Ce texte peut sembler anodin, circonstanciel puisqu’il est centré sur ce qui se passe en Chine. Après tout, la Chine c’est loin et puis ce qui donne le « la » global, ce sont les Etats-Unis. Nous ne sommes pas sûrs de l’effet de contagion en provenance de Chine, mais dans le doute, autant poser un jalon, une pierre blanche. Elle sera peut être inutile, mais elle peut également servir de repère.
Cette semaine boursière à été paradoxale: dimanche dernier on attendait une chute du pétrole et du risk-on en général et surprise, après quelques heures de flottement, le monde s’est remis risk-on. Un moment nous avons cru à des manipulations, mais rapidement au vu de l’extension du mouvement et surtout de son unanimité, nous avons compris que quelque d’autre se passait.
Le monde financier global est positionné à la déflation , que ce soit sur les taux, sur les « durations », sur les commodites, ou toutes les corrélations et ingénieries qui y sont associées. Les yeux sont braqués sur la FED, Yellen et les indicateurs américains et ils nous disent la même chose, le processus de régularisation de la politique monétaire est interrompu. Il n’y aura quasi pas de hausse de taux, l’activité économique reste sous les normes. Et c’est la même chose en Europe ou Draghi pousuit son forcing dans les Draghinades et au Japon ou Kuroda envisage de surprendre avec de nouvelles mesures pour faire chuter le Yen. Dans un monde positionné à la déflation, nous assistons à un puissant reflation Trade, poussé par les vents venus de Chine, voila ce sur quoi nous souhaitons attirer l’attention.
La bulle Chinoise crève depuis la mi 2014. Les autorités ont d’abord tenté de gérer prudemment, elles ont cru à l’atterrissage en douceur. Les krach boursiers d’Aout 2015 et Janvier 2016 les ont persuadées que c’était impossible et elles ont choisi la fuite en avant. C’est en « remake », en caricature ce qui s’est passé aux USA en 2007, quand la bulle de l’hypothécaire a commencé à laisser passer de l’air. La Fed est intervenue , elle a ainsi repoussé la révélation de la crise jusqu’à la fin 2008. Elle a provoqué une reflation qui a poussé le pétrole à 145. Nous serions, si notre interprétaion est correcte dasn une « répétition caricaturale » de cette période, mais avec comme centre de la tourmente, la Chine.
L’échec de la réunion de Doha a été un non-évènement. Il n’y a pas eu de correction sur le pétrole au delà de quelques heures; les marchés d’actions ont bien tenu, les matières premières ont flambé. Le sentiment est rapidement redevenu serein, même si le pétrole a moins joué son rôle de locomotive. La corrélation entre le WTI et le risk-on est plus lâche.
Le spectacle a été fourni par les matières premières, un véritable feu d ‘artifice. L’indice GSCI, l’indice Goldman Sachs a fait un bond de 3,5%, pour inscrire un plus haut de 5 mois. Il est en hausse de 12% sur le début de l’année. Le cuivre a progressé de 6%, à l’image de tous les métaux industriels. On s’est arraché le nickel, l’aluminium, le minerais de fer et toute la famille. Dans de nombreux cas, les cours sont passés au plus haut de 8 mois, en particulier pour l’aluminium.
L’argent, le palladium, le platine ont monté, par contagion. L’or beaucoup moins, il est encore plus clairement manipulé qu’à l’accoutumée , il n’a fait que jeu égal.
Malgré la réaction initiale négative après Doha, le pétrole fint à 43,74, c’est un gain de près de 3,5 dollars,ce qui porte sa performance à près de 20% depuis le début de l’année. Le gaz naturel a fait mieux que le pétrole avec une envolée de 12%.
Au vu de ces chiffres et si nous étions Banquier Central, nous nous ferions du souci, car ce n’est peut être pas l’inflation recherchée! Celle là n’est pas vraiment bonne pour les économies developpées. Il y a inflation et inflation. Nous ne sommes pas sûrs que ces hausses de prix soient le signe d’anticipations positives; nous ne sommes pas sûrs qu’elles jouent dans la bonne direction, qu’elles contribuent à la réduction du « slack », du surplus de capacité de productions dans le monde, au contraire. Ces mouvements témoignent plus d’une machine détraquée que d’une machine qui tourne rond, prête à ronronner.
Si nous écoutons Bloomberg qui a très bien vu le phénomène, beaucoup mieux que les autres médias, on apprend que les Chinois se sont découvert une véritable frénésie de spéculation sur les matières premières. “Chinese speculators have a new obsession: the commodities market. »
Les Chinois ont une nouvelle obsession , transacter sur les futures des marchés de matières premières » écrit Bloomberg le 22 Avril! « Trading in futures on everything from steel reinforcement bars and hot-rolled coils to cotton and polyvinyl chloride has soared this week, prompting exchanges in Shanghai, Dalian and Zhengzhou to boost fees or issue warnings to investors ». Ils traitent n’importe quoi depuis les barres d’acier au coton ou aux produits chimiques . Les autorités de Shanghai et des autres places ont été obligées d’augmenter les commissions de transaction et de lancer des avertissements à ces pseudo-investisseurs.
