Divergences, divergences, l’éléphant dans la pièce

Je soutiens que le dollar fort détruit le fragile équilibre qui a été trouvé pendant toutes ces années post crise. Le monde a besoin sinon d’un dollar surabondant et faible, du moins d’un dollar très accommodant. La volonté de la Fed de « normaliser » est une arme de  destruction de masse des marchés globaux.

Le dollar est la variable la plus importante du système. C’est lui qui a dicté la tendance des marchés depuis depuis le début de la crise et singulièrement depuis le printemps 2014. Le dernier rapport de la BRI le suggère simplment car la BRI n’est pas libre de ses exposés, elle doit composer.
La Fed semble vouloir persévérer dans son programme et son calendrier de hausse des taux une hausse de 300 pbs en 2016. D’autres blocs comme le bloc Européen, le bloc chinois et le japoanis sont en mode sur-accomodant, ce qui va creuser la divergence et faire ressortir les risques de la politique Américaine. La hausse des taux et sa conséquence un dollar qui reste près des 100  au dollar index, sont justifiées par la situation américaine laquelle donne des signes de réveil de l’inflation des prix et de réduction du slack. Mais la hausse du dollar n’est pas un phenomène isolé, elle produit des conséquences ailleurs qu’aux USA.
 La hausse du dollar a cassé le Reflation trade qui a soutenu les cours des commodities. La corrélation entre le dollar et le cours des matières premières , n’est pas magique, elle tient à une relation organique. Seule la réintroduction récente de l’incertitude sur la hausse des taux US a permis de stopper la descente aux enfers des cours des matières premières.

La hausse du dollar désolvabilise les débiteurs globaux, endettés en dollars pour financer des investissements aberrants qui sont mainteant causes de surcapacités déflationnistes. La chute des devises locales asphyxie les débiteurs.

La hausse du dollar incite à la frilosité et à la prudence, elle exerce une pression terrible sur le carry, et oblige au deleveraging.

La chute des réserves mondiales, la chute des excédents réduit les balance-dollars, contracte le dollar funding et dans certaines régions la baisse des dépôts et des surplus met les banques en difficulté. Les tensions sur le dollar funding mettent en péril la stabilité bancaire.

La hausse du dollar est un vent contraire pour l’économie Américaine et surtout pour les profits des entrepsies. Dans un marché surévalué de 50% , cela fragilise l’édifice boursier. De proche en proche, la hausse du dollar agit comme un révélateur de la surévaluation des actifs financiers du monde entier.

Nous sommes dans une phase de rémission, mais cette phase peut être remise en cause par l’accentuation des divergences des politiques monétaires des grands blocs.


 

L’avertissement à la Fed et aux Etats-Unis

Agefi Suisse  mardi, 08.03.2016

La BRI rejoint les organisations internationales – FMI et OCDE. Son rapport met les Américains face à leurs responsabilités globales.

Bruno Bertez

La Banque des règlements internationaux (BRI) est longuement revenue sur les secousses qui ont agité les marchés en début d’année dans son rapport trimestriel, publié dimanche, son chef économiste mettant en garde contre le problème inquiétant de la dette. Nous vous renvoyons à l’article paru dans L’Agefi ce lundi.

Les Cassandre sont prompts à saluer la publication de ce dernier rapport de la BRI. En voici l’essentiel, articulé de façon organique, causale:

l la dette, ou plutôt son excès est  la cause initiale des difficultés et elle est la cause sous jacente de tous les symptômes divers de stress qui se succèdent;

l la dette étant traitée sur les marchés peut être liquidée, créant les conditions à la fois de l’instabilité et celles du resserrement des conditions financières;

l cela est inquiétant, le système est fragile, il résisterait mal à un ralentissement plus prononcé de la croissance;

l les banques sont «en bonne santé ce qui ne présage rien de bon», la valeur de leurs actifs dépend de la tenue des marchés, c’est à dire du Ponzi;

l la bulle des dettes privées a été partiellement transférée aux pays souverains, ce sont elles maintenant qui font bulle;

