Editorial: Tout part d’un mensonge. La crise, c’est la crise de la sociale démocratie.

Dans ce texte nous soutenons que nous échouons à traiter la crise parce que nous portons un diagnosctic faux. Nous portons un diagnostic faux parce que nous avons une conception du fonctionnement du système elle même fausse. Tant que l’on n’acceptera pas la révolution copernicienne qui consiste à reconnaître que le profit est au centre du système, et que la crise est une crise d’insuffisance de profit, on s’enfoncera.

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Sept ans après la prise de conscience de la crise, la politique monétaire semble avoir épuisé ses effets et montré ses limites. La succession taux Zéro, Quantitative Easing, Nirp a conduit à une impasse dont le trouble et la confusion de Yellen est le reflet: en septembre puis décembre, elle croyait à la nième accélération de la repises, en mars elle doute et patauge à nouveau. Nous en sommes au stade ou les mesures monétaires au lieu d’aider les banques, détruisent leur “business model” et les mettent en danger.

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Le dernier G20 l’a admis puisque, face au ralentissement global en cours et aux perpectives de stagnation séculaire, il a changé de position et au lieu plaider en faveur de plus de mesures de politique monétaires non conventionnelles, il est revenu à l’autre pilier du Keynésianisme: la stimulation fiscale. Outre une coordination discrète de « mesurettes », sa recommandation clef est que les pays qui disposent d’une marge de manoeuvre doivent tenter ou retenter le remède du déficit fiscal et des déficits. Jusqu’à présent, seul le Canada est allé dans cette direction.

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On tourne en rond, le keynésianisme monétaire n’a rien donné et les conséquences non voulues ont pris le dessus sur les résultats positifs, la balance bénéfice/coût s’est détériorée, on a touché les limites. Le keynésianisme fiscal n’a pas donné grand chose, il suffit de voir la situation désastreuse du Japon. Ce dernier en est à tenter de réduire ses déficits!

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Certains proposent de recombiner les deux sous une forme radicale, celle de “l’helicopter money”. Il s’agit cette fois de distribuer l’argent directement aux consommateurs et non plus par l’intermédiaire des banques. Une sorte de rabais fiscal, baisse d’impôts très forte, qui serait financé non par accroissement des dettes du gouvernement, mais par création monétaire pure et simple. Au moins on serait sûr de la transmission à l’économie réelle et on éviterait la critique sur l’enrichissement des ploutos et autres kleptos. L’une des propositions est celle de Brad DeLong de Berkekey qui veut ressusciter les théories du Social Credit. Il s’agit d’une sorte de carte de crédit tombée du ciel et alimentée par des ressources elles aussi tombées du ciel, cette carte de crédit est censée combler le “gap” de pouvoir d’achat des consommateurs pour mettre la demande globale au niveau de l’offre. Elle a été très en vogue dans le passé. Nous y reviendront un jour.

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Toutes ces élucubrations et autres séances de brain-storming présentent la même caractéristique de base, le même sous jacent: il s’agit toujours de partir d’une idée fausse qui est celle de Bernanke, l’idée de l’insuffisance de la demande globale. Bref, on serait en crise, il y aurit un “slack », parce que la demande ne serait pas assez élevée; la solution serait de trouver un moyen d’éléver la demande. A priori ce n’est pas difficle, il suffirait de monter les revenus, donner des hausses de salaires d’une part et de reconstituer le rendement de l’épargne d’autre part. Hélas, les “Maîtres” ne veulent pas car d’une part cela ferait de la “mauvaise inflation” et d’autre part, cela tuerait les banques et les états endettés. D’ou la tentative qui a été faite ces dernières annnées de tenter de monter le pouvoir d’achat sans augmenter les revenus, c’est à dire de remplacer le pouvoir d’achat “gagné” par le pouvoir d’achat “prêté” par le crédit. On en a vu le succès modeste et surtout les limites.

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Pourtant le temps commence à presser car le système se fissure, le (dés)ordre que finalement on veut protéger, préserver, est en train de se disloquer, on le voit en Europe avec la fin des consensus, la montée des formations politiques dites extrémistes, la fin du modèle du bi-partisme. Ailleurs,comme aux USA , ce que l’on voit, c’est la mise en question du Pacte Social et la contestation des élites, ce que traduit le succès de Trump. Bref, il est urgent de trouver autre chose car, comme nous l’avions prévu dès 2009, la crise fait son chemin, elle corrode tout, elle remonte selon la ligne des produits, puis des organisations et des firmes, puis des théories, puis des institutions, puis de la société politique, puis de la société civile. Finalement, elle s’exacerbe dasn les tensions géopolitiques. C’est ce que nous appelons la mise en cause d’un certain ordre. Ordre que nous épinglons sous le nom de kleptocratique ou ploutocratique ou ordre usuraire ou dans un autre vocabulaire, impérialiste.

