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La morning note de Mirabaud Securities

lundi, 15.02.2016 Agefi Suisse  John plassard

Aujourd’hui, les marchés américains seront fermés pour cause de President Day. Nous suivrons cependant la production industrielle russe et la balance des comptes courants de la zone euro.

John-F. Plassard*

John-F. Plassard

Les indices américains ont fini en franche hausse vendredi soir grâce aux secteurs qui avaient été largement massacrés: Les banques et les valeurs énergétiques. Le Dow Jones met donc fin à une série de 5 jours de baisses consécutives.

1. Statistiques économiques américaines

Il y avait vendredi plusieurs statistiques économiques importantes, voilà ce que nous en avons retenu:

a. Rebond des ventes au détail

Les ventes au détail hors automobiles, carburants, matériaux de construction et produits alimentaires, la composante la plus proche de celle prise en compte pour le calcul du PIB, ont progressé de 0,6% en janvier 2015 après une contraction de 0,3% en décembre 2015. Le consensus était positionné à 0.3%. C’est une très bonne nouvelle dans la morosité actuelle et pourrait, si la statistique devait être confirmée, être le signe d’une reprise de l’activité économique américaine. Cela devrait soulager (en tout cas momentanément) la présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed) Janet Yellen.

Plus généralement, les ventes au détail ont progressé de 0,2% en janvier, la baisse du prix du carburant limitant la facture à la pompe tandis que le froid et la neige ont freiné les sorties au restaurant ou dans les bars.

 

Nous notons cependant qu’il y a une différence notoire et étrange (tant l’écart est important) entre les valeurs en données ajustées et non-ajustées…

b. Confirmation des prix à l’import

Les prix à l’import aux USA pour le mois de janvier 2016 ont décliné de 1,1% en comparaison du mois antérieur, contre -1,4% de consensus et -1,1% un mois avant. Les prix à l’export ont quant à eux régressé de 0,8%, contre -0,6% de consensus.

c. Baisse du moral

La confiance des consommateurs américains s’est repliée en février selon l’enquête mensuelle de l’université du Michigan. Son indice de confiance a atteint 90,7 en première estimation après 92,0 en janvier dans sa version définitive, revue nettement en baisse par rapport à une première évaluation à 93,3 pour le mois dernier. Le consensus prévoyait en moyenne un indice à 92,0 pour ce mois-ci. Le sous-indice mesurant le jugement des consommateurs sur la situation actuelle a reculé à 105,8 contre 106,4 en janvier et celui des anticipations ressort à 81,0, à son plus bas niveau depuis septembre.

2. Un constat lourd

Une étude intéressante de Bank of America Merrill Lynch, nous apprend que depuis l’affaire Bear Stearns en 2008, il y a eu 637 baisses de taux d’intérêt à travers le monde, qu’il y a eu 12’300 milliards de dollars de rachat d’actifs qui ont été effectués par les banques centrales ces 8 dernières années, qu’il y a actuellement 8’300 milliards de dollars d’obligations gouvernementales qui sont à 0% ou en-dessous, que 489 millions de personnes vivent actuellement dans des pays qui ont des taux négatifs (Japon, zone euro, Danemark, Suisse, Suède) et finalement que -0.92% est le taux le plus négatif au monde (obligation gouvernementale suisse à 2 ans).

Où s’arrêtera-t-on?

 

3. La Grèce gronde encore

De violentes manifestations ont eu lieu vendredi en Grèce. La nouvelle pression des créanciers ne semble définitivement pas plaire au peuple. Le ton est par ailleurs de nouveau monté d’un cran entre le gouvernement et le Fond monétaire international (FMI) après que ce dernier ait affirmé que les craintes d’une sortie de la Grèce de la zone euro, pourraient ressurgir si les autorités d’Athènes ne présentaient pas un plan de réformes crédible notamment sur les retraites.

Athènes a estimé, ce qui semble assez grave sur le fond, que le FMI demandait l’application d’un programme radicalement différent de celui convenu entre Athènes et la zone euro après leur accord pour maintenir la Grèce dans l’euro et sous perfusion financière. Alexis Tsipras a confirmé tout à fait officiellement qu’Il y avait des différences parmi les créanciers sur la réforme grecque des retraites qui retardaient tout le processus.

