Depuis la mi 2014, les marchés contre-performent. il n’y a plus rien à gagner pour deux raisons:
1- fin de la tendance haussière, nous sommes dans un régime, un ordre nouveau, absence de leadership, rotation erratique
2-volatilité exacerbée avec deux krachs, l’un en Aout 2015 et l’autre en début 2016, suivis de leçon terrible donnée aux vendeurs à découvert
Les allers-retours ramènent au point de départ, mais entre temps, ils coûtent cher!
La guidance des autorités est devenue trompeuse, ils disent et se dédisent à un moins d’un mois d’intervalle, on ne peut ni jouer avec la Fed ni contre la Fed, elle patauge. Elle a abandonné les critères rationnels, les « datas » et elle navigue comme un vulgaire spéculateur au jour le jour. Les complices des banques centrales ne jouent plus avec elles, ils doutent et les Hedge Funds perdent de l’argent. Les notes des grandes banques TBTF sont mitigées, elles sont dans le brouillard. On trouve autant de notes pour diagnostiquer un retour du bull market que de notes qui affirment que nous sommes dans un rally baissier. En pratique, nous sommes dans une zone d’incertitude et de transition avec un biais positif, mais rien de tranché ne se dessine.
La reprise de Février et de Mars était justifiée, justifiée au sens de « causée »; elle a été provoquée par une réaction coordonnée et très vigoureuse des responsables de la conduite des affaires. Mais elle est circonstancielle, elle n’est pas fondamentale.
On sent qu’il y a des débats souterrains sur la conduite à tenir et sur les remèdes à apporter à la disparition de la croissance: certains veulent aller plus loin dans les politiques monétaires non conventionnelles de monétisation/répression; d’autre veulent qu’on les abandonne et que l’on repasse au fiscal keynésien pur avec creusement des déficits. Au milieu il y a les orthodoxes, les Allemands qui veulent que l’on accepte de souffrir dans le court terme et que l’on prépare le long terme par des réformes radicales.
Yellen a confirmé la semaine dernière que la dominante était l’incertitude. Les Organisations Internationales ne cessent d’alerter sur les risques concernant la croissance, la stabilité financière et même sur les risques socio-politiques.
Quand on parle d’incertitude, il faut metre les points sur les « i »: il y a incertitude sur l’évolution du monde réel et incertitude sur l’action de ceux qui prétendent le diriger. C’est donc une incertitude de degré supérieur.
Pour l’instant, « cela tient », on a évité le pire grace à la concertation/ manipulation occulte, subreptice:
-en Janvier et Février création de crédit colossale en Chine pour éviter l’effondrement global, plus de 1 trillion de crédit nouveau.
-puis reprise en mains du pétrole considéré comme un symbole leader sur la psychologie des marchés avec rumeurs et intoxications diverses
-puis intervention de Draghi avec un nouveau « coûte que coûte », sans limite et désespéré
-puis inaction de Yellen: elle a laissé passer son tour dans la hausse des taux pourtant claironnée pour Mars
-puis déclarations verbales de Kuroda pour s’opposer à une hausse du Yen qui équivalait à de la mise en risk-off
-puis déclarations de Yellen, de Draghi pour proclamer qu’il n’y avait pas de bulles, et que les taux pouvaient encore rester bas très longtemps et même baisser beaucoup plus.
Insistons sur l’action/réaction la plus importante selon nous: la création de crédit en Chine.
En 2015, les autorités ont semblé vouloir s’orienter vers une réduction du risque bancaire, shadow et financier en général. La création de crédit n’a été que de 2,4 trillions si on ose dire! Des craquements sinistres se sont fait entendre et on a assisté à un mini krach de résonnance mondiale. Le système a pris peur, c’est une évidence. Les Chinois ont accepté de jouer le jeu de la stabilité globale et il ont affirmé deux choses dans le discours de rentrée du chef de la BPOC:
1-nous défendrons la stabilité du Yuan
2-nous fournirons toutes les liquidités nécessaires pour éviter un « hard landing ».
En 2015 on avait créé 2, 4 trillions de crédit en hausse de 12% sur 2014; en Janvier on a créé 520 milliards de crédit, Février 220 et Mars qui vient d’être publié accélère à nouveau à plus de 360 milliards.
Cela fait autour de 1,1 trillions en trois mois. On attend maintenant une création de crédit de 3,2 à 3,4 trillions pour l’année. Les prévisions raisonnables donnent une croissance de 20% du crédit en 2016! L’objectif initial était de +13% et la croissance du GDP est projetée à 6,5%.
Autant dire que la Chine est le fournisseur mondial marginal de crédit, comme on dit que l’Arabie Saoudite est le fournisseur mondial marginal en matière pétrolière.
Pareille politique est contradictoire, antagonique de l’objectif de stabilité de la monnaie. Vous ne pouvez créer des tombereaux de crédit et inflater la liquidité sans exercer une pression sur le cours du change. Mais dans le court terme, peu importe, vous pouvez vous y opposer par des artifices et des mesures contraignantes.
La Chine a donné comme le disait Benjamin Strong « Le coup de whisky « . Coup de whisky qui a déclenché un énorme Reflation Trade dont ont bénficié les commodities.
Une semaine sous le signe du pétrole, à la faveur d’une dépêches d’Interfax, on a cru à un accord

Nous en sommes là, grâce à ces actions on a pu tenir, stabiliser et même refaire illusion, malgré un cap diffcicile, celui des mauvais résultats des firmes et la dégradation de leur rentabilité.
Le prochain cap, c’est celui de la tenue des prix du pétrole. C’est une incertitude majeure compte tenu de la position spéculative colossale qui s’est construite.
Au lendemain de la Grande Crise Financière, les banques sont devenues des zombies, des morts vivants. Les marchés sont un complément, un prolongement des banques, y compris des Banques Centrales; notre conviction est que les marchés, eux aussi sont devenus des zombies, des morts vivants .
Ce qui domine, ce n’est ni la hausse, ni la baisse, mais leur étiolement, leur incapacité à accomplir la moindre fonction. Comme les banques . L’illusion qu’ils vivent encore n’est fournie que par la spéculation: la communauté spéculative agite les marchés de soubresauts désordonnés et stériles.
En investissement, il n’y a plus rien à faire qu’a essayer de trouver refuge, trouver des refuges non corrélés au sous-jacent global qui est la masse monétaire mondiale. Tout investissement en papier sera rigoureusement non rentable, contreperformant, dans une perspective de 10 à 12 ans et entre-temps, il subira des pertes énormes qui pourront aller jusqu’à 40% du capital. Ceux qui auront eu le culot et le courage de rester hors des marchés feront fortune lorsqu’ils achèteront dans ces baisses. Elles sont inéluctables; et elles seront l’opportunité du siècle.