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Nous disons donc que toutes les actions entreprises depuis la révélation de la crise ont le même sous jacent, le même présupposé théorique, le même diagnostic. C’est le diagnostic de l’évidence: on voit les usines fermées et les gens au chomage, donc c’est parce qu’il n’y a pas assez de travail ce qui veut dire pas assez de demande. L’ennui est que l’éviddence est fausse, c’est un leurre. Le système économique dans lequel nous vivons n’est pas le système des besoins, de la demande, mais le système de la production de profit. C’est le système fondé sur la recherche du bénéfice et de l’accumulation du capital. Et si le système se grippe, si son moteur est en panne c’est parce que les détenteurs de capital n’ont pas intérêt à s’équiper plus, à embaucher et à produire plus. Si le système est en panne c’est parce que le moteur tourne au ralenti. C’est contre-intuitif, mais la science d’une façon générale est contre intuitive: vous voyez la terre plate, alors qu’elle est ronde; vous voyez la matière comme pleine, alors que c’est du vide, vous voyez le système comme manquant de demande alors que ce dont il manque c’est de profit productif etc etc. Si les usines ferment si les hommes et les machines sont mis au rencart, si les sociétés rachètent leurs actions, c’est parce qu’il n’est pas rentable d’investir, de les faire travailler et si il n’est pas rentable de les faire travailler c’est parce que cela ne procure pas assez de profit; le taux de profit dans le monde, malgré les progrès techniques, les artifices, malgré le leverage gratuit, malgré l’écrasement des salaires, malgré le grand retour en arrière sur les acquis sociaux, malgré tout ce que l’on a utilisé, ne remonte pas, au contraire! Le système se met en panne parce que la machine à produire le bénéfice s’asphyxie, elle est incapable de produire les revenus qui solvabilisent la demande; les revenus qui autorisent la demande sont des sous-produits du système du profit et de l’accumulation et si le profit et l’accumulation sont en difficulté, alors, la production de ce sous-produit, les revenus salariaux, est en panne. Evidemment, ce n’est pas Macron ou Soros qui vous diront cela! Eux préfèrent la tarte à la crème de la demande insuffisante, comme Stiglitz.

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Ce que nous suggérons c’est qu’à partir d ‘une vision fausse de la façon dont marche le système, non seulement on ne peut pas le dégripper, mais en plus on génère des conséquences inattendues qui aggravent le mal. On veut nier que le système est capitaliste pour des raisons de mensonge social car nous sommes dans un capitalisme honteux,  on veut faire croire que c’est le système de la production de marchandises, de biens et de services et ce faisant on le recouvre d’ un ensmble de théories fausses qui sont autant d’oeillières, elles empéchent de voir comment cela fonctionne. Tout se passe comme si un médecin voulait traiter une maladie avec une conception fausse du corps humain, dominée par la religion, comme au Moyen Age. Le système n’est pas reconnu comme tel, pour ce qu’il est, comme système de production de profit et de capital, comme système d’enrichissement privé et si on ne le reconnait pas pour ce qu’il est, alors on ne comprend pas pourquoi il se grippe. C’est comme si on voulait comprendre la panne du moteur d’un véhicule tout en s’interdisant de soulever le capot.

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La justesse de notre affirmation se déduit du fameux théorème d’Helmut Schmidt ; les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain. Tant que le taux de profit n’aura pas sensiblement remonté, la mécanique de la croissance restera en panne, elle s’étouffera, malgré les additifs dans le carburant, malgré les dopages, malgrés les petis vents arrière cycliques qui se lèvent de temps à autre.

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Les “Maîtres” ne veulent pas reconnaitre la vérité du fonctionnement du système, pourtant ils la reconnaissent indirectement, par défaut : ils font de la demande artificielle qui ne pèse pas sur les coûts et les profits par la création de crédit, ils essaient de restaurer le profit par la surexploitation des salariés, par leur mise en concurrence , par la productivité, par la remise en cause des acquis sociaux, par la dépréciation de la monnaie, par l’intensification du travail, par les délocalisations, par la flexibilité etc etc. Bref ils attestent de la vérité de notre diagnostic, l’insuffisance de profit réel productif, par la bande, mais surtout ils refusent de le reconnaître frontalement, les yeux dans les yeux.

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La sociale démocratie, c’est cela; l’essence de la sociale démocratie, c’est ce mensonge, ce “je n’en veux rien savoir”. La sociale démocratie c’est le système capitaliste qui prétend fonctionner tout en se niant. La crise, c’est la crise de la sociale démocratie.

 

 

2 réflexions sur “Editorial: Tout part d’un mensonge. La crise, c’est la crise de la sociale démocratie.

  1. Le système démocratique est perverti car il ne s’agit plus d’une démocratie, mais d’une représentation parlementaire où les élus se détachent de plus en plus de leurs électeurs et du mandat qui leur a été confié. Oui, le profit est devenu le veau d’or de nos sociétés et dans ce combat de tous contre tous, plus rien n’est épargné et ne gagne à être épargné. Peu-à-peu dans cette guerre, la masse des laissés-pour-compte prend de l’ampleur et maintenant c’est la classe moyenne (productive) qui va passer à l’essorage au profit d’une minorité kleptocrate. Donc ne pas se tromper de cible et il est toujours préférable de regarder vers haut que vers le bas, sans oublier par exemple que les nouveaux migrants, les nouveaux assistés, sont totalement instrumentalisés mais par qui et surtout au profit de qui ?

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  2. Oui, notre système de démocratie a conduit au développement d’une masse toujours de plus en plus considérable de charges et de personnes supportées par le système productif .
    Ceci finit par conduire au grippage de la machine: l’énergie produite (le profit résiduel) devient insuffisante pour la faire avancer.
    A mon avis le seuil du tolérable a été dépassé depuis longtemps et ceci a été masqué par le développement concomitant de l’endettement.

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