. Cela doit être un dialogue entre les Français et lui , assez fort pour s’imposer aux médias, pas un robinet d’eau tiède.

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Bref cela doit être un évènement en soi, pas un exercice de communication. Il ne doit pas s’adresser aux partis, ce sont des machines à perdre, à étouffer la légitimité.  Ce sont des machines à servir les intérêts particuliers et les rentes.

Sarkozy doit miser sur le renversement démocratique. Remettre la souverainté du peuple au centre de l’action politique. Au lieu de servir les intérêts des « gens d’en haut », il lui faut  refaire alliance avec les « gens d’en bas », pour reprendre une distinction à la Raffarin, lequel se fourvoie avec Juppé dans la scélératesse de la Troisième Voie.

 

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