La Commission européenne a aussi fait entendre sa voix en affirmant que la Grèce devait toujours adopter un ensemble très significatif de mesures pour atteindre les objectifs budgétaires. De nouvelles tensions seraient-elles à l’horizon?

Notons que la situation économique ne semble pas vraiment s’être améliorée puisque l’on a pris connaissance d’un recul du PIB du pays de 0,6% au cours du quatrième trimestre 2015 par rapport au trimestre précédent et de 1,9% sur un an. Pour l’année entière, le résultat est même encore plus décevant puisque le recul du PIB est de 0,7% par rapport à celui de 2014.

 

Rappelons que la Commission européenne avait récemment relevé ses prévisions pour l’année entière à 0% de croissance en 2015, contre une estimation précédente à -1,4%. Pire, dans le budget d’Etat de 2016, voté il y a peine 2 mois (!!!), au Parlement, le gouvernement grec avait lui-même prévu une croissance zéro pour 2015 et une contraction de 0,7% pour 2016…..

Signalons aussi, malgré sa légère amélioration en fin de semaine passée, que l’emploi en Grèce est toujours l’une des préoccupations du gouvernement. En effet, en novembre 2015, le taux de chômage atteignait 24,6% correspondant à un chiffre de 1,18 million de personnes.

Signalons cependant une bonne nouvelle puisque Danièle Nouy, présidente du conseil de supervision au sein de la Banque centrale européenne (BCE) a déclaré ce week-end que les banques grecques n’avaient pas besoin d’une nouvelle recapitalisation, après celle que la BCE leur avait apporté (14,4 milliards d’euros à l’automne dernier).

4. Quelques précisions chinoises

Après une semaine de vacances, le gouvernement chinois a tenu bon de rappeler quelques éléments économiques qui avaient peut-être échappé à plusieurs observateurs.

a. Le Yuan

Le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, a déclaré qu’il n’y a aucune raison pour que le yuan continue de se déprécier. Selon le responsable politique, le yuan est essentiellement stable par rapport à un panier de devises. Cela explique-t-il la forte hausse du Yuan ce matin face au dollar qui revient à ses plus haut de janvier 2016?

b. La croissance

Il a aussi déclaré que la croissance économique chinoise se situait dans des ordres de grandeur raisonnables, ajoutant que le pays ne connaissait pas d’atterrissage brutal de son activité. Pour mémoire, le PIB chinois a progressé de 6,8% au quatrième trimestre en rythme annuel.

c. La spéculation

Zou Xiaochuan a finalement déclaré que certaines forces spéculatives avaient pris la Chine comme cible, ajoutant que le gouvernement chinois ne laisserait pas ces forces dominer le sentiment de marché.

 

5. Une baisse de la production… vraiment?

Alors que tous les investisseurs supputent qu’une réunion extraordinaire devrait être organisée sous peu entre les membres et des non-membres de l’Opep, l’Iran ne semble pas tout à fait être du même avis…

EN effet, le vice-président iranien Eshaq Jahangiri a déclaré ce week-end que les exportations du pays atteindront les 1,5 million de barils par jour (bpj) d’ici le début du nouvel an iranien le 20 mars 2016, contre actuellement 1,3 million de bpj de pétrole brut.

Le responsable iranien a même confirmé que dans les premiers temps de la nouvelle année (iranienne), les exportations atteindront les deux millions de bpj pour préserver sa part du marché pétrolier au plan mondial….

Comme nous le confirmons depuis un certain moment, il est peu probable qu’il faille chercher la raison du rebond au niveau de la réduction de l’offre….

 

6. La Syrie, ce bourbier

Que de confusion et d’aggravation de la situation syrienne ces 3 derniers jours.

Alors que tout le monde espère encore une cessation des hostilités dans un délai d’une semaine et l’acheminement d’aide humanitaire, la situation est encore montée d’un cran.

C’est tout d’abord, Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, qui a évalué à 49% les chances que l’accord international de cessation des hostilités en Syrie soit appliqué comme prévu d’ici une semaine.

Ensuite, selon le chef de la mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) chargée de veiller au respect des accords de Minsk II, conclus en février 2015, les violences se multiplieraient à nouveau dans l’est de l’Ukraine et les séparatistes prorusses auraient redéployé des armes lourdes sur la ligne de front. Ces événements ont amené Barack Obama a exhorté dimanche Vladimir Poutine à mettre fin aux bombardements de l’aviation russe contre les forces de l’opposition modérée en Syrie.

