L’habile manœuvre sur le dollar-index

L’habile manœuvre sur le dollar-index

mardi, 22.03.2016
Agefi Suisse

Marchés. La Fed gère en fonction de critères qui ne sont pas ceux de son mandat. Le mythe de la gestion en fonction des «incoming datas» est mort.

Bruno Bertez

Il nous faut revenir sur la réunion du FOMC et la décision de la Fed de ne pas monter les taux, car elles peuvent modifier l’idée que l’on se fait de l’avenir. Les décisions de la Fed sont de plus en plus incohérentes. Nous suggérons que soit la Fed «ment», soit elle fabrique des «constructions parallèles» pour justifier son action ou son inaction. La règle du jeu était l’emploi et l’inflation; le chômage officiel est au plus bas, l’inflation a rejoint le niveau de 2008, et la Fed a passé son tour! La banque centrale américaine gère en fonctions de critères qui ne sont ni ceux de son mandat, ni ceux qui ressortent de ses communiqués. Le mythe de la gestion en fonction des «incoming datas» est derrière nous; Yellen n’est pas méchante volontairement, non, elle est perdue, elle patauge.

La semaine dernière, elle a en quelque sorte jeté l’éponge et elle est entrée dans un monde nouveau. Avant, on disait ne combattez pas la Fed, maintenant la Fed dit: ne combattons pas les marchés. Les marchés disaient que le chemin des taux, les «dots» étaient à coté de la plaque, jamais on ne pourrait suivre les indications données en septembre et décembre et la Fed a baissé les bras, elle reconnaît que ce sont les marchés qui ont raison et elle qui a tort. Les quatre hausses de taux seront réduites à deux comme le disaient les marchés, et encore, si tout se passe bien.

L’économie américaine est à nouveau sur un «à plat» , il faut réviser en baisse les perspectives à cause des exports et à cause de l’investissement, médiocres. Tout ceci confirme ce que nous n’avons cessé d’écrire. Il n’y a pas d’accélération auto-entretenue, et par ailleurs, la détérioration globale agit comme un choc en retour, il y a bien un phénomène de «blow back». Tout ceci confirme aussi nos intuitions: il y a eu une concertation discrète au G20 de Shanghai, et surtout avant, pour mettre en place au niveau mondial un plan de soutien des économies et des marchés. Il faut tenter de soutenir le risk-on et empêcher le resserrement des conditions financières.

Le communiqué de la Fed était le plus «colombe» que l’on puisse imaginer. Elle a fait l’impasse sur l’accélération de la hausse des prix que le vice-Président Fischer avait pourtant soulignée peu de temps auparavant. Elle a glissé sur le marché du travail, pour ne mettre en avant que les «vents contraires» comme les exportations et l’atonie des dépenses d’équipement des entreprises. En pratique, concrètement, Yellen a remis en place, par sa guidance une politique de stimulation car on sait qu’en la matière, les anticipations jouent  un rôle déterminant. Les marchés ne s’y sont pas trompés, eux qui ont amplifié la hausse des derniers jours, les spreads se sont contractés, les indices boursiers ont flambé, les indications techniques suggèrent à certains, comme Bloomberg, que l’on est en train de repasser en tendance haussière. Surtout sur les émergents. Bref les conditions financières se sont à nouveau améliorées sensiblement.

Le mode de transmission de cette stimulation, c’est le dollar. Il a chuté et c’est ce qui était voulu, fabriqué à la main, en accord avec les concertations du G20. Tout le mal venait du niveau du dollar, à près de 99 au dollar-index, il était trop haut, c’est lui qui produisait les tendances déflationnistes, la réduction de la liquidité en dollars et les tensions sur le «dollar funding»; c’est lui qui assassinait les commodities et le pétrole. On a fait chuter le dollar à 94. Ceci est confirmé par Goldman Sachs: «One interpretation of the recent moves by the major central banks is that they represent a coordinated attempt to ease global financial conditions while avoiding upward pressure on the US dollar».