Le nombre de contrats échangés est colossal, même sur les produits les plus obscurs et les moins connus. Les chiffres sont à vous couper le souffle. Sur certains produits on a traité en une journée plus que la production annuelle de l’industrie chinoise concernée: « the numbers are eye-popping: contracts on more than 223 million metric tons of rebar changed hands on Thursday, more than China’s full-year production of the material used to strengthen concrete »..
De la même façon que la population s’est précipitée pour ouvrir des comptes pour jouer en Bourse et faire passer les indices de 2000 à 5000 en un tournemain, les joueurs ouvrent des comptes et font la queue pour spéculer sur des matières premières dont ils ne connaissent même pas l’usage. Les Chinois sont joueurs dans l’âme, joueur sur tout: ils ont joué sur l’immobilier, puis sur les valeurs mobilières, sur le thé, et même sur certains légumes et maintenant ils se mettent sur les commodities. C’est un phénomène de foule, c’est cela les « animal spirits ». Ils ont perdu 5 trillions dans la débacle de la Bourse, cela ne fait rien, ils vont se refaire sur l’acier et le chlorure de polyvinyle. Les Chinois ne sont absolument pas « fondamentalistes », ils ne jouent que le « momentum », le reste ne les intéresse pas. Et ils sont nombreux et l’argent est à nouveau surabondant.
Le Krach financier de 2015 , suivi de celui de Janvier 2016 a effrayé les responsables du monde entier, mais encore plus les Chinois. Ils sont terrorisés à l’idée de mouvements de contestation de masse, donc sitot qu’il y a un problème, ils paniquent. Et en deux mois pour éviter les craquements ils ont crée 1 trillion de crédit nouveau. On s’achemine vers une création de crédit 2016 absolument record, au dessus des 3 trillions. Voila de quoi jouer, miser et enflammer le casino des commodities.
Pas étonnant que la spéculation immobilière à crédit reparte de plus belle, le Financial Times souligne que les prix des logements dans les plus grandes villes ont refait un bond de 63% sur un an à fin mars. Les emprunts s’envolent à nouveau, sans retenue. Draghi doit en être pale d’envie, lui qui peine obtenir des minuscules gains infinitésimaux avec son coûte que coûte.Pour obtenir du crédit, on triche sur tout, on contourne les dispositions sur les apports personnels, sur les résidences secondaires et les achats multiples. Il y a des tombereaux de liquidités et c’est ainsi, les liquidités vont toujours là ou c’est le plus chaud, le plus excitant.
Nous vous avons expliqué qu’au cours de 2015, la bulle du crédit Chinois avait éclaté et que les autorités choisissaient la même politque de fuite en avant que celle des occidentaux, mais en plus brutal, en plus grossier, en caricature en quelque sorte. Nous y sommes. Le Reflation Trade civilisé que nous avons connu avec les QE devient , avec les méthodes chinoises une caricature de Reflation Trade, il devient une foire d’empoigne sans retenue. Les Chinois sont expressionnistes.
La situation du système Chinois ne va pas s’améliorer, en particuler du coté des banques, leurs comptes sont faux, pourris, elles sont bourrées de créance douteuses et elle vont se trouver entrainées dans un nouveau maelstrom spéculatif qui va, selon nous, coûter cher. Les banques Chinoises sont des bulles, leurs actifs sont passé de 7 trillions en 2007 à plus de 30 trillions maintenant avec des créations de crédit délirantes, gagées sur un modèle économique défaillant et en cours de recomposition. C’est la garantie d’un sinistre historique.
Le sinistre ne s’arrêtera peut être pas là, aux portes de la Chine. La Communauté Spéculative mondiale est « placée » à la déflation, on l’ a vu encore il y a peu sur le pétrole, elle a pris une grande claque.
Elle est placée à la déflation sur les taux, sur les durées, sur les commodities, sur toutes les grandes variables et leurs corréaltions; que se passera-t-il si la fureur de jeu des Chinois se poursuit et qu’ils emballent les marchés? Cela a déja commencé! Le contre-pied est déjà flagrant. Certains soldent leurs positions « short » défensives et se placent en position agressive, comme les chinois. La tendance peut durer, la mayonnaise peut prendre. Que se passera-t-il si aux trois trillions de liquidités chinoises viennent s’ajouter les deux trillions de liquidités de Draghi et de Kuroda? Trois trillions plus deux trillions, cela fait cinq trillions…Plus le miracle de la multiplication des pains de l’ingénierie.
Echantillon de performances depuis le début de l’année: le leverage moyen est compris entre 8X et 10X!
