L’anesthésie et l’enfumage profitent à Juppé

Les sondages donnent une physionomie intéressante de l’échiquier politique au jour d’aujourd’hui. Ils montrent que, comme dans un match de football, le faux rythme politique actuel profite au candidat de la décrispation et de l’apaisement: Juppé.

Les Français rejettent Hollande, mais ils ne basculent pas dans la radicalisation. Ce qui est étonnnant. Nous sommes loin, nous avons fait du chemin vers une sorte d’apaisement  depuis les chocs provoqués par les réformes sociétales, le mariage homosexuel, les hausses d’impôts, la lutte des classes etc.

Le recentrage, la « droitisation »  de Hollande et la mise en avant de Macron constituent une toile de fond qui , en quelque sorte donnent la tonalité/grisaille  du paysage politique. Les contrastes s’estompent et le Medef fait tout pour qu’il en soit ainsi. 

Les qualités de Juppé sont en creux, il récolte à la fois le rejet de Hollande, la Macronisation qui joue pour lui et surtout le dés-amour à l’égard de Sarkozy. Quand nous disons le dés-amour, c’est pour ne pas dire les erreurs stratégiques de l’ancien Président.

Sarkozy s’est fait piéger dans les primaires: les deux positionnements de candidat aux primaires et de présidentiable sont incomptaibles. Il ne peut gagner les primaires en se droitisant en raison de la configuration des Républicains et il ne peut  se démarquer de Juppé précisément qu’en se droitisant. En fait Sarkozy a perdu mathématiquement en négligeant en quelque sorte la théorie  des jeux. Il s’est fait couper l’herbe sous les pieds. 

Pour jouer un rôle Sarkozy doit à la fois bénéficier d’un retour au clivage et à la radicalisation et en même temps apparaitre comme le seul vrai opposant capable de mener à la victoire et donc de gouverner. C’est à la fois un espace énorme en cas de retour aux tensions politiques sociales et sociétales et un espace très restrient en cas de poursuite de l’anesthésie. Juppé est un robinet d’eau tiède, Marine un robinet d’eau bouiilante, Sarkozy doit viser juste la bonne température pour que les gens plongent dans son bain. 

Sur le plan économique, il y a peu d’écarts entre les candidats, c’est la conséquence de la domination européenne, tout le monde a compris que faute de clash avec Bruxelles, les dès sont jetés, c’est le chien crevé au fil de l’eau. Et puis l’économie, la finance, c’est trop compliqué. En revanche les thématiques sécuritaires, ausi bien sous l’aspect terrorisme que sous l’aspect plus « soft » de l’immigration/intégration sont porteurs. Porteurs, mais délicats à manier. Sarkozy a lancé quelques banderilles, mais il répugne à y jouer son va-tout. 

Restent les attaques sur les  personnes. Pour le moment tout est calme sur ce front sauf bien sur le pilonnage anti Sarkozy. Ce dernier a-t-il un atout dans la manche? 

On peut s’étonner de la stagnation de Marine, mais nous n’attendions rien d’autre : comment franchir la barre, comment aller plus loin sans alliance, comment passer du statut  de Front du refus au statut de parti de gouvernement. Nous sommes dans  un faux tripartisme, nous sommes encore dans une phase intermédiaire que l’on peut appeler la tripolarisation. C’est une situation instable, mais les erreur et errements du pouvoir en place ne lui profitent pas. Peut être laboure t- elle en profondeur? Si c’est le cas, rien ne transparait. 

Nous persistons à penser que derrière la décrispation, derrière ce que l’on peu appeler la convergence vers le Centre qu’il soit du « ni-ni « ou du « et-et », il y a une énorme opération d’enfumage. Il s’agit d’escamoter le vrai clivage, la vraie division de la société française entre les profiteurs d’une « modernisation » truquée et biaisée et les laissés pour compte.

La ligne de partage de la politique du pays  n’est plus et n’a d’ailleurs jamais été le « bidonnage » droite / gauche, mais celle  qui sépare ceux dominent et ceux qui sont dominés; ceux qui profitent des mutations  et ceux qui en sont victimes.

La ligne de partage passe entre deux points, le premier est celui de la mondialisation économique et le second celui de l ‘Atlantisme gépolitique.

On confond la disparition des anciennes lignes de partage avec la réunification, la convergence au centre, rien n’est plus erroné et de ceci témoigne la montée de ceux que l’on appelle les populistes: ils sont l’émergence de ces nouvelles divisions. Le corps social est une gangue, il est en gestation, les formes anciennes sont inadaptées et les formes nouvelles sont brutes, primaires, non dégrossies. 

Notre hypothèse est qu’il n’y a pas réelle convergence au Centre, mais disparition des anciennes frontières alors que les nouvelles ne sont pas clarifiées et que l’on empêche qu’elles émergent à la conscience.

L’enjeu politique pur, noble est de faire émerger ces nouvelles frontières et d’organiser la confontation pacifique et équitable de leurs partisans afin que sorte l’optimum. 

« A un an de la présidentielle, Alain Juppé creuse l’écart dans les intentions de vote pour le premier tour, y compris vis-à-vis de la présidente du Front national Marine Le Pen, selon un sondage Ifop pour Paris Match, iTELE et Sud Radio publié mardi.

L’enquête fait apparaître en outre que François Hollande ne serait pas qualifié pour le second tour, quel que soit le candidat qui portera les couleurs des Républicains.

Alain Juppé est crédité de 34% des intentions de vote, soit quatre points de plus que dans la précédente enquête réalisée en février, et même de 37% si le président du MoDem, le centriste François Bayrou, ne se présente pas.

Paris Match souligne qu’il faut remonter à François Mitterrand, un an avant sa réélection en 1987, pour retrouver un candidat à un tel niveau d’adhésion.

François Hollande tombe lui à 14% (-2 points) face au maire de Bordeaux et plafonne à 16% face aux autres candidats LR potentiels.

Chez ceux-ci, François Fillon et Bruno Le Maire gagnent tous deux trois points, à respectivement 21% et 20% des intentions de vote, et rejoignent ainsi Nicolas Sarkozy (21%).

Marine Le Pen est créditée pour sa part de 26,5% des voix face à Alain Juppé, contre 27% en février, mais reste nettement devant (27% à 28% des voix) les autres candidats LR.

Si François Hollande décidait de ne pas y aller, les candidatures alternatives ne séduiraient pas plus les Français : 16% pour Manuel Valls et 16% pour Emmanuel Macron. »

Le sondage a été effectué auprès d’un échantillon représentatif de 1.876 personnes inscrites sur les listes électorales interrogées en ligne du 12 au 14 avril.

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