Bernanke a justifié son Quantitative Easing de la façon suivante: « la Banque Centrale achète des titres à long terme, ainsi elle fournit aux banques des réserves liquides excédentaires substantielles dans l’espoir qu’elles choisiront d’utiliser une partie de ces réserves pour faire des prêts ou pour acheter d’autres actifs financiers” Bernanke , 2009, “The Federal Reserve’s Balance Sheet: An Update”.
Il a été démontré par plusieurs économistes (travaux de Keen, Godley etc) et par les études de la Bank of England, que Bernanke se trompait et que les banques ne prêtaient pas à partir des réserves. La théorie que Bernanke utilisait est fausse, archi-fausse. Et l’histoire de ces dernières années l’a clairement démontré. La théorie sur laquelle s’appuie Bernanke est aussi stupide que celle des médecins qui, dans le vieux temps pratiquaient la saignée, On ne peut « prêter les réserves », tout ce que l’on fait c’est les tranférer, les permuter, les réaménager . L’acte original/originel c’est la création d’un crédit, d’un prêt par les banques et ensuite, seulement ensuite, elles constituent des réserves à partir de là. L’ordre réel des opérations est l’inverse de celui que Bernanke croit! Une banque n’est pas « intermédaire » de crédit, elle en est « originaire ».
La seule chose que peuvent faire les banques, c’est la seconde hypothèse de l’alternative énoncée par Bernanke, c’est “acheter d’autres actifs financiers.” Et là concrètement, on l’ a vu, cela est vrai, elles peuvent acheter des actifs financiers, les faire tourner, jouer avec etc. Les réserves peuvent êrte utlisées pour faire fonctionner un « tourniquer » financier. Cela a été constaté avec, par exemple, la hausse de 193% du S&P 500 pendant la période. Ce que l’on a vu, c’est le stockage oisif des réserves, et la rotation du papier financier, les capitaux ont fait un petit tour de ce coté. Attention, le stockage est « par solde », ne veut pas dire qu’entre temps, l’argent n’ a pas fait un tour! On démontre, mais chut, il ne faut pas le dire que la seule efficacité réelle des QE, si on suit pas à pas le circuit,des des flux, est de faire ,monter les dépenses des ultra-riches qui détiennent la fortune mobilière. Mais chut, c’est un secret.
L’ennui c’est que le papier, les actifs financiers ne sont pas des savonnettes, on ne les consomme pas, il faut trouver un pigeon à qui les revendre. Les QE ont été utilisés pour inflater les marchés financiers, mais si on stoppe les QE , si on monte les taux, alors les banques qui ont acheté ce papier ont besoin de le revendre. Il leur faut une contrepartie, il faut comme elles disent pudiquement “de la liquidité”. De la liquidité sur un marché, ce n’est rien d ‘autre que la présence d’un acheteur de bonne volonté, plus stupide que l’on est soi même. Le fameux plus sot que soi, le « greater fool ». Toute tentative de revenir en arrière risque de provoquer la chute des marchés, la déflation de ce qui a été inflaté! Et face à ce risque, que sont obligées de faire les Banques Centrales? Elles sont obligées de venir à la rescousse, comme on l’a vu à plusieurs reprises depuis 2014 et comme elles viennent de le faire depuis le début du dernier mois de Février. Ce n’est jamais le bon moment pour arrêter, pour régulariser, pour revenir en arrière. Il n’y a pas de relais, pas assez d’acheteurs car on est trop loin des valeurs fondamentales: la croissance n’a pas été assez forte et surtout on constate qu’en bout de course, comme maintenant, les profits des firmes sont en chute ce qui abaisse leur valeur en tant qu’investissement. En fait en dernière analyse, on peut affirmer que l’on a laissé passer le créneau ou une sortie, un exit de la politique monétaire pouvait être tenté. Il faut tenter un exit dans une phase d’accélération pas dans une phase de plateau.
Les Banques Centrales ont fait un pacte avec les banquiers, elles leur ont donné de l’argent gratuit afin qu’ils achètent des actifs financiers, en inflatent le prix, créent un effet de richesse; mais ce pacte est un pacte de dupes car les banquiers, “collés” avec ces actifs financiers, n’ont personne à qui les vendre. Et cet argent a fait des petits sous forme d’inflation de dettes, de créances et de dérivés, inflationde « papier ». La croissance de l’économie réelle n’a pas été assez forte; en fin de cycle comme nous sommes maintenant, les profits sont en régression, les risques n’ont pas baissé, bref rien ne justife ou ne permet que l’on puisse trouver une nouvelle couche d’acheteurs/pigeons. En 2010, nous nous souvenons des arguments des penseurs de la Fed de New York: ils imaginaient que la croissance, que les bénéfices et que la réduction des primes de risque allaient justifier des prix plus élévés pour les actifs à risque et donc ils ne se faisaient pas de souci, on allait trouver contrepartie. Hélas tout a été déjoué, les cours ont monté trop vite, la reprise a été trop lente et trop faible, les valorisations sont le double de ce qu’elles devraient être, les primes de risque sont rock-bottom, trop minces, et il n’y a pas d’acheteurs sérieux pour faire le relais. L’expérience a duré trop longtemps et il n’ y a pas eu de reprise en “V” . Comme le dit le remarquable Steve Keen, « les Banquiers Centraux sont peut être montés au paradis, (surtout si ils sont sortis avant l’échéance comme Bernanke) mais les autres, tous les autres eux, sont condamnés à l’enfer ».
On ne peut arrêter les QE et monter les taux dans le monde que si, et seulement si, les marchés financiers sont haussiers, voire euphoriques. D’ou l’idée cynique de passer aux taux négatifs pour que le public prenne peur et se précipite pour acheter les actifs financiers que les banquiers ont besoin de vendre. Donc il faut “embarquer les marchés”comme on dit, il faut relancer l’euphorie. C’est d’ailleurs peut être ce qui est en train de se tramer en coulisse, on sait que le cynisme n’a pas de limite.
Est-ce possible? On peut essayer! Est-ce que cela a une chance de réussir? Nous ne le pensons pas, car tout le monde sait maintenant que la croissance est durablement ralentie, que les gains de productivité sont très faibles, que le commerce global se disloque, que la mondialisation a du plomb dans l’aile, que l’on est au bout du rouleau des expédients. Et surtout que le niveau des actifs financiers est trop élévé: on a pris conscience du fait que, dans la recherche du rendement, l’on pouvait perdre en capital.
D’ou l’idée de changer de cheval et de reprendre le bon vieux canasson déja bien fatigué des stimulations budgétaires. Cela permettrait de sauver les mises de tous les Bernanke et de transférer les critiques… sur les politiciens et ensuite, il suffirait de changer les politiciens.