Si vous nous avez suivi, rien ne vous a surpris car nous disions: ce qu’il faut c’est rajouter de la liquidité en dollars et il n’y a que la liquidité en dollars qui compte. L’observation des marchés, de tous les marchés de risk-on, prouve que les concertations du G20 et leurs conséquences étaient connues par avance, le hasard n’existe pas. Il y avait des initiés, ce qui est un scandale, et pour le vérifier il suffit d’étudier les marchés depuis la mi-février. Certains ont fait des fortunes car la concertation et son contenu étaient un secret de polichinelle pour eux. Tout a commencé bien avant, il y a des «aides», des officiels ou des Banquiers Centraux ou leurs amis, ou leurs famille, qui spéculent et s’engraissent. C’est le plus gros scandale d’initiés de tous les temps. Une baisse de 5% du dollar avec un leverage de 40, cela fait un profit colossal. En une seule après-midi la monnaie mondiale, le dollar a chuté de 2,4%! Sans compter bien sur les gains engrangés sur le rebond incroyable des commodities. Le système est dissymétrique, aux uns l’information, le partage du secret, aux autres les mystifications des constructions parallèles. Nous sommes dans un système de voyous. Le dirigisme produit mécaniquement les détournements et la corruption.

La Fed a dé-serré, c’est une évidence pour les professionnels, certains le savaient et ils en ont profité. Tout ceci pourrit encore plus un système qui l’était déjà beaucoup.

La régularisation de la politique monétaire n’aura duré que quelques mois, on s’est aperçu dès le mois d’août de l’an dernier qu’elle était impossible puisque la bulle chinoise explosait.

Le risque avons nous écrit, analysé et décrit était ce que nous avons appelé le risque de «la grande divergence»: les uns continuaient dans la sur-stimulation, tandis que la Banque Centrale mondiale faisait l’inverse, c’était insoutenable et cela n’a donc pas été soutenu. Fin de scénario. Faut-il s’en plaindre? Non car tant qu’à avoir la catastrophe, autant la retarder, nous ne sommes pas pressés! La baisse du dollar soutient le risk-on, fait contracter les spreads, relance la spéculation du Reflation Trade, en caricature et en accéléré! On gagne du temps. On continue de rêver de piloter les atterrissages en douceur, sans admettre qu’à chaque fois au lieu d’atterrir, on est obligé de re-décoller.

Est- ce que les décisions du G20 et celle de Yellen qui sont en fait les mêmes ont une chance de retarder l’inévitable? Oui! Est-ce qu’elles ont une chance modifier l’issue finale? Non!  La baisse du dollar soutient le risk-on , fait contracter les spreads, elle retire du stress financier, mais elle fait remonter les commodities et le pétrole, ce qui aura des effets négatifs sur le pouvoir d’achat des pays développés même si cela fait du bien aux producteurs. Et puis on risque de relancer la fabrication de bulles encore plus inopportunes que les précédentes.

Le cycle Américain est bien mur, les profits sont en récession, la volatilité, même positive fait mal, il est peu probable que ces décisions puissent produire un effet autre que de surface.

EN PRIME : BofA relève des anomalies

Bank of America’s FX quant strategist, Vadim Iaralov writes, « ahead of the Fed, the USD was already trending lower against 8 out of 9 G10 currency pairs with GBP being the only exception. The surprisingly-dovish Fed has only further accelerated the decline in the US dollar. The decline started in late January and has occurred during the critical local New York trading hours. The US hours downtrend looks likely to continue in the near future. »What becomes immediately visible when one looks at the chart below is that all of the USD selling in 2016 has taken place during US hours.

This, according to BofA chief FX strategist, Athanasios Vamvakidis means that « the market moves would be consistent with EM central bank interventions. »

Perhaps: if true it would suggest that some very notable « EM » central banks (a polite euphemism for the PBOC) have been dumping the USD during US hours, which in turn would explain the coordinated attack against the USD – now with Fed participation – ever since the Shanghai G-20 meeting (although it would not explain why Japan or Europe would be willing to piggyback on this trade as while China wants a weaker dollar, Europe and Japan want the USD as strong as possible).

BofA souçonne des manipulations de banque  Centrale, nous sommes plus cyniques car dans certains pays, les tès gros ploutocrates proches des Pouvoirs accompagnent les Banques Centrales et même en Europe, des Compagnies d’assuraznces sont invitées aux festins.

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