À cela selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) on peut rajouter que l’armée turque a bombardé dimanche des positions kurdes du nord de la Syrie pour la deuxième journée consécutive. Selon l’OSDH, les tirs turcs de samedi ont notamment visé des bases tenues par l’YPG (les unités de protection du peuple). Rappelons que les YPG, soutenues par les Etats-Unis, sont liées au Parti kurde de l’Union démocratique (PYD), qu’Ankara tient pour une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et considère à ce titre comme une organisation terroriste.

Ces évènements ont aussi amené la France (cette fois-ci) a appelé à l’arrêt immédiat des bombardements de la Turquie sur des zones kurdes du nord de la Syrie après les nouveaux raids aériens d’Ankara.

Bref, si plusieurs observateurs pensaient que la situation était en voie de régularisation, c’est exactement le contraire qui est en train de se produire….

Cela a bien évidemment eu un effet sur l’indice boursier de l’Arabie Saoudite, puisqu’il a perdu plus de 4% par apport à l’ouverture et se rapproche ainsi de ses plus bas de 5 ans….

7. Cette semaine

Aujourd’hui, les marchés américains seront fermés pour cause de President Day. Nous suivrons cependant la production industrielle russe et la balance des comptes courants de la zone euro.

Demain, c’est le ZEW allemand, l’inflation en Grande-Bretagne et la statistique NAHB sur l’immobilier américain qui devraient animer la journée.

Mercredi, nous prêterons attention à la réunion non monétaire de la banque centrale européenne (BCE), à l’inflation et à la production industrielle américaine.

Jeudi, c’est les importations et les exportations au Japon qui seront sous notre radar ainsi que le taux d’inflation en Chine et l’indice de la Fed de Philadelphie.

Finalement, vendredi, la réunion de la banque centrale japonaise (BoJ) pourrait nous apporter des surprises (tout le monde a en mémoire la baisse des taux de dépôt en territoire négatif) tout comme la publication de l’inflation américaine.

 

Nous suivrons aussi la fin de la saison des résultats des entreprises européennes et américaines. Rappelons que pour l’instant, les prévisions pour la saison de résultats en cours aux Etats-Unis font état d’un chiffre d’affaires en baisse de 3,4% en moyenne au quatrième trimestre 2015 pour l’ensemble des entreprises qui composent le S&P-500.

Les indices européens devraient ouvrir en forte hausse ce matin dans le sillage de la clôture de New-York (fermé aujourd’hui pour cause de President Day) et de la très (très) forte hausse du Nikkei après la publication d’une contraction plus marquée que prévue du PIB japonais. Les investisseurs anticipant donc une nouvelle fois de nouvelles mesures d’assouplissement de la banque du Japon (Boj). Rappelons tout de même que le Nikkei a perdu plus de 11% la semaine passée…

Tendance asiatique

On ne peut pas dire que l’évolution des indices asiatiques ce matin reflète les statistiques économiques (asiatiques). En effet, d’un côté, au Japon, on a pris connaissance d’une contraction plus importante du prévue au 4ème trimestre 2015. Le PIB a baissé de 1,4% en rythme annualisé sur la période octobre-décembre, contre une estimation du consensus à -1.2%. La raison principale est à mettre sur le compte d’une baisse de la consommation des ménages (en repli de 0.6%). La bonne nouvelle est à mettre sur le compte de l’augmentation des investissements aux entreprises au 4ème trimestre 2015 (+1.4% contre un consensus de +0.2%). La hausse du jour est donc à mettre sur compte de la baisse du Yen mais surtout de l’espoir que la Boj intervienne une nouvelle fois massivement.

En Chine, après une semaine de vacances, on pouvait s’attendre à une forte baisse des indices (chinois). Que nenni. Malgré l’affaiblissement du Yuan ces dernier mois (qui remonte cependant fortement ce matin et se retrouve au plus haut depuis janvier face au dollar), on a appris ce matin que les exportations avaient reculé de 11,2% par rapport au même mois de 2015 tandis que les importations ont chuté de 18,8% alors que le consensus avait anticipé respectivement -1,9% et -0,8%. C’est aussi l’espoir d’une intervention imminente (baisse des … taux d’intérêt?) qui supporte les indices.

Le reste des indices évoluent aussi dans le vert dans le sillage de la clôture de New-York.

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