Italie, tout va très bien madame la marquise

Si vous lisez le livre mémoire de  Tim Geithner conscacré à la crise financière et à son rôle, vous serez frappé par la naiveté du personnage. Il dit ce que l’on ne doit pas dire (le fameux you have to lie) , il révèle certains aspects du traitement de la Grande Crise Financière. Il explique par exemple, comment les autorités ont bluffé s’agissant des fonds disponibles pour assurer les dépôts des clients, comment le bluff a fonctionné et il s’en glorifie presque. Je ne suis pas sur de la perspicacité de son analyse et je pense que si le bluff a réussi ce n’est pas  à cause  des qualités du personnel américain en place, mais à cause du patriotisme qui a fait que les médias, les institutions, les banques ont masqué la situation et servi une soupe de propagande. En fait ce n’était pas du bluff, mais de la connivence généralisée pour donner au public des informations fausses… comme toujours dans son intérêt, on connait la chanson.

En Italie, les banques sont insolvables. Les dépôts des ultra-riches fuient, bien entendu ils connaissent la situation. On peut mesurer l’ampleur du phénomène, partiellement et approximativement par l’évolution des balances Target 2. Ils gagnent les pays du nord et les autres pays créditeurs à grande échelle. Le sytème financier Italien porte plus de 200 milliards d’euros de NPL, de prêts non performants. Certains disent même que ce chiffre est sous évalué, mais peu importe, nous ne sommes pas à quelques dizaines de milliards près n’est ce pas? On dit également qu’un montant à peu près équivalent serait , disons « douteux ».

En début d’année, alors que certains croyaient encore que la mer des liquidités allait se retirer et montrer qui se baignait nu, les cours des banques ilatliennes se sont effondrés. Le problème a été sinon mis au grand jour, du moins évoqué. On a parlé d’un conflit entre les autorités de Bruxelles et l’état Italien, Bruxelles s’opposant a une aide de l’état au secteur bancaire. Il était évident pour nous, que l’on allait trouver une solution. La BCE ne pouvait se permettre de se montrer rigoursue puisquelle aurait joué contre son intérêt et sa propre politique alors qu’elle est en situation de coûte que coûte.

On a appris il y a peu qu’une « solution » avait été trouvée.  « Les établissements financiers italiens ont convenu de créer un fonds de cinq milliards d’euros pour redresser les banques les plus faibles, suivant une initiative orchestrée par un gouvernement soucieux de redorer le blason d’un secteur qui ploie sous 360 milliards d’euros de créances douteuses ».

Ainsi, la solution trouvée représente moins de 2,5% du total des créances non performantes et selon  toute vraisemblance moins de 1% du total des actifs que nous qualifierons de simplement douteux. Tenez vous bien déja sur les 5 milliards, 1,8 milliards  vont être prélevés pour sauver la Banca Popolare di Vicenza!

 

Le président du Conseil Matteo Renzi, qui avait fait du redressement (sic) du secteur bancaire l’une de ses priorités, a salué la création de ce fonds et dit que le gouvernement adopterait dans les jours qui viennent des mesures permettant d’accélérer les procédures de dépôt de bilan et de récupération des garanties.

Personne ne se pose la question du bluff, du montant ridicule des capitaux mis en oeuvre, personne ne défend les intérêts des déposants. En effet on sait que l’insolvabilité des banques est maintenant mise à la charge des déposants et des naifs qui ont acheté de la dette bancaire fourguée par les guichets. Mais rien, pas un mot sur les risques que l’on laisse à la charge de ceux qui sont les moins équipés pour les supporter. Et ces gens qui supportent les risques, c’est vous et moi car le système bancaire étant interconnecté, les problèmes des banques italiennes sont aussi ceux de vos banques et donc les votres.


Récapitualif  des prêts non peformants qui mettent en danger direct les comptes des clients des banques

 

 

ITalian Banks Impairment Charges [9]

Source: Financial Times

 

Italian Banks Bad Debt [9]

Source: Financial Times via Thomson Reuters

Nous traitons ce sujet car il est exemplaire de la facon dont on trompe les citoyens en Europe et ce jusqu’au plus haut niveau. On trompe, on ment, on bluffe. Ou plutot non, ce n’est pas du bluff, c’est du vol. On ose passer  des directives puis des législations qui rendent le peuple responsable de la solvabilité des banques, on favorise le transfert des gros capitaux initiés hors des pays à risque, on fait silence sur les problèmes que cela pose et pour couronner le tout on prête la main à des mascarades de solutions cosmétiques qui n’en sont pas.

Si le public est responsable de la solvabilité des banques, alors le public doit être informé, les banques doivent être recapitalisées par leur propriétaires et celles qui ne le sont pas doivent être nationalisées.

Si , dans avenir proche ou de moyen terme, les sinistres  bancaires commencent à se multiplier en Zone Euro, à la faveur d’une perte de contrôle, par exemple des taux d’intérêt, alors il y aura lieu de mettre des têtes au bout des piques.

 

 

Italian Bank Performance [9]

Source: Financial Times

 

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