L’ingérence humanitaire de Jules Ferry à François Hollande
Pierre-François Mary
Le droit et le devoir d’ingérence humanitaire tel qu’ils ont été théorisés par Bernard Kouchner au moment de la première guerre du Golfe et repris à leur compte par Alain Juppé et Laurent Fabius, ne sont que la version déguisée, masquée du colonialisme de Jules Ferry.
On se souvient des débats parlementaires enflammés au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale entre 1884 et 1885 sur la question coloniale. C’est à ce moment là que le Père de l’Ecole Laïque, eu des paroles exaltées sur le devoir de civilisation des « races supérieures » vis à vis des « races inférieures ». Lors de l’expédition militaire française à Madagascar, Jules Ferry répondant au député radical (ancien communard) Raoul Pelletan, s’arroge le droit des races supérieures à s’immiscer, s’ingérer dans les affaires des Malgaches considérés, décrétés comme inférieurs.
A partir de 1884-1885, la colonisation française en Afrique et en Asie qui avait commencé sous la Restauration, la Seconde République, et le Second Empire, connait un véritable tournant idéologique. La France s’auto proclame alors race supérieure, ce qui lui donne le droit et le devoir de jouer au gendarme du monde et au libérateur des peuples africains, et asiatiques de leurs « tyrans » (rois, gouverneurs, pachas, beys, sultans…) au nom de l’idéologie des Lumières et de 1789.
Rappelons que dans sa vision paternaliste du monde, Jules Ferry considérait comme inférieurs les peuples qui n’avaient pas atteint le niveau d’excellence en matière industrielle, scientifique et technologique de l’Occident alors en pleine révolution industrielle. Il considérait également comme inférieurs, les peuples qui n’avaient pas connu le message « universaliste » des philosophes des Lumières et des révolutionnaires de 1789.
Au lendemain de la chute du Mur de Berlin et de l’URSS, c’est à dire de l’ordre et de l’équilibre internationale de Yalta, la France s’arroge alors le droit et le devoir d’ingérence humanitaire. Ainsi comme le soulignait très bien Jean-Pierre Chevènement « les Forts s’immiscent dans les affaires des Faibles ». Dans la vision néo cons à la française, la dichotomie « races supérieures/races inférieures » de la période coloniale, a été remplacée par « les Forts/les Faibles ». Le président irakien Saddam Hussein était alors considéré comme un « tyran », un « dictateur » opprimant son peuple par la classe politique bien pensante occidentale. Ce schéma de pensée conduisit la France dans l’expédition américaine contre l’Irak. Ce scénario se reproduisit en Yougoslavie, en Côte d’Ivoire, en Libye, en Syrie toujours avec les mêmes arguments et la même réthorique. L’hommage rendu par le président Hollande à Jules Ferry n’est donc pas le fruit du hasard, mais belle et bien le fruit d’une longue tradition de la gauche française depuis la Troisième République.
Pierre-François Mary