Editorial. Anniversaire de la hausse boursière. Il s’est passé quelque chose en 2014

Le marche boursier , symbolisé par le S &P 500  vient de fêter son 7 e anniversaire, le 9 mars.

Nous vous rappelons que le S&P a gagné 193% au cours de ce cycle haussier. Grâce à cette hausse les valorisations sont de 23 fois les bénéfices de l’année courante et plus du double des valorisations historiques lissées façon Shiller ou Hussman.

Sur ces bases, le rendement total d’un investissement qui serait effectué aux cours actuels et conservé 12 ans , sur ces bases, et sur les normes historiques les mieux corrélées, ce rendement serait de près de zéro, moins de 1%. A ce niveau l’investisseur doit considérer qu’il accepte de prendre un risque important sur 12 ans , sans contrepartie ou rémunération aucune.Il accepte de subir  au cours de ces 12 ans une volatilité importante, des hauts et des bas, qui peut-être l’effraieront et le conduiront à brader son investissement au plus mauvais moment comme c’est souvent le cas. L’argument  des taux bas , voisins de zéro sur les placements sans  risque, pour « justifier » le niveau des cours est un argument à la fois faux intellectuellement et faux historiquement. Il ne résiste ni à l’épreuve théorique , ni à la recherche des corrélations hsitoriques. Le seul critère  intellectuellement valable pour définir la rentabilité d’un investissement est la somme des cash flows procurés par cet investissement sur la période considérée. Les modèles d’évaluation construits sur ces bases indiquent que le niveau d’entrée de l’investissement est déterminant pour apprécier la rentabilité future, plus vous payer cher à l’entrée, moins la rentabilité de cet investissement est satisfaisante. Ici la rentabilité prévisionnelle totale est quasi nulle. Il ne vous reste que le risque de baisse.

Le déclencheur de la hausse il y a 7 ans a été l’abandon par le FASB, l’organisme qui définit les normes comptables acceptables, de l’obligation de marquer les inventaires bancaires au mark-to-market, c’est à dire au prix du marché. Grâce a l’abandon des règles comptables , les banques ont pu éviter de publier des comptes catastrophiques, elles ont marqué leurs portfeuilles au mark-to-fantasy, c’est à dire comme cela les arrangeait.

Le déclencheur de la hausse boursière a été le changement de normes comptables, changement qui écartait le risque de faillites, mais faisait entrer dans un monde d’illusions, un monde parallèle de signes financiers déconnectés de la réalité. Vous savez, le monde des fameuses pilules bleues ou rouges de Matrix. Dans ce monde pour tenir les taux voisins de zéro et forcer les investisseurs à rechercher le rendement à tout prix, les autorités Américaines on pratiqué des politiques monétaires non conventionnelles, les QE, les TWIST; on a favorisé la lévitation du prix des actifs financiers et accepté la formation de bulles. Les indices des cours boursiers ont flotté dans les airs et chaque fois qu’ils ont menacé de chuter, on a pratiqué un nouveau round de stimulation monétaire et fourni de nouvelles assurances.

Depuis le printemps 2013, les autorités Américaines cherchent à atterrir, c’est à dire à régulariser la situation monétaire. D’abord par le Taper, c’est à dire l’arrêt du gonflement du bilan de la Fed , ensuite  par le retour à une politique de taux supérieurs à zéro.Vous constatez  que cela se traduit sur les marchés des emprunts dits à risque, par un aplatissement de la courbe des cours, la progression est stoppée; puis elle laisse la place à la baisse. Les institutions revendent ce qu’elles ont acheté  pour réduire leur risque et prendre leurs bénfices, cela s’appellent « distribuer ». Nous sommes en « distribution depuis le premier semestres 2013 sur les emprunts et le crédit à risque.

Sur les actions, le mouvement a été plus tardif, ce n’est que lorsque la perspective d’une normalisation de la politique monétaire a été plus proche que les investisseurs se sont inquiétés. Ils savent que la baisse de la liquidité, jointe au retour à des taux plus élévés vont faire baisser mathématiquement, mécaniquement le prix de tous les actifs financiers. Donc les investisseurs éclairés vendent également les actions, ils font de la distribution. La politique et les discours de la Fed sont conçus pour favoriser une régularisation/baisse des cours lente, progressive, afin de ne pas courir le risque de panique qui mettrait en péril la stabilité du système. La nécessaire baisse  des cours, des prix, des indices est pilotée. Les autorités évitent que des phénomènes de boule de neige non contrôlés viennent remettre en cause le travail effectué pendant 7 ans. Cela s’appelle « gérer le risque d’instabilité financière ». ou « lutter contre un resserrement désordonné des conditions financières ». Bref il faut introduire l’incertitude sur ce qui est pourtant inéluctable, il faut qu’il y ait des gens qui doutent afin que tout le monde ne se précipite pas du même coté du bateau au même moment.

Nous sommes au début de la tentative de régularisation , mais celle ci est délicate car il n’y a pas que les Etats-Unis qui ont été affectés par la formation de bulles, par la création de crédit douteux et par le gonflement des nouvelles dettes, le monde entier en a « profité » et donc en a été en quelque sorte « soufflé », « dopé ».  Une myriade de bulles secondaires se sont formées partout. Et ces bulles menacent de crever les unes après les autres, ce qui fait que la stabilité financière mondiale est menacée. Nous avons déjà eu deux alertes importantes. C’est la raison pour laquelle la tâche des autorités monétaires américaines est compliquée: elles doivent tenir compte de ce qui se passent chez elles, mais aussi de ce qui se passe dans le monde entier car toute la finance mondiale est comme l’on dit, interconnetée. Ce qui se passe sur les matières premières, sur le pétrole, en Chine, au Brésil, en Afrique du  Sud, au Japon, en Corée etc gêne, s’oppose à la normalisation américaine.

Nous sommes au coeur d’un dilemme: si les autorités US ne resserrent pas la politique monétaire, elles courent le risque d’être en retard et de favoriser le dérapage de l’inflation domestique, si elles normalisent, elle courent le risque de disloquer les marchés financiers tiers ce qui pourrait provoquer un choc en retour pour l’économie américaine. En clair, ce qui serait bon pour les Etats-Unis serait nocif et déstabilisant pour le reste du monde et une boucle globale  vicieuse pourrait se mettre en place. Le mode de transmission, le vecteur de la transmission qui pourrait perturber la normalisation américaine est le prix central de la variable qui soutient tout le système: le prix  du dollar. On vient de 80 au dollar-index,  on est autour des 97/98, sa hausse est interrompue. Si elle reprend avec la hausse probable des taux de la Fed en Mars ou plutot en Juin, alors le risque d’éclatement de nouvelles bulles dans le monde global sera grand et ce sera le retour de l’instabilité.

Nous en sommes là: dans une situation de tentative de sortie de la politique non conventionnelle, avec une croissance mondiale très faible, des prix des actifs financiers très élévés, un endettement colossal de 225 trillions pour un GDP de 80 trillions, endettement qui constitue une épée de Damoclès qui risque de tomber à la moindre fausse manoeuvre.

 

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