l les firmes des pays émergents ont emprunté à tour de bras inconsidérément;

l la dette a favorisé le surinvestissement et elle oblige à produire, même à perte et elle entretient la pression de la déflation;

l la volonté de la Fed de normaliser sa politique monétaire crée un cercle vicieux: la normalisation entraine une tendance à l’appréciation du dollar, lequel provoque un durcissement des conditions financières qui déstabilise les emprunteurs en dollars;

l last but not least, les investisseurs commencent à douter de la toute puissance des banques centrales, la foi qui soulève les montagnes… de dettes, faiblit.

Nos fidèles lecteurs reconnaitront le squelette qui soutient et ordonne nos écrits réguliers. Pourtant, n’étant pas Cassandre, nous ne nous en réjouissons pas. L’économiste de la BRI lance en fait un avertissement. Grosso modo il dit aux autorités: soyez vigilantes.

Mettre en garde contre un problème n’équivaut en rien à le résoudre! Si je vous mets en garde et que je vous serine, attention, sachez qu’un jour vous allez mourir, cela vous fait une belle jambe comme dit le peuple, et après?

Nous savons, vous savez, pour nous lire, que nous serons submergés par le poids de la dette, et qu’un jour ou l’autre, espérons l’autre, le système va se révulser et que tout ce qui a été reporté jusque là, va revenir au centuple comme une vengeance. On ne peut rien contre les mathématiques, on ne peut rien contre la loi de la pesanteur, la loi de la gravitation s’applique au poids des dettes. C’est le poids du «mort» sur le «vivant», c’est l’âne qui cesse de pouvoir porter son fardeau tant on l’a chargé et en même temps tant on a réduit sa ration de foin. La dette s’inscrit dans une analyse de flux continus qui, un jour, produiront du discontinu, c’est à dire de la rupture, tout comme le fameux fétu de paille sur le dos du chameau ou la goutte qui fait déborder le vase. Nous sommes dans un grand paradoxe de la pensée: tout n’est pas dérivable, toutes les évolutions ne sont pas extrapolables, le discontinu est la vraie loi qui gouverne le réel, sur le long terme et le très court terme. Nous sommes dans la faille de la pensée, la faille qui empêche d’appréhender le discontinu et la complexité. Nous sommes devant nos limites ce qui mine tout l’édifice de réflexion des Maîtres.

Donc la BRI lance une mise en garde. Oui, mais à qui? Elle ne le précise pas et on la comprend, son objectif est d’être entendu, sélectivement, mais uniquement par ceux qui sont capables de décoder. Elle lance un avertissement à la Fed et aux Etats-Unis. On le déduit du fait que, au commencement de tout; se trouve la dette et à la fin de tout se trouve le dollar.

L’articulation étant le fameux «resserrement des conditions financières». Sur  le dollar surabondant s’est construit un édifice global  de dettes et il a pu tenir grâce au maintien de conditions financières stimulantes; si les conditions cessent d’être stimulantes, si on ferme le robinet  du dollar surabondant, alors tout s’écroule. La BRI, rejoint les organisations internationales, FMI et OCDE, elle met les Etats-Unis face à leurs responsabilités globales. Leur politique monétaire a infecté le monde global , l’arrêt de cette politique, son renversement avec ses 300 pbs de base de hausse des taux prévus en 2016, va changer la donne mondiale et faire basculer l’édifice, la pyramide.

La BRI, pour simplifie et aller à l’essentiel, met le doigt sur la contradiction majeure qui mine tout le système mondial: la contradiction entre une monnaie gérée selon les critères du double mandat américain de la Fed, l’inflation et l’emploi et les Nécessités d’un monde que eux même, les USA ont voulu ouvert, dépendant, un monde impérial. Nous sommes au coeur de la contradiction, de la limite d’un système mondial géré au profit d’un seul! La Fed et les USA feraient bien de méditer la valeur de la devise des Trois Mousquetaires: «tous pour un, un pour tous».

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