La planète financière a besoin d’un bon shoot. Mais en dollar

La planète financière a besoin d’un bon shoot. Mais en dollar

Agefi Suisse     vendredi, 12.02.2016

La Fed doit renoncer solennellement à la hausse des taux. Et, avec le Trésor, faire baisser plus nettement le billet vert.

Bruno Bertez

Photo: Reuters

Nous écrivons un feuilleton. Ce feuilleton, c’est celui de la crise financière qu’il est convenu de dater de 2008, mais qui est en préparation depuis fort longtemps: depuis la crise de la Livre et les dérives du central banking de la Fed pour financer le beurre et les canons de Kennedy et de Johnson dans les années 1960.

Ne souriez pas, en haussant les épaules, ce n’est pas du radotage; si vous aviez une conscience claire de la gravité de la crise et des montants colossaux qui sont en cause, vous comprendriez qu’il faut, pour en arriver là, que le mal vienne de loin.

Le mal, nous n’allons  pas en refaire l’historique, mais pour aller à l’essentiel nous dirions qu’il date  de la création du marché de l’eurodollar, du recyclage des pétrodollars et du recyclage des déficits américains. La fonction de recyclage a crée les organes, c’est à dire les gigantesques banques TBTF que nous connaissons. Elles ont été attirées par les profits faciles que pouvait générer ce recyclage, elles l’ont utilisé pour créer du crédit et de la monnaie. Elles se sont imbriquées dans le système pour en profiter, elles se sont mises d’elles mêmes sous la dépendance américaine à la fois en termes de lois, d’obligations, de théories, de contrôles, de dépendance du «funding» en dollars. Le meilleur exemple est fourni par la Deutsche bank qui tient la triste vedette en ce moment.

Nous avons toujours soutenu que pas plus que la Suisse, l’Allemagne n’est un état souverain! Pourquoi? Parce que lorsque l’on a des banques géantes qui sont totalement dépendantes de l’accès au «funding» en dollars et du refinancement de dernier ressort en dollars, alors on est totalement dépendant, prisonnier, on est sous la coupe. Et ce n’est pas un hasard si les Suisses sont passés sous la table et ont renoncé à leur identité et ce n’est pas non plus un hasard si Merkel elle aussi est passée sous la table et est obligée d’être plus Atlantiste que les USA eux mêmes, et ce contrairement aux intérêts du capital industriel allemand. L’Allemagne a son colosse au pieds d’argile, la Deutsche Bank , un colosse totalement serf, esclave qui porte, tenez vous bien, 60 trillions, de dérivés, la plus grosse masse mondiale, globale.  La Deutsche Bank c’est la pyramide mastodonte qui tient sur la pointe.

La crise que nous traversons n’a rien à voir avec tout ce que l’on dit. On vous mystifie comme d’habitude en vous faisant passer les effets pour les causes. La crise, ce n’est ni la faute du pétrole, ni la faute de la Chine. Ces deux éléments sont des effets, des conséquences, des symptômes.

La crise a commencé au printemps 2013 quand  il y a eu la première rumeur sur la fin des largesses monétaires. Elle a été vite oubliée. On a fait plus attention à l’alerte de 2014. Alerte qui s’est étalée de l’été à la fin de l’année. C’est à ce moment que l’on a envisagé assez sérieusement une fin des taux zéro et une hausse des taux de la Fed.

La normalisation, car c’est ainsi qu’il faut appeler la fin du cycle qui s’annonçait, la normalisation signifiait deux choses, d’abord la fin de  la surabondance du dollar  et ensuite son renchérissement.  En clair et les deux phénomènes étaient liés: assèchement du pool de liquidités en dollars et renchérissement de sa valeur. Ce qui impliquait, effondrement du prix de toutes les matières premières et bien sur celui du pétrole. Tout le reste n’est que conséquence directe ou indirecte avec  dessus des éléments circonstanciels qui font croire à telle ou telle causalité supplémentaire. Il faut apprendre à considérer que dans le monde tout est surdéterminé, mais qu’il y a des causes qui sont plus fondamentales que d’autres et ne pas se laisser piéger.  La vraie  cause de tout, celle qui, si elle n’avait pas existé aurait évité la catastrophe, c’est la perspective de la fin du cycle sur le dollar, l’anticipation du resserrement qui allait s’ensuivre sur la liquidité en dollars et sur le dollar «funding». C’est le complexe «causes et effets» du resserrement constitué par la moindre surabondance de dollars, le renchérissement du dollar, la chute des commodities et l’effondrement du pétrole  qui a provoqué une sorte de Quantitative Easing inversé, c’est à dire un Quantitaive Tightening. Nous avons toujours dit que ce qui était valable à l’aller, serait valable au retour de l’Experience Monétaire et nous sommes dans  le retour! Tout le reste, toute la suite n’est que causes et effets enchevêtrés et contagion.

Tout ce qui a suivi était prévisible, inéluctable comme les difficultés des émergents, celles de la Chine, la mise en risk-off du monde global, la chute des Bourses, le ralentissement prévu de la croissance et bien sur, le bouquet final, l’apothéose qui est la dislocation fissuration de l’édifice bancaire et les craintes sur la stabilité de la pyramide inversée qui caractérise le monde. La Fed a commis l’erreur du siècle, ce qui, pour nous indique qu’elle n’avait même pas compris comment fonctionnait le système mondial, comment avait fonctionné son QE et comment allait fonctionner son inverse, le QT. Les forces de déflation qui ont été lâchées sont considérables, et ce n’est rien avec ce qui nous attend si la dislocation Chinoise n’est pas stoppée, si le Yuan doit dévaluer et si tous les invariants devaient se mettre à varier.

Le problème ce n’est pas liquidité en soi, c’est la liquidité en dollars, c’est à dire la liquidité du pool de dollars qui forme le «funding» mondial. Et c’est pour cela que les initiatives de Kuroda qui lui non plus n’a rien compris et celles de Draghi qui lui n’a jamais cherché à comprendre et se content d’imiter, c’est pour cela que ce qu’ils font ou vont faire ne sert à rien. Ce qu’il nous faut c’est du dollar, des dollars tant que nous en voulons et tant que nous en avons besoin pour replâtrer le système. Ce que personne n’ose dire et bien sûr, c’est parce que personne ne comprend, c’est quenous assistons à un run silencieux, gigantesque sur les fournisseurs de dollars, et singulièrement sur la Banque Centrale Mondiale.

Le monde global a besoin de son «fix», il est accroc et ce «fix» ce ne peut être que du dollar. La Fed doit annoncer solennellement que la hausse des taux, c’est fini. Elle doit multiplier ses efforts avec le Trésor pour faire baisser le dollar, plutôt nettement. Elle doit bien dire que tout cela va durer et qu’il ne faut surtout pas craindre d’en  manquer, il y en aura pour tout le monde. Le Japon, la Chine et l’Europe doivent accompagner cette réouverture des robinets monétaires et surveiller leurs banques comme le lait sur le feu.

Quant aux particuliers, qu’ils prennent leurs précautions nous n’en disons pas plus.


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